m^A. ^^^:':m- ^i-,j*' m'^ ■r' '3^'^ttW. 'j % FVMC' ' J^'~ ï '^ ^^^^ ■ "".si. ■""■ i-^/E»' ; ./♦^■■'-i^ ^. W-' '■ ' ' - m dp -jT^^^?. .«-,' Ir -'il i « 1 %liw .., 3 3 / à- 6 Return to LIBRARY OF MARINE BÏOLOGICAL LABORATORY WOODS HOLE. MASS. LoANED BY American Muséum of Natural History ANNALES DE LA r r SOCIETE MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. t... / MEMOIRES DE 3be;i-.giqxje: TOME IX Année 18741. BRUXELLES IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE V'- NYS 37, RUE POTAGÈRE, 57 Air^o OBSERVATIOKS fiiOLOGIQlIES ET PALiOlflLAGIOeES SUR LES DIFFÉRENTS DÉPOTS RENCONTRÉS A ANVERS LORS DU CREUSEMENT DES NOUVEAUX BASSINS, par Paul GOGELS. — SÉANCES DU ^ DÉCEMBRE 1875 ET DU H JANVIER 1874. — Depuis une vingtaine d'années ont été exécutés autour de la ville d'Anvers d'immenses travaux entrepris pour des intérêts de diverses natures. Pendant les travaux d'agrandissement en 1861 et 1862, la plupart des couches fossilifères que l'on con- naissait déjà ont été retrouvées et traversées sur un long par- cours, de nouveaux gisements ont été découverts et cependant les terrains connus sous le nom de Crag d'Anvers sont encore imparfaitement connus. A ce sujet, si l'on peut regretter déjà de ne pas trouver réunies dans un ouvrage spécial les observa- tions qu'on a pu recueillir, on doit être bien plus étonné encore du nombre proportionnellement restreint de publications scien- tifiques relatives à nos terrains tertiaires supérieurs ; ainsi pour ne parler que des travaux des fortifications qui ont offert une occasion unique de suivre les couches et d'étudier leurs super- positions ou les passages de l'une à l'autre, on peut dire que sans les coupes publiées par M. le capitaine Dejardin {Descrip- tion de deux coupes faites à travers les couches des systèmes scaldisien et diestien... près de la mile d'Anvers. Bull. Acad. Belg. 2^ série, tome XIII, n° 5, 1862) et les détails épars dans 8 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. les notices de M. Nyst, on n'en saurait presque rien. Il est même resté une lacune importante qui se trouve constatée dans le Prodrome d'une description géologique de la Belgique^ par M. Dewalque, quand le savant professeur de l'Université de Liège dit (p. 2'^^ que le système scaldisien repose partout sur le système diestien, mais que « le contact n'est pas encore bien connu. » Ayant eu l'occasion d'examiner le terrain lors du creusement du chenal de jonction entre les anciens bassins et les bassins du Kattendyk, j'ai pu faire au sujet du contact des deux sys- tèmes quelques observations que j'ai continuées et étendues autant que possible pendant la durée des travaux maritimes. L'exploration faite porte donc sur un espace compris entre les anciens bassins d'Anvers, le Dam, les magasins au bois près de la citadelle du Nord et l'Escaut. Cette zone est particulièrement remarquable en ce que le système scaldisien qu'y s'y trouve très-développé, s'y présente encore sous un aspect différent de celui qu'il avait aux fortifi- cations. M. d'Omalius ne fait pas mention de ses caractères distinctifs dans l'énumération qu'il donne des différentes couches des sables d'Anvers {Précis de géologie., p. 145) et quelques lignes seulement lui ont été consacrées dans l'ouvrage de M. Dewalque. En fait de renseignements j'ai trouvé la coupe donnée par Cuvier, d'après M. le comte Dejean, en 1823, dans la deu- xième édition des Recherches sur les ossements Jossiles (T. V, V" part., p. 353), coupe qui avait été prise lors, du creusement du bassin à flot, en 1812. Par la dajte de sa publication elle est postérieure à la Notice géologique sur les environs d' Anvers ^ de M. de la Jonkaire {Mémoires de la Soc. d'Hist. nat. de Paris^ t. I, p. 110, 1821), mais ce dernier auteur n'ayant eu pour guides que les souvenirs de personnes peu au courant de la géologie, sa notice sur Anvers n'aurait d'intérêt que dans une étude historique et demanderait à être interprétée pour fournir des matériaux utiles. MÉMOIRES. 9 On trouve encore quelques détails dans le Bulletin de la Société paUontologiquc de Belgique^ au sujet du creusement des bassins du Kattendyk et de la Cale sèche, en 1858. Ces dé- tails sont accompagnés d'une planche représentant la coupe du terrain à l'emplacement de l'écluse maritime. Malheureuse- ment cette coupe contient de si graves erreurs qu'il faut la re- jeter complètement. J'avais d'abord divisé ce travail en deux parties, donnant le résultat de mes observations dans la première et l'interpréta- tion des faits observés dans la seconde. Mais ayant appris qu'un important mémoire avait été publié sur le même sujet en Angleterre (J. Prestwich. — Sut la structure des couches du crag de Norfolk et de Suffolk avec quelques observations sur leurs restes organiques)^ et qu'une traduction de ce mémoire avait été présentée à la Société Malacologique, j'ai cru devoir différer la présentation de la seconde partie et me borner pour le moment à la première partie de mon travail. Les terrains traversés se rapportent aux sables Diestiens et Scaldisiens, ainsi qu'aux sables de la Campine et aux forma- tions modernes de la tourbe et de l'argile des Polders. Je suivrai dans cette étude l'ordre le plus naturel, celui de l'ancienneté de dépôt et commencerai donc par les sables Dies- tiens. § 1. Sables Diestiens. Sables Diestiens. — Sous le pont actuel du chenal on a, comme on pouvait s'y attendre, trouvé les sables noirs qui con- stituaient à cette place le fond de la fouille. Cette couche était à la cote — 4,78. A première vue elle semblait différer de ce qu'elle est aux fortifications et notamment à la porte de Bors- beeck, parce que son aspect était un peu plus verdâtre, mais les coquilles caractéristiques Arca diluvii, Pectunculus pilosus. Isocardia lunulata, Venus rmiltilamella^ montraient claire- ment qu'on était en présence des sables noirs autrefois nom- 2 10 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. mes « crag noir » et « crag inférieur ». Les coquilles, parmi lesquelles les Pétoncles étaient en immense majorité, for- maient, comme à la porte de Borsbeeck, un lit qui occupait la partie supérieure de la couche et dans lequel on trouvait en- core beaucoup de coquilles bivalves, de sorte qu'on peut, me semble-t-il, se fier aux résultats que donne l'étude de la faune sans craindre la présence de fossiles d'autres couches comme il arrive si souvent par suite de remaniements. Les sables ont en majeure partie un grain extrêmement fin, d'un gris verdâtre ou jaunâtre quand ils sont secs et contien- nent une quantité plus ou moins grande, mais quelquefois très- considérable, de grains de glauconie noirs, de toute dimension, souvent plus gros que les grains de sable, ce qui donne à ces sables, surtout quand ils sont mouillés, une teinte foncée uni- forme d'où leur vient leur nom. On y trouve aussi des grains de quartz blanc et de petits graviers ; ceux-ci étaient même accompagnés de cailloux de petite dimension, assez nombreux déjà à la partie supérieure du lit de fossiles, mais abondants surtout à sa surface. Généralement les sables qui remplissaient les coquilles bivalves étaient les plus fins et en même temps les plus foncés. Tamisés avec soin, ils donnaient une poussière d'un vert sombre presque impalpable, argileuse et avec petits points brillants qui la feraient croire très-finement micacée. Je n'ai pas trouvé de cailloux dans les coquilles encore bivalves prises à l'intérieur de la couche, même lorsqu'elles contenaient des fossiles de grosseur équivalente. Ainsi que je l'ai dit plus haut, cette couche n'ayant été qu'effleurée, il fallait pour recueillir les fossiles borner ses re- cherches le long de la rigole où se réunissaient les eaux dues à de nombreuses sources ou bien au voisinage de l'Escaut. Cette eau qui avait une odeur sulfureuse assez forte, et dont le courant relativement rapide creusait le sol et entrainait le sable, ne dégageait les coquilles que pour les recouvrir, bien qu'elle fut très-limpide, d'un épais dépôt ferrugineux sous le- quel il était impossible de deviner leur présence. MÉMOIRES. Voici les principales espèces que j'ai pu recueillir : 11 GASTEROPODES. TypMs fistulosuSj Brocchi. Cancellaria varicosa, Br. n Bellardii, Mich. » sp. Pyrula condita, A. Brong. Fusus sexcostatus^ Beyr. n sp. Terehrapertusa^ Bast. Rinc/icula hwcinea^ Br. Cassidaria hicatenata^ J. Sow. Ancillaria ohsoleta^ Br. Comis Noe^ Br. Pleurotoma cataphracta^ Br. ' » Steinvorthi^Semi^. {semimarginata^ Nyst. non Lk.) Pleurotoma sp. » sp. Voluta Bolli, Koch. Natica helicina, Br. » Irevisfira^ Bosq. » millepu^ictata , S . Wood 7W50 ehirnea, Risso. Aporrhais 'pespeliccmi^ L. Turritella suhangidata^ Br. 5) iïbcrassata^ Sow. Vcrmetus arenarius? Lk. Scalaria lamellosa^ Br. Xenophorus Peshayesi^ Mich. Ancylus? compressus, Nyst. Bm/^«; utricula, Br. LAMELLIBRANCHES . Ostrea cochleaï\ Poli, {navicu- laris^ Br. Anomia efhippium^ L. Pectcn Brummelii^ Nyst. îj Caillaudi^ Nyst. n Lamallii^ Nyst. jj tigerinus^ MûU. n Woodi, Nyst. Hinnites sp. Pinna sp. ^rcrt diluvii, Lk. Pectîincul'iis 'pUosuSy L. Limopsis auritus, Br. Nucula Haesendoncki^ Nyst. Z^^fl^ Westendorpi, Nyst. Cardium suhturçidum^ d'Orb. » sp. Diplodonta lupinus, Br. (Fe- nus fragilis^ Nyst et West.) Erycina ambigiia^ Nyst et West. Cyprina sp. 12 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. Astarte radiata, Ny si etW est. Mactra triangula ^ Renieri. Isocardia kmulata, Nyst. {striata, Nyst.) r> crassay Nyst. Mya sp. Cardita intermedia^ Br. {squa- Corhula striata, Walk. {gibla, mulosa, Nyst.) Nyst.) Venus multilamella, Lk. {miil- Panopœa Mena/i'di, Desh. tilamellosa, Nyst et West.) Glycimeris angiista, Nyst et Vernis Nystiy d'Orb, [Cytherea West. incrassata, Nyst partim.) BRYOZOAIRES. Lunulites rhoinboidalis, von Munster. ANTHOZOAIRES. Turhinolia? Sfhenotroch%is Rœmeri? Edw. Trochocyathus pjramidalis , etHaim. Mich. Stephanophyllia Nysti^ Efdw. Flabelhim appendiculatum, A . et Haim . {imper ialis , Nyst . ) Brong. (Haimeiy Nyst.) Il y avait aussi deux espèces de Balanes, des pointes de Ci- daris et de nombreux Foraminifères. J'ai dit qu'un grand nombre de coquilles étaient encore bivalves; j'ajouterai cette remarque que, suivant que l'animal était mort les valves baillantes ou fermées, on retrouve les coquilles remplies de sable et de mollusques de petite taille ou closes si exactement que le moindre grain de sable n'a pu y pénétrer. L'intérieur de la valve sur laquelle elles reposent esf alors tapissé d'une mince couche de poussière noirâtre à reflets irisés. A la partie supérieure du lit de fossiles on trouve encore des morceaux de bois percés })ar des Tarêts ou des Vers et impré- gnés de sulfure de fer ; à sa surface, mais non dans la couche MÉMOIRES. 13 même, se présentent des moules intérieurs de coquilles, disposi- tion que j'ai encore retrouvée ailleurs. Ces moules sont quel- quefois très-durs et paraissent être formés de grains fins de quartz et de glauconie liés par un ciment siliceux. Leur sub- stance rappelle un peu celle des concrétions qui se trouvent si souvent aux fortifications ainsi qu'à Deurne et à Wilryck dans la couche de coquilles brisées avec restes de Cétacés. La plus grande partie de ces moules appartient à des bivalves, mais la détermination des espèces est très-difficile à cause de l'absence du test dont il ne subsiste le plus souvent que des traces. J'ai recueilli des Pétoncles de petite dimension, des Diplodontes et une espèce dont les valves portent un pli très-accentué. En fait de Gastéropodes je ne puis citer que la Cassidaria bicatenata et une Scalaire ou Turritelle. Il y avait aussi quel- ques coquilles de Pleurotomes et de Volutes remplies de ce ciment argilo-calcaire que M. Dewalque signale comme for- mant des concrétions qu'on rencontre rarement dans les sables noirs. § IL Sables Scaldisiens. Sables a Isocardia cor. — Vers le même niveau, mais n'ap- partenant plus à la faune des sables noirs à Pectimculus piïo- sus, au milieu desquels ils ne se présentent pas, on trouve encore des vertèbres et des dents de Carcharodon, des dents d^ Oûûyrrhina et de Lamna^ des débris de divers autres poissons notamment des arêtes de Hannovera aurata van, Ben. ainsi que des ossements épars de Cétacés. Tous ces objets reposent sur le lit de Pétoncles ou dans une couche de sables qui, vus en masse, sont d'un gris très-foncé à la base. Ils paraissent parfois contenir un peu de calcaire; d'autres fois ils sont verdâtres, légèrement argileux et assez fins, contiennent une forte proportion de glauconie et devien- nent graduellement plus clairs par la diminution de cette der- nière substance, mais restent toujours fort difficiles à distinguer 14 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. SOUS le rapport minéralogique dessables dits noirs sous-jacents, aussi bien que de ceux du crag gris qui les recouvrent, à cause des transitions qu'ils établissent entre ces deux couches dont ils réunissent les caractères. Ils constituent une zone intermédiaire à la partie inférieure de laquelle on trouve encore les petits cailloux qui se dépo- saient en abondance sur les derniers sédiments du sable noir et s*y mêlaient, mais au-delà de laquelle ils ne se présentent plus. Avec ces cailloux il y a aussi des grains de quartz arron- dis plus gros que ceux des couches attenantes et des grains de glauconie pour lesquels il faut faire la même observation si on les compare à ceux du crag gris. Quoique cette zone soit peu épaisse, il faut remarquer au sujet des espèces qu'elle renferme, qu'à sa base on trouve encore VOstrea cochlear et le Turhinolia^ ainsi que la Cardita intermedia; la plupart du temps cette espèce qui était fort abondante à ce niveau avait conservé ses valves réunies. C'est à l'intérieur de ces dernières coquilles que j'ai recueilli les échantillons de sable fin légèrement argileux dont j'ai parlé plus haut et qui, dans quelques exemplaires, était durci comme s'il formait un commencement de moule. Ces espèces appartiennent incontestablement à la faune diestienne mais elles ont vécu au niveau où on les retrouve, sinon le lit de Pétoncles sous-jacent serait détruit ou tout au moins elles seraient accompagnées d'autres coquilles de la même couche apportées en même temps d'autres points. Or ces autres espèces font complètement défaut et on trouve, au contraire, des Cyprina rustica^ Astarte Omalii^ Astarte corhulo'ides^ Isocardia cor^ Cardita orhimdaris , et un grand nombre de Ditrupa subulata^ espèces exclusivement scaldi- siennes. Les espèces les plus fragiles étant encore bivalves, il faut reconnaître qu'il n'y a pas eu de remaniement. Ces coquilles se trouvent d'abord par individus isolés quoique fort nombreux, puis deviennent de plus en plus abondantes et for- ment une espèce de couche qui n'est pas comparable à celle MÉMOIRES. 45 des Pétoncles, mais montre que les sables sont restés quelque temps au même niveau. A ce point qui est environ à deux pieds au dessus du lit de Pétoncles, les espèces du sable noir ont disparu ainsi que les graviers, et c'est à peine s'il y a encore des traces de la glaucome plus grossière de l'époque précé- dente. Lorsque ce cas se présente, cette glauconie n'est pas disséminée dans la masse des sables mais se montre sous forme de mince traînée. J'en ai trouvé une assez forte propor- tion à l'intérieur d'une Cyprioia rustica bivalve que j'avais retirée moi-même de la zone dont il s'est agi ci-dessus. C'est à ce niveau que doit se terminer la zone intermédiaire, zone artificielle, j'en conviens, mais que j'ai cru bien faire d'établir pour avoir dans la description un bon point de repère. Au sujet de la faune, il reste quelques détails complémen- taires que je donnerai en parlant de la distribution des Mollus- ques dans le crag gris auquel elle se rattache si intimement qu'entre ces deux couches on ne saurait où tracer une ligne de démarcation. A la partie supérieure de la zone intermédiaire les sables se rapprochent beaucoup de ce qu'ils sont dans le reste du crag gris. Cette dernière couche se compose de sabies três- fîns, meubles, fournissant moins d'eau que les sables sous- jacents quoique se trouvant encore au-dessous du niveau de la marée basse. Elle contient de petits grains de quartz blanc ai;isi que de fort petits grains de glauconie qui, disséminés dans la masse d'un gris clair jaunâtre des sables, lui donnent, surtout quand ils sont mouillés, une teinte verdâtre. Sous le rapport de la coloration il faut remarquer que la partie supé- rieure de la couche a une légère teinte ferrugineuse. Partout où je l'ai trouvée, cette zone brunâtre recouvre les sables ver- dâtres qui sont restés purs de tout mélange et la ligne de dé- marcation en est trés-nette quoiqu'elle soit fort irrégulière. Il n'y a d'ailleurs pas d'autres différences pour la composition minéralogique des sables de ces deux nuances. La coloration des sables peut donc servir à reconnaître, au 16 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. moins pour le terrain des bassins, le niveau d'où proviennent les fossiles. On trouvera' page 17 un essai de tableau des variations qu'on observe sous ce rapport. En général, plus on s'éloigne du sable noir moins il y a de glauconie. Au milieu du sable il y a encore de petits fragments cal- caires, paraissant être les débris de coquilles fort minces, qui lui donnent, suivant leur degré d'abondance, une teinte d'un gris blanchâtre plus ou moins prononcée et modifient notable- ment sa coloration. Dans les zones où ce cas se présente les fossiles sont cependant très-bien conservés et on y trouve les coquilles bivalves remplies de Foraminifères et de très-petites pointes de Cidaris. Le calcaire est quelquefois si abondant que la roche passe à l'état de marne et forme des bancs ou lits non continus de quelques centimètres d'épaisseur, distribués irrégu- lièrement dans le sable gris depuis la partie moyenne de cette couche, mais abondants surtout vers la partie supérieure. Cette roche est friable et ne contient pas de débris de grosses coquilles. Les sables qu'on a trouvés depuis le sable noir avec Péton- cles appartiennent, si l'on ne considère que l'abondance de la Cyprina himida^ à ce qu'on nommait autrefois le crag moyen, mais ils en diffèrent notablement sous le rapport de la faune et en ce que les débris de Cétacés y sont bien conservés au lieu d'être roulés. On n'y trouve pas non plus de dents de Poissons; celles-ci, comme on l'a vu, occupent seulement la base de la couche. Pour éviter toute confusion, résultat infaillible de l'emploi des noms de couleur, je proposerai de désigner ces sables qui, pour moi, sont le crag gris d'Anvers en place, sous le nom de « sables à Isocardia cor. » Ils se trouvent à la jonction des bassins depuis la cote — 4,78 jusqu'à la cote — 1 environ, car leur puissance varie à cause des modifications apportées dans la suite à leur sur- face. Au Bassin au bois et au Bassin de la Campine je n'ai pu les suivre aussi profondément à cause de la déclivité des sables MÉMOIRES. 17 noirs sous-jacents ; cependant vers le fond de la fouille les sables devenaient plus foncés et prenaient l'aspect de ceux qui recouvraient la zone intermédiaire aux travaux de jonction. Je n'y ai donc trouvé ni Cardita intermedia ni Turlinolia. Depuis la zone extrêmement fossilifère signalée à la base des sables à Isocardia cor^ les fossiles se présentent à tous les niveaux sans qu'on puisse jamais marquer de couche sur une coupe, quelle que soit du reste leur abondance. A cause de la modification de la faune, qui devient moins riche en se rapprochant de la partie supérieure de la couche, on peut distinguer aux bassins deux zones; mais ces zones, que rien ne sépare sur le terrain, resteront forcément mal définies. Je donne ci-dessous un essai de tableau dans lequel viennent se placer les différents niveaux signalés dans le cours de cette étude. Ce tableau pourra peut-être servir à faire reconnaiître le niveau auquel appartiennent les sables d'autres localités. C'est ce qui m'a décidé à le publier et à y joindre quelques observa- tions. Système Scaldisien.l Couche des Sables à Isocardia cor. 2™® zone ou zone super. l'* zone ou zone infér. Sable gris jaunâtre ou brunâtre.) Sable gris verdâtre pâle. Sable gris verdâtre Idevenant fon- cé à la base. / Zone intermédiaire. Sable gris (Surface des sables noirs, [foncé ou noir) Cyprinarustica, Cardita s'il est ) intermedia, Turbinolia. mouillé. \ Dents de squales. Pas de Tropfion anti- quutn. Nombreux osse- ments de cétacés. Zone très fossilifère. Cétacés. Scalaires. nSïïf i Couche à Pectunculus j ^4^rdâti^e.^ i ^^^ ^^ Cyprina rustica. Diestien. Sans parler davantage en ce moment des Ostrea cocîdear^ des 3 18 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE. Cardita intermedia et des Turhinolia de la zone intermédiaire, je ferai remarquer encore une fois le caractère essentiellement scaldisien des espèces qui les accompagnent. On en jugera par la liste suivante qui comprend les espèces trouvées dans les sables à Isocardia cor tels qu'ils sont définis ci-dessus. J'y ai indiqué également le degré d'abondance ou de rareté avec lequel elles se montrent aux divers niveaux signalés dans le tableau précédent (1). Coquilles fossiles des sables à Isocardia cor. NOMS. 2 O «"3 1/1 Cancellaria varicosa, Br , Pyrula condita, Al. Brong Ti'ophonalveolatum, .). Sow Buccinopsis Dalei, J. Sow. (Bucc. crassum, Nyst) Ringiculabuccinea,Br Cassidaria bicatenata, J. Sow Pleurotoma turrifera, Nyst (turricula, Br.). . » sp Trivia (Cyprsea) Europaea, Mont Natica catena, Da Costa (Sowerbyi, Nyst). . . » cirriformis, J. Sow » varians, Duj millepunctata, S. Wood Turritella incrassata, Sow. (Turbo triplicatus, Br.) Scalaria frondicula, Wood (frondosa, Nyst non Sow.) » subulata, Sow » sp , Margarita (Turbo) monilifera, Nyst, 1835. (Sola- rium tuibinoïdes, Nyst, 1843.) Trochus ziziphinus, L » sp ^ (l)Le signe + indique la présence du fossile dans une couche sans que son degré d'abondance ait donné lieu à une observation. Les lettres c, ce, r, rr que l'espèce est respectivement abondante, très- abondante, rare ou très-rare. r • r 4- + 4- ce cc 4- + * + + 4- rr + 4- + + + + + 4- + + + + + ce + + + + + + . rr 4- r • + 4- + + + + + + MÉMOIRES. 19 NOMS. o a •a 3 . ta ■a S§ ? •cS l-r.^ iS bc-H fcfl- °C o< . o oS:« a) a •S-^ es m Adeorbis (Hélix) subcarinatus, Mont. (Delphinu- la triganostoma, Bast.) Dentaliura entale, L. . '. » costaium, J. Sow » » varietas Tornatella sp Bulla cylindracea, Penn Scaphander (Bulla) lignarius, L Ostrea cochlear. Poli (navicularis, Br.) » edulis, L. (ungulata, Nyst) Anomia ephippium, L. . . . .' Pecten dubius, Br, (radians, Nyst) » Gerardi, Nyst )> grandis, J. Sow » lineatus, Da Costa. (Sowerbyi, Nyst). . » pusio, L. (striatus, J. Sow.) )) tigerinus, Mûll » Westendorpi, Nyst Lima subauriculata,Mont. (Ostrea nivea, Ren.). Pinna sp Crenella (Modiola) sericea, Bronn Arca sp Pectunculus sp : Limopsis sublsevigata, Nyst et West • Leda laevigata, Nyst et West Axinus (Venus) sinuosus, Donov. (unicarina- tus, Nyst) Cardium Norwegicum,Spengl. (oblongum.Nyst). » sp Lucina (Venus) borealis, L 'DiplodontaWoodi,Nyst(dilatata,WoodnonPhil.) Erycina sp Cyprina(Venus)Islandica, L. (Venus aequalis.Sow.) » » rustica, J. Sow. (tumida, Nyst). Circe (Venus) minima, Mont. (Gytherea trigo- na, Nyst) Astarte Basteroti. Laj » Burtini, Laj » corbuloïdes, Laj » gracilis, Miinst. (Galeottii, Nyst) » obliquata, Sow , » Omalii, Laj Isocardia cor, L + rr + 4- + + + 4- + + r + -4- c + c c + + + 4- + 4- rr ce + r + c 4- c ce + + c + 4- 4- 4- + + 4- 4- + + rr rr 4- 4- 4- 4- -i- 4- 4- cc c 4- 4- 4- H- 4- 4- 4- + -i- rr c 4- 4- 4- 1 4- 4- 4- 4- 4- 20 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. NOJMS. ■3 a ■ ÎSP» C t» <3 .2 3 Cardita intermedia, Br. (squamulosa, Nyst). . . » orbicularis, Sow » scalaris, Sow Woodia (Tcllina) digitaria, L. (Lucina curvira- diata, Nyst) Venus multilamella, Lk. (multilamellosa, Nyst et West.) » ovata, Penn. (spadicea, Ren.) Cytherea(Venus)chione, L. (Ven. chionoïdes, N.). » » nux, Gmel. (Venus cycladifor- mis, Nyst) Tellinabalaustina,L.(tenuilamellosa,NysletW.) » compressa, Br Ligula prismatica, Mont Solen sp , Corbula (cardium) striata, Walk. (gibba, Nyst), Nesera (Tellina) cuspidata, Olivi Panopœa sp Glyciraeris angusta, Nyst et West. ....... c + + -i- + -f + + + rr + + + . c c -f + -f + rr . -i- + + + + 4- + + rr 4- -f 4- 4- 4- 4- + A ces fossiles il faut ajouter la Lingula Dumortieri^ et la Ditrupa suhulata^ représentées dans les deux zones mais plus abondantes dans la zone inférieure; la Terehratula grandis et la Venericardia planicosta de chacune desquelles il n'a été trouvé qu'une valve, cette dernière dans le sable gris clair; quelques Bryozoaires isolés ; des Turbinolia dans la partie infé- rieure de la zone intermédiaire seulement ; des Foraminifères, des Balanes et des otolithes de Trigles dans toute la couche. Ces Trigles devaient être plus grands que ceux dont on trouve les restes dans les sables noirs ; malheureusement je n'ai pas rencontré d'autres pièces de leur squelette. Vers le bas de la couche j'ai recueilli, quoique rarement, des morceaux de bois percés par des Vers ou des Mollusques, mais différant de ceux qui étaient en contact avec le sable noir en ce qu'ils ne sont pas imprégnés de sulfure de fer. Dans la zone fossilifère inférieure on commence à trouver en MÉMOIRES. 21 abondance des ossements de Cétacés. Il faut remarquer que pas un de ces os n'est roulé. Malgré cela il était parfois très-difficile de les retirer, en bon état, du sable, parce qu'ils étaient excessivement cassants et tombaient en esquilles avant qu'on ne put les dégager. Les os de la tête étaient surtout dans ce cas ; les vertèbres qui résis- taient mieux se trouvaient la plupart du temps intactes et sou- vent couvertes de Balanes. La conservation de ces pièces ne fait que d'autant mieux ressortir l'absence des dents de Poissons signalées précédem- ment comme se trouvant plus bas dans la zone intermédiaire. Dans toute l'épaisseur des sables à Isocardia cor, épaisseur souvent considérable, il n'y a ni cailloux ni graviers, mais on y trouve cependant des témoins de la dénudation de terrains plus anciens, ainsi la Venericardia planicosta ne peut être arrivée dans ces sables qu'entraînée par les flots et déjà fossile à cette époque puisque les sables d'Aeltre qu'elle caractérise ne viennent affleurer qu'à une grande distance et sont éocènes. Salles à Trophon aniîquum {Fusus contrarius.) — Aux sa- bles à Isocardia cor qui viennent d'être passés en revue, suc- cède une couche dont l'aspect et la nature sont aussi variables que l'épaisseur et que caractérise une immense quantité de coquilles brisées de Cyprines, d'Astartes, de Peignes, etc. Cette couche, loin d'être horizontale, est extrêmement irrégu- lière ; souvent elle est imprégnée d'une argile de couleur ver- dâtre qui est elle-même distribuée de la manière la plus va- riable. Ici elle pénètre dans le crag gris au dessous de la couche de coquilles brisées, tout à côté elle ne dépasse pas cette der- nière couche ou s'arrête vers le milieu de son épaisseur. J'ai même vu une place où la couche de coquilles brisées complète- ment interrompue, laissait entre ses tronçons un espace que du sable argileux sans débris avait rempli. Dans le voisinage des anciens bassins, l'argile plus compacte et plus foncée renfer- mait plus de galets, mais beaucoup moins de coquilles. Très- 22 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. souvent au milieu de la couche argileuse verte on voyait une couche de sable grisâtre marneux qui allait en s'atténuant, ou bien un lit de marne blanchâtre plus épais que ceux du sable gris sous-jacent et contenant des coquilles brisées et des coquilles entières. J'y ai trouvé aussi des restes de plantes marines. L'argile verte était marquée surtout aux Bassins du Katten- dyk et au Bassin de la Campine ; elle l'était moins ou dispa- raissait même au Bassin au bois. Aux travaux de jonction elle ne formait parfois qu'une tramée. Quand cette argile était peu abondante et surfout quand elle venait à manquer, on voyait des sables se rapprochant assez des sables gris sous-jacents et contenant comme eux des grains de glauconie ; mais une quan- tité de petits débris de coquilles et une proportion de calcaire beaucoup plus grande leur donnait une teinte générale d'un gris clair et les rendait plus cohérents. Cependant il arrivait aussi qu'il n'y eût ni argile verte ni marne ; les sables conte- naient alors des coquilles réduites en très-petits fragments comme celles dont il a déjà été question, mais généralement pas de débris de grosses espèces. Quelquefois ils étaient co- lorés par de l'oxyde de fer, mais n'étaient pas cohérents. D'au- tres fois il y avait des traces d'argile ferrugineuse. Souvent on trouvait dans l'argile verte ou dans la marne coquillière des cailloux et des silex d'un noir bleuâtre, ramifiés ou non, et, suivant les emplacements, des os roulés, des boucles de raies, etc. Ces objets étaient rares aux travaux de jonction. Dans toute l'étendue de la couche au milieu des débris, on voyait des coquilles entières, soit roulées, soit intactes, et alors même quelquefois bivalves. Cela était notamment le cas pour le Pecten Gerardi dont il y avait des groupes compacts formant de véritables amas. A ce niveau on voit aussi apparaître des espèces qui ne se trouvent jamais dans le sable gris à Isocardia cor sous-jacent et qui servent à le faire distinguer de ce dernier, alors qu'en l'absence des coquilles brisées, le sable des deux couches au- rait les mêmes caractères minéralogiques, comme le cas s'est MÉMOIRES. 23 présertë au Bassin au bois. Ces espèces sont les TT(yplvmi anti- quum {Fiisiis contrarms)^ Trophon (j/racile {Fîisus corneus)^ Purpura lapllus^ Purpura tetragona et Pecten complanatus. Cette couclie est, comme on le voit, de composition fort com- plexe, mais à tous les caractères cités précédemment, il faut encore ajouter celui-ci que , sous le rapport des espèces, les Mollusques y sont distribués d'une manière très-irrégulière. Voici la liste des espèces que j'ai trouvées dans cette couche avec les principales circonstances relatives à leur gisement et à leur état de conservation : Trophon (Fusus) alveolatiim, J. Sow. » (Tritonium) antiquum, Mûll. (Murex contra- rius, Gmel. M, striatus, Sow.) » (Buccinum) gracile, Da Gost. (Murex Islandi- cus, Gmel. M. corneus, Donov.) Buccinopsis Dalei, J. Sow. (Buccinum crassum,Nyst), Buccinum undatum, L. (lenerum, Sow.) Terebra inversa, Nyst (heterostropha, Wood) Nassa (Buccinum) labiosa, J. Sow » granulata, J. Sow » (Buccinum) reticosa, J. Sow » » )> var. elongata, J. Sow. . » » » var. rugosa, J. Sow. . . Purpura (Buccinum) lapillus, L » • tetragona, J. Sow. (Murex alveolatus, J. Sow.) Cassidaria bicatenata, J. Sow. . Columbella scripta, L. (Fusus politus, Nyst) Pleurotoma intorta, ? Br » modiola, Crist. et Jan(carinata, Bivon.). . . . » turrifera, Nyst (turricula, Br.) Voluta Lamberti, J. Sow Cypraea Europaea, Mont, (coccinella, Lamk) Natica catena, DaCost. (Sowerbyi, Nyst) )» cirriformis, J. Sow )) hemiclausa, J. Sow. (varians, Duj.) » millepunctata, S. Wood. Eulima (Hélix) subulata, L Apporrhaïs (Strombus) pespelicani, L .+ rr r r + + + + r + + c rr + + -4- + r rr rr c c rr + + + + rr + u SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. GASTÉROPODES. ca 03 Turritella incrassata, J. Sow. (Turbo triplicatus, Br). Scalaria trondicula, Wood Littoi'ina suboperta, J. Sow Solarium sp Trochus muliigranus, S. Wood (Dekini, Nyst) Emarginula crassa, J. Sow » (Patella) fissura, L. (reticulata, J. Sow.)- . . • Calyptrœa (Patella)sinensis, L Pileopsis (Patella) ungaricus, L » sp Scaphander (Bulla) lignarius, L ce rr r r rr rr ce rr rr 4- rr r LAMELLIBRANCHES. Bassin de jonction. '3 s |g.Ë Bassin au bois. Ostrea edulis, L » prineeps, S. Wood. (undula- ta, Nyst non Sow.) Anomia ephippium, L » striata, Br. (rugosa, Nyst) . . Peeten dubius, Br. (radians, Nyst). . » Gerardi, Nyst » grandis, J. Sow » lineatus, Da Cost. (Sowerbyi, Nyst) » maximus, L. (coraplanatus, J. Sow.) » opercularis, L » pusio, L. (striatus, J. Sow.). . » tigerinus, Mûll Pinna sp , . . . Mytilus sp Peetunculus sp » glycimeris, L Nueula sp Cardium edule, L,(angustatum, Nyst, obliquum, Wood) » Norwegicum, Spengl. (oblon- gum,Nyst) + c + + + r + c + 4- + . + + . + ce + + c + + + + + + + + + • + 4- • + + r -f + + 4- ce . + c + c r • + ce r -i- • • 4- rr • • -i- . , + . + r + • H- c r 4- + r • + r • MÉMOIRES. 25 LAMELLIBRANCHES. Bassin de .jonction. i ^ Bassin au bois. ■3 2-s Lucina (Venus) borealis, L Diplodonta trigonula, Bronn. (Telli- na astartea, Nyst) Cyprina (Venus) Islandica, L. (Venus sequalis, J. Sow.) » (Venus) rustica, J. Sow. (tu- mida, Nyst) Circe (Venus) minima. Mont. (Cythe- rea trigona, Nyst) Astarte Basteroti, Lajonk » Burtini, Lajonk » gracilis, Mûnst. (Galeottii, N.) » incerta, S. Wood. (plana, Nyst non Sow » obliquata, Sow. . » Omalii, Lajonk. . Cardita chamaeformis, Sow » orbicularis, Sow » scalaris, Sow Woodia (Tellina) digitaria, L. (Luci- na curviradiata, Nyst). . . . Venus casina, L. (sulcata, N. et West.) » turgida ? Sow Cytherea (Venus) nux, Gmel. (Venus cycladiformis, Nyst) Artemis (Venus) exoleta, L Mactra sp Tellina Benedeni, Nyst et West. . . . Gastrana(Petricola) larainosa, J. Sow. Mya sp , Gorbula(Cardium) striata,Walk. (pla- nulata,Nyst, Tellina gibba, Olivi.) Glycimeris angusta, Nyst et West. . Clotho ? (Saxicava) sp + + + H- + 4- + 4- 4- 4- + c + • 4- 4- . c 4- c + 4- . c • r • • r + 4- . + + ■ + + c 4- 4- + 4- c 4- + 4- 4- r + c + r + r + + 4- + + r 4- 4- r 4- r 4- c + rr . rr • + • Y rr + 4- + 4- 4- 4- 4- 4- Avec les fossiles précédents on trouve encore une Zunu- lites, une Eelepora et quelques autres Bryozoaires dont une espèce enveloppe presque toujours des Buccinopsis Dalei et des Cassidaria bicatenata. Les Poissons ne sont représentés que par de rares débris et les Crustacés par des fragments de pinces. 26 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. La couche à coquilles brisées des bassins se relie à celle des environs d'Anvers qu'on a désignée tantôt sous le nom de crag gris, tantôt sous celui de crag rouge. Certains gisements, notamment ceux où les Buccins sont plus abondants, comme au Bassin au bois, auraient autrefois été classés dans le crag supé- rieur qui a reçu aussi le nom de crag rouge. Ces noms de cou- leur sont mauvais; M. Dewalque {Prodrome^ p. 226) a re- connu que ces différences de couleur ne sont « qu'une altéra- tion superficielle due à la décomposition de la glauconie. Nous avons pu constater, ajoute M. Dewalque, que telle couche est grise en un point, jaune à peu de distance... « Ayant pu m'assurer, grâce à des circonstances favorables, que dans toute l'épaisseur des sables que j'ai nommés Sables à Isocardia cor, sables compris entre les sables noirs à Pectun- culus pilosus et la couche de coquilles brisées, il n'y a pas un seul Trophon antiquum , je proposerai de désigner la division supérieure des sables scaldisiens sous le nom de Crag a Tro- phon antiquum ou à Fusus antiquus ou contrarias suivant le nom que cette espèce est appelée à porter. Salle argileux xerdâtre. — A la couche à Trophon antiquum succèdent, la plupart du temps, des sables imprégnés d'une forte proportion de cette même argile verte qui pénètre jusque dans les sables à Isocardia cor. Cette couche argileuse atteint parfois jusqu'à deux pieds d'épaisseur et ne contient pas de traces de fossiles. Sans entrer ici dans de plus amples considérations, je dirai cependant que dans la seconde partie de ce travail j'ai été amené à ne pas considérer son dépôt comme contemporain de la formation du crag à Trophon antiquum ou comme dû à un même phénomène. Je l'ai, au contraire, considéré comme bien distinct et l'ai placé entre le dernier dépôt tertiaire et les pre- miers dépôts campiniens. Je considère en effet la couche argi- leuse verte comme étant en place aux bassins sous les cailloux qui se trouvent à la base des sables de ce dernier système. MEMOIRES. 27 § III, Sables Campiniens et Dépôts modernes. Au-dessus de l'argile verte viennent les sables campiniens sous forme de sables fins d'un blanc jaunâtre auxquels une légère proportion d'argile verte donne une teinte verdâtre. Ils contiennent quelques rares grains de glauconie noirs, de petits grains de quartz blanc arrondis de diverses grosseurs et de petits cailloux de silex noir bleuâtre et de quartz grisâtre. On y trouve de nombreux débris de racines des végétaux de l'époque suivante. Cette couche est recouverte quelquefois par du sable argileux vert jaunâtre semblable à celui qu'on a vu plus bas mais moins riche en argile ; il est de même absolu- ment sans fossiles. Plus haut reparaissent les sables jaunâtres qui ne semblent avoir été que sur quelques points interrompus par la seconde couche argileuse. Ils sont alors d'un blanc grisâtre et ne con- tiennent plus de graviers, mais encore de nombreux petits grains de quartz brillant et quelques grains de glauconie qui y paraissent comme perdus . Ces sables prennent ensuite une légère teinte un peu brune qui devient graduellement plus foncée pour arriver enfin à une nuance presque noire. On y trouve des dé- bris de végétaux bientôt fort abondants et annonçant le voisi- nage de la tourbe qui se présente immédiatement au-dessus. Dans le sable brunâtre se rencontrent des ossements d'ani- maux, principalement de Sangliers, de Cerfs et de Bœufs. Tourbe. — Généralement dans le bas de la couche la tourbe est noirâtre. Elle se crevasse et devient très-dure en séchant. Vers le haut elle est moins compacte ; on la trouve quelquefois remplie de filaments, elle est alors très-légère et de nuance plus claire. Dans toute l'épaisseur de la couche sont disséminés un grand nombre de morceaux de bois et de branches dont la plupart avaient perdu toute consistance. On reconnaissait faci- lement le pin, le chêne et le noisetier. J'ai recueilli dans la tourbe même des noisettes, des feuilles et des roseaux. Ceux- 28 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. ci n'avaient pas subi les mêmes transformations que les autres végétaux. Par ci par là on trouvait des troncs entiers d'arbres dont le bois était noirci. Aux travaux de jonction, à la cote + 1, j'ai vu une souche encore fixée dans l'ancien sol par de fortes racines mais dont le tronc avait été brisé et entraîné. Partout où j'ai rencontré la tourbe aux bassins il y avait encore de nombreuses racines dans les couches sous-jacentes et ces racines pénétraient à travers le crag à Trophon antiquum sou- vent jusque dans les sables à Isocardia cor. Dans la tourbe on trouvait fréquemment du phosphate de fer; cette substance imprégnait quelquefois les morceaux de bois et les branches et se faisait reconnaître de loin par sa couleur d'un beau bleu. La tourbe contenait, mais en moindre quantité, les mêmes ossements que le sable sous-jacent; souvent les pièces étaient couvertes de tourbe d'un côté et de sable de l'autre. La tourbe s'est montrée sur toute l'étendue des travaux mais avec une puissance extrêmement variable qui dépend de la conformation du terrain dans lequel la formation s'est effec- tuée. Cette puissance varie de 1 mètre ou moins encore à 7 mètres. Généralement elle se trouve à 1 mètre ou 1 1/2 mè- tre au plus sous la surface du sol, c'est-à-dire vers la cote + 1,50 ou + 1. Le fond de la couche est assez souvent à la cote 0. Mais on comprendra que ces chiffres ne puissent être qu'approximatifs. Argile noirâtre. — En contact avec la tourbe on trouvait fréquemment une argile d'un brun noirâtre très-foncé avec petits points brillants qu'on prendrait pour du mica. Parfois elle contenait des parties complètement noires, parfois du sable en proportions variables. Elle était le plus souvent juxta- posée à la tourbe mais elle formait quelquefois dans cette der- nière de petites couches horizontales ou légèrement ondulées. Ce n'est qu'exceptionnellement que l'argile se trouvait tout à fait au-dessous. J'y ai recueilli les espèces suivantes : MÉMOIRES. 29 Blthynia tentaculata^ L. Planorhis carinatus^ MûU. Vahata piscinalis^ Mùller. « fontanus^ Ligchtf. Succinea elegans, Risso. Cyclas caliculata^ Drap. Limnœa limosa^ L. n cornea, L. j) palus tris ^ Mûll. Pisidmm cazertanum^ Poli. Ancyhis lacuséris, L. » pusillum^ Gmel. Planorbis alhus^ Mùll. C'est surtout au Bassin au bois, sur la ligne la plus rappro- chée du canal, à l'angle N.-E. du Bassin de la Campine et au Bassin du canal que l'argile avait une épaisseur considérable ; parfois elle était tourbeuse et renfermait des débris de végé- taux, parfois elle contenait de petits lits de débris de coquilles provenant de la couche à Trophon antiquum et des sables à Isocardia cor ainsi que des coquilles bien conservées de ces mêmes couches. Tous ces fossiles étaient légèrement colorés en noir et étaient accompagnés de coquilles d'eau douce des espèces citées plus haut. A la base de la couche on trouvait les mêmes ossements que sous la tourbe. Au Bassin de la Campine on a recueilli un crâne de Bospri- migenius à la profondeur de 3'",10 sous le sol, c'est-à-dire à la cote — 1 et un peu plus loin, dans le Bassin du canal, à la cote — 1,25 un autre crâne de grande dimension de la même espèce avec des fragments de bois de Cerfs et des ossements diyers. Bien que j'ignore à quelle profondeur et dans quel terrain elle se trouvait, je ne puis passer sous silence une hache polie de 0'",25 de longueur, découverte lors des travaux de prolon- gement des Bassins du Kattendyk. Cette pièce remarquable fait partie des collections réunies au Musée d'archéologie d'Anvers. Argile des Polders. — Au-dessus de la tourbe ou de l'argile noirâtre et se reliant à celle-ci par des transitions insensibles, on trouvait le limon brunâtre, argileux, gluant, connu sous le nom d'argile des Polders ou Poldres. Cette argile contenait 30 SOCIÉTÉ iMALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. aux Bassins des coquilles d'eau saumâtre {Cardmm edule de petite taille), des coquilles d'eau douce et terrestres et acci- dentellement des coquilles marines, telles que des Buccins. On y découvrait beaucoup d'ossements, soit qu'ils s'y trouvas- sent naturellement, soit qu'ils y eussent été enfouis par l'homme. Ils se distinguent de ceux qui proviennent de la tourbe, par leur coloration plus claire qui parait due à de l'oxyde de fer en faible proportion. On les reconnaît aussi à leur état de conservation qui laisse souvent à désirer et ferait croire à la présence d'agents chimiques destructeurs ; les co- quilles sont de même très-abimées et comme corrodées, bien que la plupart conservent encore des traces très-visibles de coloration. Ainsi que la tourbe, l'argile des Polders contenait du reste quelquefois du phosphate de fer. Eemaniements . — Les diverses couches du terrain se succé- daient comme je viens de les énumérer chaque fois qu'il n'y avait pas eu de remaniements, mais il arrivait souvent qu'on trouvait des traces anciennes et incontestables du passage des ruisseaux qui n'étaient pas encore alors, comme aujourd'hui, réduits à l'état de minces filets d'eau. Ainsi à l'emplacement de l'écluse maritime des Bassins du Kattendyk , le crag à Tro- phon antiqiium n'avait que 0,08 centimètres d'épaisseur et la tourbe reposait même quelquefois sur les sables à Isocardia cor. D'autres fois la dénudation s'est arrêtée à la couche d'ar- gile verte. J'ai vu celle-ci recouverte par de l'argile noirâtre au-dessus de laquelle venait de la tourbe. Je puis citer aussi un curieux exemple de mélange des cou- ches dans la partie ajoutée au Bassin du Kattendyk. J'ai ob- servé en effet de haut en bas la succession suivante : 1. Argile des Polders. 2. Tourbe. 3. Sable marin blanc avec petits cailloux, renfermant des dé- bris de coquilles provenant du crag à 2'rophon antiquum. MÉMOIRES. 31 4. Tourbe et argile noirâtre au même niveau. 5. Sable avec coquilles brisées, mêlé de sable coquillier ar- gileux rougeâtre. Au milieu de cette couche se trouvait une poche ou masse isolée d'argile verte. 6. Sable jaunâtre. 7. Sables gris- à Isocardia cor. Un autre exemple de remaniements aussi évidents, mais moins compliqués, est donné par la coupe suivante que j'ai prise dans le Bassin delaCampine contre le canal et, par conséquent, en face d'un point où j'ai dit que l'argile noirâtre du Bassin au bois avait une grande épaisseur. Il y avait à partir du sol : 1. Argile des Polders. 2. Sable blanc avec coquilles brisées provenant du crag à Trophon antiquum. 3. Tourbe. 4. Sables à Isocardia cor. La couche n** 2 a déjà fait l'objet d'une mention dans les Mémoires de la Société M alacologique (Tome V, 1870, p. 27. Excursions faites en Belgique pendant l'année 1870, par Er- nest Vanden Broeck). Elle contenait des débris de coquilles, des fragments d'os de Cétacés roulés, des graviers et d'assez gros galets. M. Vanden Broeck cite de cette couche les espèces suivantes : Bithynia tentaculatay L. Neritina flumatilis^ L. Limnea auricularia^ L. j: truncatula^ Mùller. PlanorUs com]^lanatus ^ L. Unio pictorum, L. Anodonta cellensis^ L. M. Purves y a trouvé également un Cyclostoma elegans. 32 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. Quelques-unes des Neritina que j'ai recueillies présentaient encore des traces de coloration. Dans ce même bassin de la Campine à un point plus rap- proché de la ville, à peu de profondeur sous le sol, on trouvait des alternances de sable jaunâtre et de petits lits de matière tourbeuse qui se succédaient avec une régularité parfaite jus- qu'à ce qu'on arrivât à la tourbe compacte. Mais à cet empla- cement il n'y avait déjà plus d'argile des Polders. I^ O T E3 SUR LES DE L'AGADIE, Par G.-F. MATTHETIT, TRADUCTION DU MANUSCRIT ANGLAIS Par Armand THIEL.ENS. (Planche I.) — SÉANCE DU 12 AVRIL 1874. — Comme introduction au sujet que nous allons traiter, il ne sera pas superflu de donner un court aperçu des principaux caractères de la formation post-pliocène (1) de la partie nord- est de l'Amérique du nord. Deux auteurs éminents dans la science, tant en Amérique qu'en Europe, se sont beaucoup occupés de l'étude de cette for- mation dans la région que nous venons de nommer. M. le doc- teur Dawson, dans ses écrits sur ce sujet, publiés dans le « Ca- nadian Naturalist » et dans un tableau synoptique fort abrégé intitulé « Notes on the Post-pleiocene of Canada, » Montréal, (1) La formation sur laquelle portent nos observations, est celle qui a été fréquemment nommée Pleistocène et que l'on croyait contenir une fai- bl proportion d'espèces éteintes. Quelques-unes de ces espèces, à cause desquelles le nom avait été imposé, ayant été rencontrées depuis dans cer- taines parties de l'Océan jusqu'alors inexplorées, j'ai cru convenable d'adop- ter le terme de Post-pliocène dont se sert M. le docteur Dawson pour dési- gner la formation qui fait l'objet de mon travail. 5 34 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. 1872, donne d'amples renseignements concernant ces couches et les restes organiques qu'elles renferment dans la province de Québec (Canada). Le docteur A. -S. Packard, de Salem (Mas- sachusetts), de son côté, a consacre beaucoup de temps à l'étude de la géologie post-pliocène, principalement de celle du Labrador et de l'Etat du Maine, et a publié le résultat de ses observations dans les mémoires de la Société d'Histoire natu- relle de Boston, vol. I, part. 2. Quoique ces auteurs aient discuté les phénomènes du post- pliocène dans les régions de l'ouest et du nord de l'Acadie, ils n'ont accordé que peu d'attention à cette contrée elle-même. Mon but, dans ce travail, est de suppléer en partie à ce qui manque en mentionnant quelques faits relatifs à la répartition des mollusques renfermés dans les couches de l'Acadie, tant sous le rapport de la profondeur de la mer dans laquelle ils ont vécu que de leur distribution géographique actuelle comparée à celle de l'époque post-pliocène. L'histoire de cette période dans le nord-est-nord de l'Amérique du nord commence avec la translation d'énormes masses de glaces recouvrant la surface de la contrée du nord au sud. A chaque point où les roches solides ont été mises à nu, des stries ou entailles profondes et régulières attestent la puissance et l'universalité de cette force de frottement. M. Dawson émet la théorie que ces rainures et le Boulder- clay (argile à blocaux) qui repose à la base de la surface dépo- sée, sont dues à l'action des glaces transportées par les eaux et entraînées vers le sud par un fort courant polaire, tandis que le docteur Packard avance hardiment l'hypothèse qu'elles résul- tent du mouvement d'un glacier continental, de grande épais- seur et de poids considérable, qui descendait vers le midi à travers le Canada et la Nouvelle-Angleterre. Aussi loin que s'étendent mes observations, il me semble tout à fait impossible d'expliquer tous les phénomènes du drift de la période post- pliocène en Acadie par l'une ou l'autre de ces deux théories prises isolément. L'une et l'autre, celle des glaces flottantes et MÉMOIRES. 35 celle du glacier, ont eu libre carrière et cours ici ; mais une analyse raisonnée et complète de leur action étendrait ces remarques préliminaires outre mesure. Qu'il suffise de dire que la période s'est ouverte par le travail de ces forces puissantes qui ont donné naissance au phénomène des stries et au Boul- der-clay, et que la vie marine de cette époque était extrême- ment limitée (1). Le Boulder-clay est répandu partout en Acadie, et s'observe jusque vers les sommets des plus hautes collines et dans toutes les parties de la contrée. C'est un dépôt qui, pour ce que nous en connaissons, se présente sans stratification et consiste en un mélange intime d'argile et de sable, dans lequel sont dissé- minés d'innombrables blocs striés et fragments de pierres arra- chées à des roches plus anciennes, lesquelles sont rarement situées à plus de dix ou quinze milles au nord de l'endroit où se trouvent actuellement les fragments. Dans la plus grande partie de la contrée, le Boulder-clay est recouvert d'un autre dépôt qui a été nommé Dépôt remanié {Modijied drift)^ parce que les matériaux dont il se compose ont été arrangés et remaniés par les eaux. Il est bien développé dans la vallée du St-Laurent où M. le docteur Dawson le divise en Leda-clay (argile à Leda) et en Saxicava-sand (sables à Saxicava). Une division de cette formation en trois termes serait encore mieux appropriée à ce qui se présente en Aca- die. Ici le Leda-clay est séparé du Boulder-clay par des sables graveleux stratifiés et des cailloux polis ; dans la partie infé- rieure de ce groupe arenacé se trouvent des bandes irrégulières de Boulder-clay alternant avec des couches sableuses; mais l'ensemble de ce groupe se distingue du Boulder-clay type par l'absence d'argile et l'état arrondi et la surface polie des pier- res qu'il contient, aussi bien que par sa stratification évidente. Aucune trace de débris organiques n'y a été observée, et en (1) M. Dawson affirme la présence du Portlandia glacialis dans le vrai Till ou Boulder-clay, à la Tivière de Murray Bay, dans la vallée du Saint- Laurent. 36 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. plusieurs endroits la disposition du dépôt suffit pour indiquer qu'il a été formé dans une mer d'une profondeur considérable traversée par un puissant courant océanique. Il semble donc résulter de là que lorsque ces couches ont été déposées, la ré- gion Acadienne était profondément submergée et qu'un courant irrésistible des régions glacées du nord coulait sur elle, en emportant dans les profondeurs plus grandes la partie la plus fine du Boulder-clay qui couvrait les collines et les rides expo- sées et en amoncelant les matériaux plus grossiers en sillons de moraines à dos de cheval, dépendant pour leur direction et leur forme de la position des élévations submergées sur le fond de la mer. Des conditions similaires se présentent actuellement dans certaines parties du nord de l'Atlantique où il y a de vas- tes étendues des fonds de la mer couvertes de sables et parse- mées de pierres et de 'cailloux, qui sont également roulés par de forts et profonds courants venant du pôle. Je voudrais introduire pour les lits Acadiens de ce groupe le nom de Syrtensien {Syrtensian) , comme indiquant leur compo- sition et les conditions sous lesquelles ils ont été formés. Le docteur Packard s'est servi du même terme dans un sens un peu différent, c'est-à-dire comme dénomination de la faune d'un type subarctique qui caractérise les bancs de pêche des côtes de la Nouvelle Angleterre. Des lits du genre de ceux que j'ai décrits paraissent se trou- ver à la base de Leda-clay, dans la large plaine du St-Laurent, car dans la coupe donnée par le docteur Dawson, du dépôt remanié de la briqueterie du Glen près de Montréal, il donne à ces lits une épaisseur de vingt pieds sous le Leda-clay en cet endroit. Une couche semblable inférieure au Leda-clay se remarque le long des côtes de l'Atlantique aux Etats-Unis et s'étend au sud aussi loin que la baie de Massachusetts, ainsi qu'il résulte du texte et des coupes figurées par le docteur Packard dans son mémoire ; et il est évident d'après les écrits du professeur Hitchcock et d'autres, que cette partie du post-pliocène est con- MÉMOIRES. 37 stituée d'une manière identique plus loin encore au sud, jus- qu'au détroit de Long Island. Les couches syrtensiennes d'Acadie passent graduellement vers le haut aux couches du Leda-clay lorsque ce dernier est présent. Vers les côtes, celui-ci consiste en minces couches laminées d'argile séparées par de minces couches de sable, mais dans les montagnes de l'intérieur il est principalement composé de sables et d'argiles en couches alternantes et à peu près en égale proportion . Dans les collines de l'intérieur du pays l'on n'a trouvé aucun débris organique, mais aux niveaux les plus bas, prés des côtes, différents fossiles ont été découverts par l'action des eaux sur les bancs d'argile le long des côtes de la baie de Fundy, ainsi que dans des tranchées exécutées pour rétablis- sement des lignes de chemins de fer, etc. Parmi ces débris organiques nous citerons des ossements de phoque et une dent entière d'un grand mammifère, divers crustacés, échinodermes, vers, coraux et plantes marines, outre les mollusques que je me propose de décrire. Dans la liste suivante, j'ai indiqué les stations bathymétri- ques et géographiques de la plupart des espèces citées ; de plus j'ai ajouté quelques observations sur certaines particularités qui m'ont paru dignes d'être mentionnées. Les zones de profondeur notées dans cette liste sont : Zone littorale^ l'espace compris entre la limite des eaux hautes et celle des eaux basses. Zone à laminaires^ eaux basses jusqu'à une profondeur de 15 brasses. Zone à corallines, la profondeur de 15 à 50 brasses. Les localités désignées par des lettres sont : R. C. River Charlo; B. P. Black Point; R. B. River Benjamin; T. R. Tetagouche River ; toutes de Bay Chaleur. St-J. Saint-John; St-G. Saint-George; St-A. Saint- Andrew et Oak Bay, dans la baie de Fundy. Pour la distribution verticale des espèces énumérées dans ce 38 SOCIÉTÉ MALÂCOLOGIQUE DE BELGIQUE. travail, je m'en suis rapporté, dans la plupart des cas, au ca- talogue du docteur W. Stimpsons {Shells of New England). Mes coquilles de Bay Chaleur ont été recueillies par M. R. Chalmers. Nepkmea tornata Gould. — Récent : Mers arctiques jus- qu'au golfe St-Laurent. Fossile : R. C, R. B., St-A. Peu ré- pandu dans la baie de Fundy. Une autre espèce, le N. iO-cosfata, quoique vivant actuel- lement sur cette côte, a cependant un habitat plus méridional que la dernière et n'a pas été trouvée dans le Leda clay plus au nord que Brunswick (Maine). Sipho Kroyeri Môller. — Récent : Mers arctiques jusqu'au golfe St-Laurent. Fossile : R. C, B. P., St-A.? Rare en ces localités. Buccinuon undatum Lin. — Récent : du Groenland à la baie de Massachusetts ; de la zone à laminaires à celle des coral- lines. Fossile : R. C, R. B., St-J., St-A. Dans le dépôt de la baie de Fundy, cette espèce est beaucoup plus commune que l'espèce qui suit, mais à Bay Chaleur l'une et l'autre sont éga- lement abondantes. Buccinum tenue Gray. — Récent : Mers arctiques jusqu'au golfe St-Laurent. Fossile : R. C, B. P., St-J. Beaucoup moins abondant que le B. undatum. Buccinum glaciale Lin. — Récent : du Groenland au golfe St-Laurent. Fossile : B. P. Plutôt rare. Buccinum Groenlandicum Chemnitz? (Planche I, fig. 1). — Récent : Groenland. Fossile : T. R., dans la Bay Chaleur. Je ne suis pas certain que cette espèce soit bien déterminée. Le spécimen, qui m'a été envoyé par le Rév. C.-A. Paisley, est plus ventru que celui figuré par le D'" Dawson, et la partie supé- rieure des tours est moins renflée. Buccinum Bonorani Grsiy . — Récent : Mers du nord et New Foundland. Fossile : B, P. Un exemplaire unique avec le sil- lon caractéristique sur le dernier tour. Lacuna nerito'idea Gould. — Récent : Nouvelle Ecosse jus- MÉMOIRES. 39 qu'au détroit de Long Island. Zones littorale et à laminaires. Fossile : Leda-clay de St-J. Rare. Je cite cette espèce d'après l'autorité du D'^ A.-S. Packard. Lunatia héros Say. — Récent : du Labrador au détroit de Long Island, mais rare au sud du cap Cod. Zone littorale. Fos- sile : R. C. Deux petits individus non symétriques, montrant les effets de l'appauvrissement, comme un exemplaire de la même espèce recueilli à Québec par le D' Dawson. Lunatia héros Say? var. Chàlmersi (Planche I, fig. 2). — Si un spécimen de la Benjamin R., reçu de M. Chalmers, appar- tient à cette espèce, il en constituerait une variété bien accen- tuée. Il est proportionnellement plus élevé que la forme typique du Z. héros, ses tours sont plus renflés et sa spire est plus éle- vée : la partie inférieure du bord columellaire qui, dans le Z. héros, est mince au-dessous du trou ombilical, est plus épaisse et plus arrondie dans ce spécimen ; l'ombilic est plus étroit que dans la coquille de Say et il y a une forte côte très -accentuée au bord supérieur du dernier tour près de la suture. La lon- gueur de la spire des individus du Z. héros recueillis dans la baie de Fundy, comparée à celle de leur ouverture, est dans la proportion de 1 à 4 1/2 ou 5 ; mais dans quelques-uns provenant de la Mingen R. sur les côtes du Labrador, elle est de 1 à 3 2/3 ; et comme dans la coquille de M. Chalmers elle n'est que de 1 à 2 1/3, il est probable que c'est une variété boréale de l'es- pèce. Longueur 1 5/8, largeur 1 1/4 pouce. Natica affinis Gmel. {clausa B. et Sow.). — Récent : du Groenland à la baie de Massachusetts. Zone à corallines. Fos- sile : R. C, R. B., T. R., St-J., St-A. ; comme à la baie de Fundy, mais plus abondant encore à Bay Chaleur. Bêla turricula Montagu. — Récent : du golfe St-Laurent à la baie de Massachusetts. Zone à corallines. Fossile : R. C, B. P. Plutôt petit et pas commun. Bêla harpularia Couthouy. — Récent : mêmes localités que l'espèce précédente. Zones à laminaires et à corallines. Fossi- les : mêmes localités que la dernière espèce. Rare. 40 SOCIÉTÉ MALÂGOLOGIQUE DE BELGIQUE. Pecten Islandicus Chemnitz. — Récent : du Groenland au détroit de Long Island. Zones à laminaires et à corallines. Fos- sile : St-J. Abondant en cette localité. Pecten tenuicostatus Mighels {Magellanims Lk.). — Récent: Labrabor à la baie de Massachusetts. Zones à laminaires et à corallines. Fossile : St-J. Rare. Pecten tenuicoistatus var. ? — Une coquille ressemblant à cette espèce par la forme et la sculpture se rencontre à St-John, mais elle est plus épaisse et ses stries sont plus fines. Yoldia sapotilla Gould. — Récent : du Labrador au détroit de Long Island. Zone à corallines. Fossile : une valve unique à Black Point. Ce n'est pas la variété de Y. limatida Say, citée par le D"" Dawson dans les argiles de la rivière du Loup, mais elle se rapporte sous tous les rapports au Yoldia sapotilla ; les dents de la charnière sont excavées à la face extérieure. Portlandia glacialis (yvsiy . {Leda truncata Brown.). — Ré- cent : Mers arctiques. Fossile : R. C, R. B., T. R., St-J., St-A. C'est la coquille la plus abondante dans le grand dépôt du Leda-clay le long des rives de la baie de Fundy, mais elle n'est pas commune dans le dépôt de la partie sud de Bay Cha- leur. C'est à cause de l'abondance de cette espèce dans les argiles de la vallée du St-Laurent que le D'' Dawson a désigné cette couche par le nom de Leda-clay. Ce mollusque semble devenir plus petit et plus rare là où le dépôt est sablon- neux. Leda minuta Fabricius. — Récent : Groenland à la Nouvelle Ecosse. Zone à corallines. Fossile : B. P., St-J. Rare. Nos spé- cimens sont plus courts et plus ventrus que ceux recueillis à la rivière du Loup par le D"" Dawson. Ceux qui proviennent de Bay Chaleur appartiennent à la var. complanata. Leda permuta Millier. — Récent : Mers arctiques jusqu'au détroit de Long Island. Zone à corallines. Fossile : R. C.,B.P., T. R., St-J., St-A. Les variétés tenuisiilcata et huccata sont communes au gisement de Bay Chaleur ; mais en cette localité ainsi qu'à la baie de Fundy, la première est la plus abondante, MÉMOIRES. M tandis qu'à la rivière du Loup c'est la dernière qui est la plus commune. Nucula tenuis Montagu. — Récent : du Groenland à Casco Bay (Maine). Zone à corallines. Fossile : commun à Bay Cha- leur dans les localités mentionnées. N'a pas encore été rencon- tré à la baie de Fundy. Nucula expansa Reeve. — Récent : Mers arctiques jusqu'au golfe St-Laurent. Fossile : commun dans l'argile de St-John avec le Portlandia gïacialis ; se rencontre aussi à St-George et àSt-André ; une seule valve a été trouvée à Bay Chaleur, à Jacquet River. Modiolaria discors Lin.? '• Récent : Labrador à Massa- chusetts Bay. Zone à laminaires. Fossile : B.P. Une seule valve, trop imparfaite pour être déterminée avec certitude, mais ressemblant beaucoup à cette espèce. Mytilus edulis L. — Récent : Groenland au détroit de Long Island. Zone littorale. Fossile : R. C, R. B., St-J., St-A. Commun dans le lit supérieur du Leda-clay à St-John, et très- abondant à Bay Chaleur où la var. elegans est commune. Crypiodon sp. ?(Planche I, fig. 4 a. b.). — Fossile : St-John. Rare. Des spécimens* de ce Cryptodon, tout à fait différent du C. Gouldii Fhil.., ont été trouvés de temps en temps dans la couche à Astéries de Duck Cove. Il est voisin du C. fiexuosus des mers Britanniques, mais en diffère par sa forme plus ren- flée spécialement vers ses sommets ; les crochets ont une cour- bure plus vive à l'extrémité que chez l'espèce anglaise précitée. Le sillon s' étendant du sommet au bord postérieur de notre coquille est plus étroit que dans le C. fiexuosus et la ride qui la divise depuis le bord cardinal est relativement plus étroite et plus aiguë. Il existe une faible strie descendant du sommet à la base du bord antérieur, et entre elle et la lunule les stries con- centriques de l'épiderme sont plus accentuées. Coquille mince et fragile. Épiderme pâle, d'nn brun jaunâtre. Kellia suhorhiculata Montagu. — Récent : nord de l'Europe (Nouvelle Ecosse et baie de Massachusetts, Gould). Fossile : 6 42 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE. Black PoiDt. Rare. Cette petite coquille se rapporte bien à la figure et à la description de cette espèce données par Gould dans ses Invertébrés du Massachusetts. Serripes Groenlandica Chemnitz. — Récent : du Groenland à la baie du Massachusetts. Zone à coraliines. Fossile : R. C, R. B., T. R., St-J., St-A. Les exemplaires récents de Mingen R. (Labrador) ont les dimensions doubles de nos plus grands échantillons fossiles du post-pliocène. Les coquilles provenant de l'argile de la baie de Fundy sont minces et fragiles. Cardium pinnulattim Conrad. — Récent : Golfe St-Laurent au détroit de Long Island. Zone à laminaires. Fossile : St-J., St-G., assez abondant en quelques localités. Ces exemplaires, surtout les plus grands, sont plus anguleux que les exemplaires vivants du Massachusetts, figurés par le D'' Gould. Astarte arctica Môller var. lactea'^ — Récent : du Groen- land à Casco Bay (Maine). Fossile : St- André oii il n'est pas commun. C'est la plus grande espèce de nos Astarte . elle est plus grande que VA . semisîilcata Gray et a le sommet plus rapproché du côté antérieur et plus aigu. Astarte compressa L. — Récent : du Groenland au Labra- dor. Fossile : St-André; peu commun. Cette forme est inter- médiaire entre l'espèce précédente et la suivante ; elle est plus profonde, plus élevée et plus mince que A. lactea, Astarte Banksii Leach. — Récent : Groenland à la Nouvelle Ecosse. Fossile : St-John. Cette espèce a les sommets plus proéminents que la précédente, et le bord antérieur est plus profondément arqué en dedans à la lunule. Spisula solidissima Chemnitz. var. Acadica. — (Planche I, fig. 3). Récent : du Labrador au détroit de Long Island (le type). Zones littorale et à laminaires. Fossile : cette forme appartient à la couche la plus élevée de l'argile à St-John, et pour le poids, la forme de l'impression musculaire, la position des crochets et la brièveté des dents latérales, se rapproche de l'espèce européenne S. solida. C'est peut-être une variété arctique de solidissima. Hauteur 1 3/8 pouce, long. 1 5/8 pouce. MÉMOIRES. 43 Macoma fusca Say. et var. Oroenlandica. — Récent : Groenland à la baie de Fundy. Zone littorale. La variété, zone à laminaires (et à corallines ?). Fossile : R. C, B. P., F. R., St-J., St-A. Une petite variété à coquille plus rugueuse abonde dans le Lac Lawlor, près de St-John dans le sable à Saxicava, mais une forme plus large et plus lisse est très abondante dans les dépôts de Bay Chaleur ; elle rappelle le M. solidula d'Europe, mais en est distincte. M. Oroenlandica vit encore dans les eaux profondes de la Baie de Fundy et M. fusca abonde dans les bas fonds sablonneux le long de ses côtes. Macoma calcarea Chemnitz. — Récent : Groenland à la baie de Fundy. Zone à corallines. Fossile : mêmes localités que l'espèce précédente ; mais tandis que le M. fusca est confiné dans la baie de Fundy au sable à Saxicava et à la partie supérieure de l'argile à Leda, le M. calcarea se trouve répandu dans tout ce dernier dépôt. Pandora (Kemerlia) glacialis Leach. — Récent : Mers arctiques jusqu'au golfe St-Laurent, Fossile : St-John. Fré- quent dans le lit à Astéries à la Crique nommée Duck Cove. Il fut d'abord rapporté au P. trilineata Say, mais le D'^ Dawson dit qu'il en est complètement distinct. Lyonsia arenosa Môller. — Récent : du Groenland à la Nou- velle Ecosse. Fossile : avec la dernière espèce. Lyonsia Norvegica? — Récent : Mers Arctiques. Fossile : avec les deux dernières espèces et plus commun que Pandora glacialis. Cette coquille diffère de Lyonsia hyalina Conrad, en ce qu elle est plus ventrue, un peu plus élevée et n'a pas de stries rayonnantes, quoique l'on aperçoive quelques légères li- gnes radiées dans certains individus. Je n'ai pas vu de L. Nor- xegica^ de sorte que je ne suis pas certain de sa détermination. Mya truncatalÀn. et var. Uddevalensis. — Récent: du Groenland à la baie du Massachusetts. De la zone littorale à la zone à corallines. Fossile : R. C, B. P., St-J., St. A. Fré- quent. La forme allongée se rencontre dans les argiles de St-John, mais la variété est plus abondante. Ai SOCIÉTÉ MALÂCOLOGIQUE DE BELGIQUE. Mya arenaria L. et,var. acuta. — Récent : Groenland jus- qu'au détroit de Long Island. Zone littorale. Fossile : R. C, B. P., T. R., St-J., St-A. Je n'ai trouvé cette espèce que dans les sables à Saxicava. C'est actuellement l'un des mollusques les plus abondants de nos côtqs. La variété, qui est probablement le Mya acuta de Say, se distingue par sa forme remarquablement ovale ; elle est enflée et dilatée en avant, et l'échancrure postérieure de la charnière est plus droite que dans la forme typique. La variété est de beaucoup la coquille la plus abondante dans l'argile de Bay Chaleur, mais les Mya de St- John appartiennent au type ordi- naire. On peut conjecturer de là que la var. acuta est d'origine septentrionale. Saxicava rugosa L. et var. arctica. — Récent : du Groen- land au détroit de Long Island. De la zone littorale à la zone àcoraUines. Fossile : R. C, B. P., T. R., St-J., St-A. Cette espèce très variable se rencontre plus abondamment dans les dépôts de la vallée du St-Laurent et de Bay Chaleur que dans ceux de la baie de Fundy. En s'avançant au Sud de la Rivière St. Laurent, les formes la plus régulières, telles que S. rugosa et S. 'p]u)ladis, augmentent en nombre, tandis que les variétés difformes, telles que S. arctica^ S. rJwmhoides^ S. hiatella, diminuent. Ainsi, dans une collection formée à la Rivière du Loup et qui m'a été gracieusement envoyée par M. Dawson, j'ai trouvé que tous les individus, sauf deux, appartenaient aux formes irrégulières. Dans la collection de M. Chalmers, prove- nant de B^y Chaleur, les exemplaires difformes dominent encore et les deux tiers appartiennent à la var. arctica. Mais dans les coquilles recueillies à la baie de Fundy, les proportions sont renversées ; à St-André un tiers seulement se rapporte aux variétés arctiques et parmi celles recueillies à St-John seulement un cinquième. Les spécimens de Brunswick (Maine), qui m'ont été envoyés par le D'" Packard, sont tous réguliers, sauf un qui a le sommet placé au quart antérieur de la coquille. Lepralia hyalina Johnston. — ■ St-John, dans le Leda-clay. MÉMOIRES. 45 Membranipora pilosa Johnston. — Idem. Cellepora fumicosa Ellis. — Idem. Dans la liste que nous venons de donner, il y a plus de trente espèces de mollusques, nombre assez grand pour nous per- mettre de tirer des conclusions, quelqu'incomplètes qu'elles puissent être, concernant la profondeur de la mer où ils ont vécu. Comme je n'ai pas visité Bay Chaleur, et que je ne suis pas renseigné sur la position exacte des dépôts post-pliocènes dans lesquels les coquilles citées ont été rencontrées ; il me sera seulement possible de parler d'une façon générale de leurs relations par rapport à la profondeur et à la température de la Mer Àcadienne à cette époque. Ellesyse rencontrent depuis la zone à corallines (environ 300 pieds) jusqu'à la zone d'occilla- tion des marées ; mais je ne sais pas s'il existe une gradation régulière depuis les formes des eaux profondes, qui se trouvent dans les couches inférieures, jusqu'aux formes littorales que l'on trouve dans les couches supérieures. Cependant dans les argiles de la baie de Fundy, dont l'étude m'est plus familière, il y a des preuves de la formation progressive d'un ensablement de l'Océan le long des côtes , pendant la dernière partie de la période prémentionnée. Les bancs les plus inférieurs de l'argile à Leda sont compactes et d'une couleur rouge ou grise, selon qu'ils sont formés dans le bassin des roches carbonifères ou dans la région située à l'Ouest ; ils contiennent très peu de restes organiques et ceux-ci sont principalement des coquilles de Portlandia glacialis. Ces argiles, graduellement colorées de teintes obscures, varient depuis le brun pâle ou gris foncé jusqu'au noir, selon la quantité de débris organiques qui y sont disséminés, et renferment un grand nombre de coquilles des espèces précitées. Elles montrent plusieurs lits de sables fins noirs contenant Ophioglypha Sarsii, Pandora glacialis^ Lyonsia Norvegica?^Lyonsia arenosa, Cry^^o^o^i sp. ? et d'autres co- quilles dont aucune n'indique une zone moins profonde que la zone à corallines. Ces couches foncées sont à leur tour recou- vertes près de St-John par d'autres argiles rouges qui différent 46 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. des argiles rouges inférieures par une teinte plus brune et par de nombreux lits de sables bruns ou gris qui y sont intercallés. Ces argiles supérieures, en même temps qu'elles contiennent Balaniis crenatus^ Portlandia glacialis^ Nucula exfansaeic.^ de l'horizon inférieur, ont en outre d'autres espèces telles que Buccinumundatum^ Buccinum tenue , Mya truncata^ Macoma calcarea^ et Saxicava rugosa. Une mer un peu moins profonde est indiquée par les espèces de l'argile de St-John qui sont Spisula solidissima var., Mytilus edulis et Cardium pinnula- tum, tandis qu'un retrait ultérieur de l'Océan s'établit par le contenu des couches de sable (sables à Saxicava) qui couvrent les argiles à une hauteur de 40 à 60 pieds audessus des traces des hautes marées, et qui contiennent des coquilles de Mya arenaria, Macoma fusca et des plaques et épines de Toxopneustes Drohachiensis {Echinus grannlatus). Quoique le remplacement des formes des eaux profondes en formes littorales donne une preuve certaine de la formation pro- gressive des bas-fonds de la mer post-pliocène en cette région, cela n'indique pas cependant si le changement a été graduel ou s'il est dû à des soulèvements soudains et répétés de la contrée. Toutefois l'existence dans les terres de plusieurs terrasses à différents niveaux indique que le changement n'a pas été par- faitement régulier, mais qu'il s'est effectué par des élévations soudaines laissant entre elles des intervalles de repos. Chaque dentelure de la ligne des côtes d'une mer où les sédiments seraient exposés à être éparpillés par le remous des vagues, pourrait donner lieu à des plages de sable étendues jusqu'à la limite la plus basse des marées ; et dans une baie où la marée se ferait sentir, comme dans la baie de Fundy, de telles plages auraient eu vers la mer une inclinaison de 20 à 30 pieds. Lorsque de telles plaines s'élèvent audessus du niveau de la mer et forment des terrasses par l'action des vagues etc., les terrasses qui en résulteraient auraient eu des niveaux variant entre les limites indiquées. C'est ce qui a été constaté près de St-John où la première terrasse s'élève à une hauteur MÉMOIRES. 47 d'environ 15 pieds ; la suivante qui est beaucoup plus élevée varie de 40 à 60 pieds et l'on voit qu'elle est composée de trois assises du dépôt remanié, savoir : couches syrten- siennes, argiles à Leda, sables à Saxicava. Une troisième terrasse commence à la hauteur d'environ 100 pieds et s'étend jusqu'à 120 pieds de hauteur. La couche superficielle de celle-ci est plus grossière que dans la dernière et consiste en graviers stratifiés et en sables. Une autre composée des mêmes maté- riaux a été observée à une hauteur de 150 pieds, et enfin une cinquième à 300 pieds. A cette hauteur les terrasses sont très graveleuses, tout à fait irrégulières et se confondent avec les sommets syrtensiens. Comme ces anciennes limites des mers sont un témoignage irrécusable de l'élévation de la contrée à l'époque post-pliocène, de même la composition des argiles à Leda dans les parties élevées de l'Acadie, fournit des indications par lesquelles on peut juger de la profondeur de la mer pendant toute la période durant laquelle s'est effectué le dépôt. Dans ces régions mon- tagneuses qui traversent la partie méridionale du nouveau Brunswick, il y a des vallées creusées jusqu'au niveau de la mer ou à peu près; les vallées de cette nature sont en partie rem- plies par le dépôt remanié et les montagnes environnantes recouvertes plus ou moins par le Boulder-clay. L'argile à Leda se trouve sur les pentes et au fond d'une de ces vallées (vallée de Douglas dans le Queens County), à deux cents pieds audessus du niveau de la mer. Divers petits torrents coulent des sommets sur le flanc occidental de la vallée et des coupes dans l'argile à Leda ont été faites en face lors de la construction du chemin de fer. En face de ces courants, l'argile à Leda devient dans toute son épaisseur une succession de lits sableux ; de ce fait il est constant que lorsque ces couches furent déposées, les som- mets des montagnes voisines se trouvaient au-dessus de l'eau, et comme les courants d'eau descendant des montagnes étaient suffisamment forts pour entraîner tout le sédiment boueux de leurs embouchures dans la mer du Leda-clay, l'élévation de la 48 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. mer au-dessus de son niveau actuel, pendant cette période, n'a pu excéder de beaucoup la hauteur de 200 pieds. Ainsi il appert que la structure du dépôt formé pendant la dernière partie de la période post-pliocène corrobore le résultat obtenu par l'étude de la distribution verticale dans les mers actuelles des espèces de coquilles que ces couches contiennent. Un autre fait révélé par l'examen de ces fossiles, portant sur la profondeur probable de la mer de l'argile à Leda, est l'indication donnée par les localités des fossiles, énumérés dans la liste précitée, d'une division géographique en deux groupes dont l'un a un caractère plus arctique que l'autre. Ainsi dans Bay Chaleur on trouve en nombre les espèces arctiques du genre Buccin dont l'une seulement, le B. tenue, se retrouve à la baie de Fundy ; tandis que le Nucula tenuis abonde à Bay Chaleur, il n'a pas encore été rencontré dans les argiles de la baie de Fundy où il est remplacé par le Nmula expansa. D'un autre côté diverses espèces de la faune marine actuelle de l'Acadie, telles que Lacuna neritoïdea, Cardium pinnnlatîim, Pecten tenuicostatvs et Spisula solidissima var., ont été ren- contrées dans le post-pliocène de la baie de Fundy,-' mais ne l'ont pas encore été à l'état fossile, à Bay Chaleur, quoique existant actuellement en abondance dans ses eaux. Ce contraste marqué dans le groupement des coquilles post-pliocènes des deux baies, ne peut pas avoir été occasionné par des diffé- rences de latitude seulement, mais semble plutôt avoir été causé par l'existence d'une barrière à la libre réunion des eaux de la baie de Fundy avec celles du golfe St-Laurent, barrière telle que celle qui existerait encore si la contrée intermédiaire était déprimée à une profondeur n'excédant pas 150 à 200 pieds. J'ai mentionné précédemment que les argiles fortement colo- rées, abondant en matières organiques et contenant les signes indicateurs de cette profondeur des eaux, étaient recouvertes à St-John par des argiles rougeâtres avec des couches sableu- ses. En quelques endroits on peut les voir en place sur les cou- MÉMOIRES. 49 ches érodées de l'argile foncée et dans d'autres directement sur l'argile rouge compacte. Ce groupe, qui contient des fossiles de la zone à laminaires, semble avoir été déposé lorsque la contrée avait atteint une élévation de 100 pieds de son niveau actuel, et peut être appelé Leda-clay supérieur. Ces lits supé- rieurs avec tous les dépôts sur lesquels ils reposaient avaient subi une dénudation avant le dépôt du sable à Saxicava. Ce groupe consiste en sable gris, jaune et brun, parfois couvert ou étage par des lits de graviers qui, par la présence exclusive d'espèces littorales, peut être regardé comme un dépôt de ma- rée. De tous ces faits et d'autres encore, nous pouvons conclure le résumé suivant de la vie marine pendant la formation post- pliocène : Boulder day {argile a hlocaux). — Dépression sous l'Océan d'environ 2500 à 1000 pieds. Faune chétive et entièrement composée de formes arctiques. Syrtensian Beds {couches syrtensiennes). — Dépression de 1000 à 500 pieds. Vie probablement très-limitée. Courant océanique puissant. Lower Leda clay {argile à Leda inférieure). — Dépression de l'argile compacte (inférieure) de 500 à 200 pieds ; de l'ar- gile foncée (supérieure) de 200 à 100 pieds. Les couches les plus anciennes renferment quelques espèces des eaux profon- des, les couches les plus récentes dénotent une vie marine abondante. TJ'p'per Leda clay {argile a Leda supérieure). — Dépression de 100 à 60 pieds. Vie moins développée que dans les eaux de l'argile inférieure, les eaux étant sujettes à de plus grands troubles. Saxicava sand {sables à Saxicava). — Dépression 60 à 40 pieds ou moins. Toutes les espèces de mollusques sont littorales. EXPLICATION DE LA PLANCHE 1. FiG. i. Buccinum GroenlandiGum Chlz? 2. Lunalia héros Say. var, Chalmersi. 5. Spisula solidissima Chlz. var. Acadica. 4. Cryplodon spl a. Coquille vue intérieurement. b. La même vue extérieurement. Coupes. Couches post-pliocènes des vallées de Nerepis et de Doublas, Nou- veau-Brunswick. Dépôts post-pliocènes de St-John, Nouveau-Brunswick. FAUNE LAEKENIENNE. iwiiiiriiui\ m T PROVENANT DE WEMMEL (CALYPTRJIA SULGATA, VOLUTA RUGOSA, LITTORINA LAMELLOSA) par G. VINCENT. (Planche II.) — SÉANCES DU H JANVIER, 7 iUlN ET 1 NOVEMBRE 1874. — Calyptr^a sulcata, g. Vincent. Assise laekenienne. Etage supérieur. Zone inférieure. Les sables laekeniens de Wemmel, si remarquables par la prodigieuse quantité d'espèces de mollusques testacés qu'ils recèlent, ont malheureusement si mal conservé ces restes qu'il est rare d'obtenir de ce dépôt une coquille entière. L'extrême fragilité de cette nouvelle Calyptrée ne permet- tant pas de dégager les sables qui cachent son ouverture, est cause que nous ne pouvons décrire les caractères de cette partie. Les deux exemplaires que nous faisons figurer, ont été trou- vés par mon fils Emile, dans le riche gîte de la localité préci- tée que notre collègue, M. Th. Lefévre et moi, avons fait con- naître il y a deux ans. Coquille orbiculaire, conoïde, très-déprimée, à spire fort petite, composée de trois tours et à sommet presque central. 52 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. La surface est ornée d'un très-grand nombre de côtes lamel- leuses, assez fortes, serrées, courbes, obliques et allant de l'une à l'autre suture. Diamètre, 21 millimètres. Par sa forme, notre coquille se rapproche de la Calyytrea striatella Nyst, figurée dans le Mémoire sur les coqîdlles et polyjjiers fossiles des terrains tertiaires de la Belgique de cet auteur ; elle en diffère par ses stries lamelleuses et par l'absence des tubercules qui se manifestent sur le dernier tour de la stria- tella. VoLUTA RUGOSA, G. Vincent. Assise laekenienne. Étage supérieur. Zone inférieure. Il y a peu de temps, nous avions recueilli dans les sables laekeniens, à Wemmel, deux exemplaires très-incomplets de cette nouvelle coquille que nous rapportâmes avec doute à la Voluta simylex^ du bassin de Paris, décrite par M. Deshayes(l). Mais, après avoir comparé rigoureusement à la description de la volute précitée, donnée par cet auteur, divers autres spé- cimens d'une conservation meilleure que nos deux premiers et découverts dans le même gîte de Wemmel, nous avons été amené à en faire une espèce distincte. Notre coquille est allongée, oblongue ; la spire qui n'a envi- ron que le quart de la longueur totale de la coquille, est com- posée de huit tours ornés de côtes ou rides longitudinales, un peu obliques, irrégulières ; le dernier tour, assez ventru vers sa partie supérieure, n'offre que des rides très-espacées ; en outre, des stries transverses, peu marquées, s'observent vers sa base. La columelle, infléchie, porte cinq plis obliques, dont les deux (1) Description des coquilles fossiles des environs de Paris, page 704, pi. xciv, fig. 12 et 13. MÉMOIRES. 53 inférieurs sont les plus développés. L'ouverture est allongée et assez étroite. Le bord droit est mince et tranchant. Tous les exemplaires que nous avons pu étudier sont à peu près de la même taille ; celui que nous figurons mesure 25 mil- limètres de longueur sur 12 millimètres de largeur. Les différences les plus saillantes entre la Volute que nous venons de décrire et la Voluta simplex^ résident principalement dans la proportion des tours de spire et dans la forme de la columelle : chez la rugosa, la spire n'occupe que le quart envi- ron de la longueur totale de la coquille, tandis que dans l'espèce de France, elle est un peu plus courte que le dernier tour ; en- suite, sa columelle est infléchie et porte cinq plis, tandis que dans la Voluta simplex elle est droite et garnie seulement à sa base de trois plis obliques. LiTTORiNA LAMELLOSA, G. Vincent. Assise laekenienne. Étage supérieur. Zone inférieure. En la séance du 7 juin dernier, nous avons fait connaître un gastéropode nouveau, la Voluta rugosa^ G. Vinc; aujourd'hui nous avons l'honneur de présenter à la Société la description d'une autre coquille nouvelle, non moins intéressante. La Littorine que nous décrivons sous la nom de lamellosa, ressemble un peu, par sa forme allongée, à la littorine que M. Deshayes a décrite sous le nom de cyclostomoïdes (1), et trouvée dans le calcaire grossier inférieur et moyen du bassin de Paris, mais l'ornementation et la forme ovalaire de l'ouverture que l'on observe chez notre coquille, prouvent d'une manière certaine qu'elle est entièrement distincte de cette rare espèce. Elle est allongée, turriculée, assez pointue au sommet. La (1) Description des animaux sans vertèbres découverts dans le bassin de Paris, tome II, page 361, planche 13, 6g. 1-4. 54 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. spire est composée de neuf à dix tours arrondis et réunis par une suture profonde. Ceux-ci sont ornés de huit à neuf côtes transverses, assez prononcées, entre chacune desquelles s'aper- çoit une autre côte moins forte. Des lamelles ondulées, très- nombreuses, très-serrées et tranchantes, couvrent les côtes transverses et se dirigent d'une suture à l'autre. Le dernier tour seulement de l'un des exemplaires que nous figurons, a conservé ces lamelles ; il nous a été impossible de maintenir celles qui ornaient les autres tours de cette belle et rare coquille, malgré les meilleures précautions que nous avions prises pour les dégager des sables qui les entouraient. L'ouverture , dont nous n'avons pu également conserver qu'une faible partie, celle attachée à l'avant-dernier tour, est grande, ovalaire en avant, terminée en arrière par un angle. Son bord droit est simple et tranchant. Cette espèce a été recueillie à Wemmel. EXPLICATION DE LA PLANCHE II. FiGi'RF. \. a. Calyplrœa sulcata G. Vincenl. Exemplaire de grandeur naturelle. b. Idem. Autre exemplaire de grandeur naturelle. » 2. a. Voluta rugosa G. Vincent. Exemplaire grossi, vu de face. 6. Idem. Le même, vu du dos. c. Idem. Traits indiquant la grandeur naturelle. » 3. a. LiUorina lamellosa G. Vincent. Exemplaire de grandeur naturelle, vu de face. b. Idem. Le même, vu du dos. c. Idem. Autre exemplaire de la collection de M. Th. Lefèvre. SUR LA DiCOlIVEIlTl DE OIM SPOMIAIRES AYANT PROVOQUÉ LA FORMATION DES GRÈS FISTULEUX ET DES TUBULATIONS SABLEUSES DE L'ÉTAGE BRUXELLIEN • DES ENVIRONS DE BRUXELLES, par A. RUTOT. (Planche III.} — SÉANCE DU 1" NOVEMBRE 1874. — Les nombreux et grands travaux qui s'exécutent actuellement autour de la ville de Bruxelles, sur la rive droite de la Senne, permettent aux géologues d'observer de belles coupes des éta- ges bruxellien et laekenien. En plusieurs points, de Schaerbeek à St-Josse-ten-Noode, à Uccle, à Diegbem, etc., on peut voir de vastes étendues de terrain, montrant à découvert les diver- ses assises de l'étage bruxellien . L'étude de cette formation, faite depuis longtemps, a con- duit les géologues à la diviser en trois assises dont les lignes de démarcation sont peu tranchées. Au-dessus du conglomérat siliceux et calcaire formant la base, vient une couche de sable blanc, meuble, dans lequel on voit bientôt apparaître des concrétions dures, siliceuses, dont le nombre et le volume augmentent à mesure qu'on s'élève. 9 56 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. D'abord, ces concrétions sont de forme assez régulière ; leur figure primitive est un cylindre renflé circulairement en divers endroits, de manière à représenter des fuseaux, des poires, des matras de chimie, etc. Toutes ces concrétions sont posées verticalement dans le sens de la longueur. Plus haut, les formes deviennent plus irrégulières, les con- crétions se ramifient, deviennent plus volumineuses et se pré- sentent alors sous des aspects bizarres qui les font rechercher pour la construction de petits rochers artificiels. C'est pour cette raison que le vulgaire les appelle " pierres de grottes «, dénomination qui a été remplacée dans la science par celle de « grès fistuleux. n En beaucoup de localités, la formation des grès fistuleux s'interrompt tout-à-coup; et, lorsqu'il fait sec et qu'«n vent léger balaye les parois de la coupe, le sable meuble qui s'éboule laisse apparaître des concrétions tubulaires très-fragiles, for- mées de sable agglutiné, qui se brisent au moindre contact. Ces concrétions, généralement assez serrées, forment un tube à parois minces, de 1 à 2 centimètres de diamètre ; elles s'élè- vent verticalement ou obliquement dans le sable et donnent à l'ensemble un aspect très-singulier. Après un ou plusieurs lits de sable à tubulations sableuses, les concrétions dures, siliceuses réapparaissent ; mais, le plus souvent, elles sont moins bizarrement découpées et elles pren- nent peu à peu la forme de blocs irréguliers à bords arrondis. Quelquefois, à la surface de ces blocs, on voit apparaître, em- pâtés dans la masse, des cylindres très-allongés, s amincissant vers une extrémité, couverts d'aspérités arrondies, dontlaforme rappelle celle des concrétions régulières que nous avons men- tionnées comme se trouvant à la base de l'étage. Les blocs situés au niveau où nous sommes arrivés, sont blanchâtres extérieurement et ordinairement très-durs. Quand on parvient à les briser, on remarque que les éclats sont tran- chants et que la cassure est vitreuse, translucide et luisante ; la couleur, plus foncée qu'à l'extérieur, est d'un gris-verdâtre. MÉMOIRES. 57 En raison de ces caractères, les blocs dont il est question ont été appelés « grès lustrés. » Le sable qui entoure les blocs est devenu moins meuble, il ne s'éboule plus lorsqu'il est sec; il est, de plus, traversé, sur- tout vers le bas, suivant la stratification grossière des blocs et souvent immédiatement en-dessous d'une ligne de blocs, par plusieurs couches blanches, minces, déchiquetées et ramifiées, d'apparence marneuse ou argileuse, quoique composées presque entièrement de calcaire. Cette terre blanche, légère, examinée au microscope, se montre formée d'une infinité de foramini- fères, associés à de nombreux débris de piquants de Spatangiis et de spicules calcaires. Traitée par les acides, cette roche ne laisse qu'un faible dépôt de silice floconneuse. Il est à peu près établi que c'est une de ces couches, attei- gnant à Dieghem jusque 0"',50 d'épaisseur, que l'éminent géo- logue, sir Charles Lyell, trompé par l'apparence, a prise pour du tripoli siliceux. On remarque enfin, à proximité des lits de sable à tubulations, que les petites couches marneuses semblent trouées et perforées comme par des animaux lithophages ; il y a tout lieu de croire, cependant, que ces perforations, qui attei- gnent les blocs durs eux-mêmes, ne sont que les traces laissées par les tubulations sableuses englobées plus tard dans les con- crétions durcies. A mesure que l'on monte, le sable devient plus cohérent, bientôt il laisse sur les doigts une poussière calcaire, blanche et tenace. De leur côté, les grès s'aplatissent et ont une ten- dance à former des bancs réguliers et continus, distants entre eux d'environ 1 mètre en moyenne. En même temps que ces changements s'opèrent, les blocs deviennent aussi moins durs, ils contiennent une proportion de calcaire toujours plus forte et perdent ainsi peu à peu leur éclat lustré caractéristique. C'est ainsi que les » grès lustrés « passent insensiblement aux « grès calcarifères « ou au " calcaire sableux, n Lorsque la coupe de terrain se trouve sur une éminence, on peut souvent distinguer à la partie supérieure des sables dont 58 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. nous venons de parler, une couche mince, mais importante, et bien connue des géologues sous le nom de « couche roulée à Nummulites lœviçata, » que l'on est maintenant généralement d'accord de placer à la limite des étages bruxellien et laeke- nien. Au-dessus viennent des sables blancs, cohérents, très- calcarifères, avec grès calcareux tendres. Ils sont presque tou- jours surmontés d'une couche uniforme de limon hesbayen d'un à deux mètres d'épaisseur. Souvent aussi, les dénudations ont enlevé les dépôts supé- rieurs et alors le limon quaternaire recouvre immédiatement l'assise bruxellienne à grès calcarifères. Dans ce cas, il se pré- sente constamment un phénomène d'infiltration qui a fait croire pendant longtemps à l'existence d'un sàblejaune-verdâtre, d'âge plus récent que le dépôt bruxellien et ravinant profondément ce dernier. Voilà exposée, un peu longuement peut-être, la composition de l'étage bruxellien des environs de Bruxelles. J'ai cependant cru bien faire de donner cette description avec quelques détails, afin de pouvoir préciser la position des grès fistuleux et des tubulations sableuses et permettre des comparaisons avec l'é- tranger. Cela dit, passons à la partie principale du travail, c'est-à-dire à la démonstration de l'origine des grès fistuleux et des tubu- lations sableuses. Prenons un grès fistuleux, de préférence une concrétion de forme régulière, comme il s'en trouve à la base de l'étage, et brisons-le. Nous remarquons aussitôt qu'il est composé de deux parties : un cylindre central et une enveloppe moulée sur ce cylindre. Les deux parties ne sont cependant pas en contact, il existe entre elles un espace annulaire de 1 à 3 millimètres d'épaisseur, ordinairement rempli de sable grossier. Recueil- lons soigneusement ce sable et gardons-le à part pour l'étudier en détail ; en attendant, examinons le cylindre et son enve- loppe. Le cylindre est plein, assez dur, formé de gros grains de MÉMOIRES. S9 sable agglutiné ; sa section transversale est circulaire ou ovale, la surface extérieure est unie et régulière. L'enveloppe présente dans la cavité intérieure la forme d'un cylindre concentrique au premier, mais moins régulier. Elle montre en creux l'empreinte de tubercules de la grosseur d'un pois, serrés les uns à côté des autres, tantôt irrégulièrement distribués, tantôt formant des renflements annulaires. On voit alors facilement que le reste de l'enveloppe n'est qu'une con- crétion proprement dite, formée de sable agglutiné par la silice au point de devenir très-dure et de présenter, moins déve- loppés cependant, les caractères des grès lustrés. La surface extérieure de l'enveloppe est unie et simplement rugueuse au toucher. De l'examen des grès fistuleux réguliers, on peut donc con- clure avec M. le professeur Dewalque, que « leur forme ainsi que leur cavité centrale, tend à les faire considérer comme concrétionnés autour d'un corps organisé, plante, ou peut-être, polypier mou. n Dans tous les cas, la forme du corps organique autour du- quel s'est déposée la concrétion, a dû être un cylindre de 10 à 30 centimètres de long, dont la section transversale aurait 2 à 3 centimètres de diamètre et dont la surface extérieure devait être couverte de petits tubercules, tantôt disposés irrégulière- ment, tantôt formant des renflements annulaires. Si l'on prend ensuite des grès fistuleux de forme quelconque, on peut remarquer plus ou moins facilement qu'ils sont dus à une agglomération de cylindres semblables à ceux que je viens de décrire, enchevêtrés les uns dans les autres et empâtés dans une concrétion siliceuse extérieure. Parmi les grès lustrés, il n'est pas rare de rencontrer, ainsi que je l'ai déjà-dit, des blocs qui semblent avoir été remaniés sur place par les eaux de la mer bruxellienne et où une corro- sion de la croûte extérieure laisse apercevoir des formes allon- gées à surface tuberculeuse, entièrement semblables à celle que je viens de décrire. 10 60 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. La forme des corps organiques ayant servi de centre d'at- traction à la silice qui imprégnait le sable lors de la formation des grès, étant connue, il est cependant bien difficile de la rap- porter d'une façon certaine à tel ou tel organisme. On a cru pouvoir en faire des racines d'arbres, -des spongiaires, des polypiers, etc., toutes assimilations vraisemblables, mais tou- jours douteuses. Heureusement, le sable grossier que nous avons recueilli dans l'espace annulaire intérieur des grès fistuleux, va nous donner la clef du problème et les moyens de déterminer exacte- ment la nature des corps organiques qui ont provoqué la for- mation des grés tîstuleux et plus tard de grès lustrés. En effet, si nous observons attentivement le sable à l'œil nu, nous y remarquons une grande quantité de petites aiguilles blanches ayant jusque 2 millimètres de longueur. A l'aide d'une bonne loupe on voit un grand nombre d'aiguilles pro- jeter des rayons ou branches et présenter ainsi des formes étoi- lées des plus élégantes. Au microscope simple, avec un gros- sissement de 15 à 20 diamètres, les formes simplement entre- vues avec de plus faibles amplifications, apparaissent dans toute leur netteté et on est immédiatement convaincu que l'on est en présence de spicules siliceux de dessins très- variés. J'ajouterai que l'examen microscopique du sable dont il est question montre encore, mêlés aux spicules, de nombreux foraminifères silicifiés, ainsi que de petits piquants de S'pa- tangus brisés et silicifiés, facilement reconnaissables à leurs dimensions relativement plus grandes que celles des spicules et à leur surface merveilleusement réticulée. Pour faire de bonnes observations, le sable gène beaucoup, aussi est-il nécessaire de le séparer des spicules. A cet effet, je me suis servi d'un procédé extrêmement simple et rapide, qui consiste à verser d'une hauteur de 5 à 6 centimètres, le sable, tel qu'on le recueille, au sommet d'un petit plan incliné à SO'' environ , formé d'un morceau de papier rugueux. Les grains ronds roulent facilement au bas du plan, tandis que les MÉMOIRES. 61 spicules, allongés et crochus, s'accrochent aux aspérités du papier. Il suffit alors de secouer ce dernier au-dessus d'une boîte pour recueillir à part la majorité des corps étrangers aux grains de sable. En comparant sous le microscope les formes des spicules ainsi triés avec celles observées dans les différents genres de spongiaires connus, on ne tarde pas à se convaincre qu'ils appartiennent à une espèce du groupe des Geodia. Ce groupe existait déjà lors du dépôt de la craie, car M. Fis- cher, dans un travail inséré dans Ibs Actes de la Société Lin- néenne de Bordeaux, tome XXVI, 1868, intitulé : « Note sur quelques spongiaires fossiles de la craie appartenant au groupe des Geodies » , décrit un certain nombre de spicules trouvés dans des silex recueillis à Pontavesnes (Oise), dans la craie à Micraster cor-anguinum . En 1829, M. Dujardin avait déjà signalé, sans les déter- miner, la présence de nombreux spicules étoiles dans le pou- dingue qui surmonte la craie grossière en Touraine. Le groupe des Geodia a également existé à l'époque tertiaire, car M. Pomel a trouvé dans la terre blanche d'Oran, si connue des micrographes, les spicules caractérisant ce genre. Enfin, ce groupe vit encore de nos jours et comprend plu- sieurs familles voisines. « A l'état vivant, dit M. Fischer, les spongiaires du groupe des Geodies, forment une masse généralement ovoïde, globu- leuse, à sarcode subéreux, renfermant divers éléments sili- ceux : « r^ de gros spicules à tête rayonnante, se divisant en 3 ou 6 branches, à pointe simple se dirigeant vers le centre de l'éponge. Les rayons placés vers la périphérie soutiennent l'écorce ou croûte dermique. « 2° des spicules simples, aciculaires, lisses, aigus aux deux extrémités, étroits, allongés; répartis soit dans la masse centrale, soit dans l'enveloppe la plus externe où ils font 62 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. saillie. M. Bowerbank pense qu'ils servent alors à la défense de l'éponge. r> S' des spicules en forme de fourche ou de trident, à branches recourbées et placés en d'edans des gros spicules étoiles. •) 4° des corps arrondis ou ovales, siliceux, formant une couche assez compacte, étendue à la périphérie du spongiaire, dont ils constituent l'écorce. On admet maintenant que ces corps sont des ovaires. « » M. Fischer croit que la présence des corpuscules siliceux a une importance incontestable pour la classification du groupe et que si l'on crée une famille des Geodinœ, elle sera caracté- risée par ces ovules siliceux répartis k la périphérie, en con- tact avec les têtes des gros spicules à 3 ou 6 rayons. Enfin, le même auteur décrit et figure sous le nom de Stel^ leta Dujardini^ Fisch., sp. nov., un spicule identique à un grand nombre de ceux provenant de l'espace annulaire des grès fistuleux. Si maintenant nous passons en revue les diverses formes de spicules représentées sur la planche qui accompagne cette note, nous pouvons nous assurer : P Que la forme générale du spongiaire des "grès fistuleux peut se rapporter à celle des Geodia vivants, avec cette diffé- rence que notre spongiaire serait plus allongé. Le cylindre intérieur occupe la place de la matière gélatineuse formant l'animal proprement dit, l'espace annulaire représente l'écorce siliceuse qui enveloppe encore les Geodia de l'époque actuelle. 2° Que tous nos spicules peuvent se rapporter aux quatre systèmes principaux mentionnés plus haut par M. Fischer. A l'exemple de cet auteur, nous rapporterons donc le spon- giaire des grès fistuleux au groupe des Geodia et nous le classe- rons dans le genre Stelleta^ Schmidt, sous le nom spécifique de Stelleta discoïdea, Rutot, sp. nov., dont nous donnerons la description suivante : Spongiaire cylindroïde, allongé, à surface extérieure cou- MÉMOIRES. 63 verte de tubercules de la grosseur d'un pois, serrés les uns à côté des autres, tantôt irrégulièrement, tantôt groupés de ma- nière à former des renflements annulaires. Animal inconnu, mais certainement intérieur et protégé par une épaisse couche de spicules enchevêtrés, soutenant la couche dermique. Longueur maximum : 30 centimètres environ; diamètre maximum de la section transversale : 4 centimètres. Spicules nombreux, de forte taille, de forme très-variable suivant la destination. Voici les divisions probables qu'on peut établir dans ces spicules : 1° Spicules essentiels ou de la charpente : Spicules simples, aciculaires, lisses, aigus aux deux extré- mités, droits ou arqués, quelquefois renflés à une ou aux deux extrémités. Ils sont creux à l'intérieur. On les trouve répartis dans toute la masse du spongiaire ; ceux qui se trouvent dans l'enveloppe la plus extérieure y font saillie et servent ainsi de défense. Voir la planche III. Fig. 1,2,3, 4, 5, 6, 7. ' 2° Spicules de rattachement. Ces spicules servent à rattacher la croûte dermique incrus- tée avec la matière animale qui se trouve en dessous. Ils sont de forme variée, surtout dans l'espèce que nous décrivons. La partie étoilée formant la tête des spicules est soudée à la paroi interne de la croûte qui entoure l'éponge, tandis que la longue tige se trouve enserrée dans la charpente fibreuse interne qui sert à unir les tissus. Ces spicules, généralement de forte taille, car ils peuvent atteindre 2 millimètres de longueur, sont représentés sous les numéros 8, 9, 10, 11, 12, 13. On remarquera que la forme n° 8 semble être un type dont les autres paraissent dériver par bifurcation et trifurcation des branches de la tête. 64 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. Enfin, la forme n" 11 est très-rare et elle ne figure pas dans l'ouvrage de M. Bowerbank. 3° Spicules défensifs. Nous avons vu que les spicules essentiels de la charpente n°^ 1, 2, 3, 4, 6, situés à la périphérie de l'éponge, peuvent servir de défense; il en est d'autres comme n"^ 14, 15, 16, 17, 18, qui semblent réservés exclusivement à ce but. D'autres encore, comme n""* 19, 20, 21, paraissent être au contraire des spicules mixtes, servant de défense d'un côté et d'appareil de rattachement de l'autre. J'ajouterai qu'il est à supposer que ces trois dernières formesindiquent divers degrés d'accroissement d*un même spicule. 4p S.picules des membranes. Laissant les divisions un peu subtiles de cette catégorie de spicules en tendeurs {tension spicula) et accrocheurs {retension s^iculd), je crois pouvoir faire entrer dans la classe qui nous occupe les n"^ 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29. Je dois faire remarquer ici que les formés n°* 22, 23, 24, sont nouvelles; elles serviront donc à caractériser notre espèce. 5° Spicules du sarcode. Les n"^ 30 et 35 sont des formes très-caractéristiques de spicules de cette catégorie. Ces spicules généralement hérissés de pointes dans tous les sens paraissent destinés à unir, à soli- difier et parfois à défendre la matière glutineuse ou sarcode formant l'animal proprement dit. De nouvelles recherches fe- raient découvrir sans doute d'autres formes et je crois qu'on pourrait vraisemblablement ajouter dans cette classe les débris de spicules compliqués représentés sous les n*'' 31, 32, 33, 34, 40, 41 , 42, 43, 44, 45, 46 ; plusieurs de ces formes (n°^ 31 , 34), semblent être des fragments de spicules analogues à ceux des- sinés dans l'ouvrage de Bowerbank. & Spicules des gemmules. Ils occupent des positions différentes suivant les genres MÉMOIRES. 65 auxquels ils appartiennent. Dans le cas des Geodia et en par- ticulier dans notre Stelleta^ ils occupent la périphérie de l'éponge en y formant une couche assez compacte. Les n"^ 36, 37, 38, 39, a, b, sont les spicules des gemmules de notre Stelleta\ les formes globuleuse et ellipsoïde, sont rares, mais elles caractérisent très-bien le genre; la forme globuleuse trilobée n'' 38 est également rare et peut servir à caractériser l'espèce, mais la forme caractérisant l'espèce d'une façon toute spéciale est celle n° 39, a, b. Ce spicule, qui se trouve à profusion parmi les autres, a la forme d'un disque renflé sur les bords. La partie centrale est mince et celluleuse et elle disparaît assez souvent en tout ou en partie. Dans le premier cas, le spicule se présente sous forme d'un simple anneau : n" 39, b. C'est la figure particulière et facilement re- connaissable de ces spicules qui m'a engagé à donner à l'es- pèce que je décris le nom de disco'idea.. Gisement. Fossile dans les grès fistuleux et dans une partie des grés lustrés, respectivement de la partie inférieure et de la partie moyenne de l'étage bruxellien de Dumont. De l'examen microscopique des grès fistuleux, passons à celui des tubulations sableuses que nous avons vues intercalées dans des sables meubles, vers la partie supérieure des lits de grès fistuleux. Ces concrétions délicates sont également cylindriques, tubu- laires, à paroi mince; leur épaisseur n'est que de 1 à 2 mill. Etudiées à la loupe, on remarque qu'elles sont composées de grains de sable grossier, cimentés par une pâte très-calcaire, blanchâtre ou rougeâtre. Elles forment des masses assez ser- rées, se détachant du fond par leur relief et leur couleur un peu plus foncée, ce qui leur donne assez bien l'apparence de racines d'arbres décomposées. En rapprochant ces caractères de ceux d'une certaine classe de spongiaires, nous trouvons une ressemblance frappante, suffisante à mon avis pour permettre de rapporter nos tubula- tions sableuses à cette classe d'épongé. 66 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. En effet, parmi les spongiaires, le genre Dysidea seul a la charpente entièrement remplacée par une accumulation de grains sableux. Ces grains remplacent véritablement les spi- cules, et les fibres qui unissaient les grains ont été rempla- cées,. dans la fossilisation, par du calcaire lin peu ferrugineux, très-friable. Les éponges du genre Dysidea sont parfois tubulaires, par- fois aussi elles incrustent d'autres corps; enfin, M. Bower- banck ajoute qu'elles agglutinent des spicules d'autres spon- giaires. Cette observation est importante, car elle apporte une preuve de plus à l'appui de notre opinion ; on remarque en effet, au microscope, que parmi les grains de sable empâtés dans le calcaire, se trouve une quantité assez considérable de débris de spicules calcaires, accompagnés de quelques rares spi- cules siliceux. En présence de ces nombreux points de ressemblance entre les tubulations sableuses et la charpente de certains spon- giaires du genre Dysidea^ je crois donc pouvoir les rapporter à ce genre ou à un genre très-voisin à créer ; cependant nous nous bornerons à appeler actuellement notre spongiaire : Dysidea? tuhilata, Rutot, sp. nov, que nous caractérisons comme suit : Spongiaire de la section Keratosa, de M. Bowerbank, c'est-à-dire à matière animale fibreuse, cornée, particulière à ces éponges et qui a été appelée kératode. Forme cylindroïde, tubulaire, allongée, à aspect extérieur assez régulier, mais rugueux; prenant diverses inflexions en s'élevant soit verticalement, soit obliquement dans le sable. Charpente extérieure, tubulaire, formée d'une agglutination de grains de sable et de spicules calcaires ou siliceux brisés, provenant d'autres organismes; le tout réuni par une matière blanche ou rougeâtre très-calcaire, remplaçant la kératode dis- parue. Contrairement à ce que l'on pouvait croire au premier abord, le spongiaire qui a concouru à la formation des grès fis- MÉMOIRES. 67 tuleux n'est pas le même que celui des tubulations sableuses ; la différence est même très-grande, car ils n'appartiennent même pas à la même section. La différence la plus importante entre les deux spongiaires au point de vue purement géologique, consiste en ce que la Stelleta discoïdea était munie d'une croûte dermique remplie de spicules siliceux, constituant un centre d'attraction très-vif autour duquel sont venues s'accumuler les particules siliceuses qui ont enfin formé les grès fistuleux. Dans le Dysidea tnbulata^ au contraire, qui, devait être un corps mou, sans consistance, non muni de spicules et n'ayant le pouvoir d'agglutiner des éléments étrangers qu'à l'état vivant, aucun centre d'attraction n'existait; aussi n'a-t-il pro- voqué la formation d'aucune concrétion proprement dite : les grains de sable précédemment réunis par la kératode ont con- tinué à rester simplement associés. Avant de terminer cette note, je crois devoir dire un mot des nombreux spicules calcaires qui, avec les foraminifères et les piquants d'oursins, forment presqu'exclusivement les cou- ches minces d'aspect marneux dont j'ai fait mention plus haut. Ces spicules, toujours calcaires, paraissent être brisés et usés; ils sont droits ou légèrement courbés, cylindriques et même pris- matiques, assez souvent pointus à une extrémité. En l'absence de traces organiques rappelant les spongiaires à spicules cal- caires, je ne crois pas pouvoir les rapporter plutôt à des épon- ges qu'à des Tuniciers ou à des Nudibranches, dont plusieurs espèces connues possèdent des spicules calcaires entièrement semblables à ceux de certains spongiaires. Je ferai enfin remarquer que les spicules de la couche mar- neuse sont identiques à ceux qu'on trouve agglutinés avec les grains de sable dans la charpente du Dysidea tululata. Je m'arrête, et pour terminer, je ne puis mieux faire que de rendre hommage à mon collègue et ami, M. Vanden Broeck, et de le remercier vivement de tous les renseignements pré- cieux qu'il a bien voulu me communiquer. Il a été pour moi un 68 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. véritable collaborateur et le travail que j'ai l'honneur de pré- senter à la Société eût été bien pâle si ses recherches ne s'étaient ajoutées aux miennes. ISr O TT E3 SUR LES ofpOTS mmvM mwmm PRES DE BRUXELLES, par 6. VINCENT. — SÉANCE DU 1" NOVEMBRE 1874. — Quoique les formations tertiaires des environs de Bruxelles aient été, à diverses reprises, l'objet d'une étude toute parti- culière, il est à remarquer que les dépôts paniseliens qui s'y rencontrent et dont la position géographique a cependant été exactement déterminée par Dumont, il y a près d'un quart de siècle, sont restés inconnus jusqu'à ce jour, aussi bien paléon- tologiquement que minéralogiquement. Il est vrai que, dans notre voisinage, ces couches sont cachées par d'autres couches laekeniennes ou quaternaires qui les sur- montent, aussi aimons-nous à croire que, si nous ne possédons pas encore des détails à leur sujet, c'est surtout à cause du manque de carrières ainsi qu'à la rareté des travaux de terras- sement qui s'effectuent dans les villages du S. 0. de Bruxel- les, localités où s'observent principalement ces dépôts. Nos nombreuses excursions, faites dans un cercle assez étendu autour de la capitale, ne nous avaient, en effet, fait découvrir jusqu'ici de cette assise, que quelques affleurements de fort peu d'importance ; ce n'est que tout récemment et par suite de l'établissement de la voie nouvelle reliant la chaussée de Ninove au village d'Anderlecht, percée au travers du sommet de la colline qui se trouve au S. du plateau de Scheutveld, appelée montagne aux argiles, qu'un lambeau de ce terrain a été mis à découvert sur une étendue assez grande. 70 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. Les diverses observations que nous y avons pu recueillir et que nous croyons déjà de quelque importance, sont celles que nous avons l'honneur de présenter à la Société. Dans \eProdrom.e d'une description géologique de la Belgique^ publié par M. Gr. Dewalque, en 1868, se trouvent décrites, page 202, comme suit, les limites de la masse principale de ce système : " Le système paniselien forme, selon la carte de Dû- ment, au N. des sables ypresiens, une bande qui est limitée au N. par une ligne partant d'Oudenbourg et passant au S. de Bruges, à Melsen, sur l'Escaut, à Alost et à Laeken. » Cette bande qui, à l'E., vient mourir au versant gauche de la vallée de la Senne, en suit un peu obliquement la direction. M. Dewalque fait observer dans son Prodrome, page 202, que « le système paniselien ne paraît pas avoir dépassé la vallée de la Senne. » Nous l'avons également recherché dans les collines du versant E. et, comme lui, nous n'avons pu y dé- couvrir la moindre trace de ce dépôt si bien reconnaissable par la grande quantité de glauconie qui s'y trouve toujours répan- due. Mais, ce qui existe en ce versant et à mi-côte des collines qui bordent la vallée, ce sont des amas, assez volumineux en plusieurs points, composés d'un fort grand nombre de débris de poissons, de crustacés, de mollusques et de galets roulés. Ces accumulations, qui se retrouvent sur une ligne de deux lieues environ, à partir de Helmet, hameau situé un peu au- delà et au N. de Schaerbeek, jusqu'à la station du chemin de fer de Luttre, à Calvoet, en passant par Schaerbeek et Saint- Gilles, sont toutes interposées entre les sables ypresiens et les sables quartzeux bruxelliens, et font face aux couches panise- liennes du versant opposé, dont elles sont à peine distantes d'une demie lieue; aucune trace n'en a pu, jusqu'à ce jour, être retrouvée au-delà et à l'E. de cette ligne. La nature pétrographique de ces dépôts, de même que le grand nombre de crabes roulés et autres débris organiques que nous venons de mentionner, entremêlés de cailloux roulés, dénote la préexistence d'un rivage sur toute cette ligne qui, MÉMOIRES. 71 à en juger par la faune, semble avoir été formé par la mer paniselienne. En effet, parmi les fossiles que nous y avons observés et que nous n'avons trouvés encore en place que dans les couches paniseliennes, nous citerons : Xanthopsis bispinosîts, Bell. Ficula tricostata^ Desh. PleurofomaZajonkairei?I)esh. Voluta elevata, Sow. Fissurella sublatuellosa^Desh. Lucina squamula^ Desb. Les coquilles suivantes s'y observent également et sont con- nues dans les sables de Cuise et le calcaire grossier des envi- rons de Paris. Celles marquées d'un astérisque sont nouvelles pour le pays et n'ont pu encore être trouvées en place dans un des systèmes de nos environs : celles sans astérisque ont persisté jusque dans nos dépôts éocènes moyens. "^Cerithium tritorquatum,\)eûi. * — Servaisi^ G. Vinc.sp.hov. * — Leufroyi, Mich. — sp.? "^Triforis ambiguus, Desh. '^Turbinella parisiensis , Desh . Voluta cythara, Lmk. '^Turritella incerta ? Desh. '^Delpliinula sp. nov.? '^Solarium sp. ? Calyptrœa trocJiiformis,hmk . * — suessoniensis ^ d'Orb. *Fusîis a finis? Desh. * Triton Lejeimi, Mell. ^Cyprea interposita^ Desh. *Mitra^ 2 espèces ? Naticasp. ? Rostellaria sp. ? Cancellaria striatula ? Desh. "^ScalariaCollini^G . Vinc . sp . n . Ostrea cyinbula^ Lmk. Vulsella deperclita^ Lmk. Cârdita sp. ? Cardium ponUosum, Brand. "^Pecten tripartitus? Desh. * — squamula^ Lmk. *— sp.? , Cytherea semis^dcata^ Lmk. — snherycinoïdes? Desh. Nucula sp. ? "^Arca biangula^ Lmk. . Lucina sp.? Teredo Burtini^ Gai. Nautilus Lamarcki^ Desh. — sp.? Sphenotrochus crispus, Lmk. Le Paracyathus crassus y est aussi très-aboudant. Bon nombre de Stenopsscyllariformis^ Bell, y» ont été égale- 72 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. ment recueillis, parmi lesquels se trouvent plusieurs spécimens de grande taille et d'assez parfaite conservation. Ce crustacé, que nous n'avons pas non plus eu encore l'occasion d'observer en place, existe en Angleterre, dans l'argile de Londres et en France, dans l'argile d'Ypres (1). Les fossiles ci-aprés, observés par nous dans les sables ypresiens supérieurs, s'y rencontrent également et ont été, sans aucun doute, remaniés de cette assise par les flots de la mer paniselienne et jetés parmi les mollusques, etc. provenant des eaux de cette dernière mer. Carcharodon disauris? Agass. Lamna elegans,A.^di^^. Otodus macrotus^ Agass. — Vincentiy Winkler. Coraxjissuratus^ Wink. Galeocerdo latidens, Agass. Myliobates toliapicus^ Agass. JEtobates sp.? CœlorhyncJms rectus, Agass. Nautilus centralisa Sow. Vermetus hognoriensis ^ Sow. Turritella édita ^ Sow. Notidanus])'yimigeni%is?KgdiSS. Spondijlus demissus^ Desh. Pecten laudunensis^ Desh. Ostrea suhmissa^ Desh. Nummulites ^glanulata^ Brug. — serratissimus^ Agass. Enchodus Bleekeri^ Wink. Phillodus Delorrei^ Wink. Picnodus toliaficus^ Agass. Des dénudations postérieures ont dû emporter la partie de terrain qui unissait ce rivage aux couches argilo-sableuses du versant opposé d'Anderlecht. La coupe suivante pourra, croyons-nous, donner une idée assez nette de cette dénudation. Cowpe de la rive gauche à la rive droite de la Senne 1. Système Lackcnien. 2. Système Bruxellien. 3. Système Paniselien. 4. Système Ypresien supérieur. 5. Banc de Nummulites planulata. (1) Page 8. Notice géologique sur le Mont de la Ferme Masure, près Roubaix, par E. Chellonueix et J. Ortlieb. MÉMOIRES. 73 Sans être entré dans des considérations très-détaillées, notre collègue, M. E. Vanden Broeck, a déjà signalé notre décou- verte à la Société géologique de France, lors de sa réunion extraordinaire à Mon s. Quant à nous, n'ayant eu ici d'autre intention que de faire remarquer que les couches paniseliennes ont dû exister autrefois jusqu'aux amas précités, nous ne dési- rons pas nous étendre davantage sur ce sujet et nous nous réservons de faire connaître ces dépôts littoraux par une note spéciale. Dans la colline d'Anderlecht l'assise paniselienne repose sur les sables ypresiens supérieurs, et les couches bruxelliennes, si développées dans le versant E. de la vallée, y font complè- tement défaut. Dans sa note intitulée : Guide au Mont Panisel^ notre collègue, M. A. Houzeau de Lehaie, fait également observer que les couches-types de ce mont reposent sur les sables ypresiens supérieurs et que le système bruxellien, indi- qué parDumont, n'a pu, jusqu'à ce jour, y être retrouvé, mal- gré des recherches très-suivies. Semblable remarque a été publiée par MM. Cornet et Briart (1), ainsi que par MM. Ort- lieb et Chellonneix (2). Ces observations viennent donc nous démontrer que, tant à Anderlecht qu'au Mont Panisel, la suc- cession des systèmes est parfaitement la même. Examinons maintenant, couche par couche, la nature des sédiments des deux systèmes qui forment notre colline : Système Ypresien. Dans le fond d'Anderlecht se remarquent des étangs et des ruisseaux alimentés par de nombreuses sources qui y affleurent. Ce même niveau d'eau ypresien jaillit surtout par des sources nombreuses dans la vallée du Maelbeek, à l'E. de Bruxelles, où leurs eaux forment le ruisseau connu sous ce nom. (1) Page 10. Société géologique de France. Réunion extraordinaire à MoDS ; lecture d'ouverture. (2) Page 172. Étude géologique des collines tertiaires du département du Nord comparées avec celles de la Belgique, par Ortlieb et Chellonneix. 74 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. Si de ce fond on remonte le chemin appelé rue Creuse (Hole- straat), s'élevant en pente douce et facilement reconnaissable par les arbres dont il est bordé, pour se rendre vers la chaussée de Ninove, on découvrira bientôt dans ses berges et à l'endroit où il est déjà encaissé, les sables ypresiens contenant quelques minces lits d'argile. Ces sables s'y présentent avec leur carac- tère ordinaire : extrêmement fins, doux au toucher et d'une coloration gris-jaunâtre. Les argiles qui s'y trouvent interca> lées en lits de peu d'épaisseur, sont brunâtres, plastiques et contiennent d'assez nombreux petits nodules blanchâtres, creux à l'intérieur, qui, soumis aux acides, se décomposent complè- tement. Dans ces dépôts nous n'avons pu constater, jusqu'à ce jour, le moindre débris de restes organiques. La partie visible de ce terrain a un mètre d'épaisseur et se trouve surmontée de deux mètres de limon quaternaire. Plus loin et à mi-côte de la colline, cette formation disparaît soiis le limon qui, en cet endroit, a deux mètres et demi de puis- sance-. En ce point les lits d'argile, intercalés dans les sables ou se trouvant à leur superficie, sont beaucoup plus puissants que ceux observés au bas du chemin ; ces argiles diffèrent aussi no- tablement des précédentes : elles sont d'un gris-noirâtre, à cassure rabotteuse, renfermant, comme les premières, les mêmes petits nodules. Ces sédiments, qui présentent déjà tous les caractères des sédiments paniseliens auxquels nous allons arriver, sem- blent continuer parfaitement la série ypresienne. Système Paniselien. Si l'on se porte ensuite vers le chemin pavé voisin qui se trouve à une distance de 150 mètres environ sur la droite, on y voit les dépôts paniseliens apparaître à un niveau à peu près équivalent à celui de la superficie du système que l'on vient de quitter. En descendant cette nouvelle voie jusqu'à mi-chemin des habitations voisines, on peut constater un affleurement de MÉMOIRES. 75 sables ypresiens qui se montre sur la droite de la royte et à peu près au niveau du pavé ; on y voit aussi, comme au bas du chemin que l'on vient de visiter, que ces sables ne sont surmon- tés que de limon, offrant à sa base un diluvium caillouteux. Remontant ensuite la colline jusqu'au point où l'assise pani- selienne affleure, un coin de terrain fortement bouleversé se présente à la droite. Ce désordre provient des travaux qui y sont exécutés assez fréquemment pour l'extraction de l'argile formant la base de ce système. Une fosse faite tout récemment par des ouvriers nous a permis d'y constater ce dépôt sur trois mètres d'épaisseur. Ces travaux nous ont donné un moment quelqu'espoir de voir le contact de ce système avec l'ypresien, mais, quoique parvenus à une profondeur de trois mètres, ce contact ne fut point atteint. L'argile dont nous venons de parler est grisâtre, se polit sous l'ongle ; elle est surtout extrêmement fine sur deux mètres d'é- paisseur et vers la base ; elle est onctueuse, à cassure rabotteuse et, de même que celle observée dans le cbemin précédent, elle contient, vers sa superficie, de petits nodules identiques à ceux que nous avons déjà signalés. Ces argiles, très-recherchées, y sont exploitées depuis longtemps par un établissement voisin pour le foulage des laines. A Zellich et dans plusieurs communes avoisinant Anderlecht, ' les mêmes argiles ont été également rencontrées ; elles y ont aussi, à différentes reprises, été exploitées pour les usages pré- cités. Sur le flanc des collines voisines qui s'observent au-delà de la chaussée de Ninove, à Moortebeek, nous avons pu constater encore, à un même niveau, plusieurs affleurements de ce dépôt surmontés de sables laekeniens ; partout dans ces localités, ces argiles maintiennent une nappe d'eau puissante dont les habi- tants font usage pour les besoins domestiques. Les argiles, à Anderlecht, deviennent plus glauconieuses et moins pures vers leur superficie, c'est à ce niveau que se mon- trent les premiers psammites parfaitement visibles en place en 12 76 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE. remontant le chemin. Au point où se pratique l'extraction des argiles, les psammites ont été mis en désordre par les eaux quaternaires qui déposèrent sur eux le limon et les cailloux de silex roulés, auxquels les psammites sont souvent entremêlés. Le reste de ce système, comprenant l'argile sableuse et les sables quartzeux glauconifères, y a été complètement enlevé par les eaux. Ces psammites sont extrêmement fossilifères ; très-souvent les coquilles qu'ils recèlent ont conservé leur test, parfois changé en silex, d'autres fois elles n'y ont laissé que leur em- preinte. En poursuivant une marche ascendante jusqu'au point où la voie forme une bifurcation avec celle suivie d'abord, nous ren- controns des argiles sableuses extrêmement glauconieuses. Les psammites fossilifères que l'on vient de faire connaître gisent vers leur base. Dans ces argiles sableuses sont interca- lés, en lits irréguliers, des psammites très-compactes, d'une coloration verdâtre foncée, généralement peu fossilifères, qui passent vers le haut de cette couche au grès siliceux. A ce dernier dépôt succèdent des sables quartzeux qui for- ment le couronnement de la colline. Ces roches sont meubles par places, prodigieusement glauconifères et contiennent quelques rares paillettes de mica. Vers la superficie se remarquent des couches d'une coloration rougeâtre, due à la décomposition de la glauconie. Les grès qui s'y rencontrent en lits interrompus sont siliceux ; à l'extérieur nous avons pu remarquer quelques rares fossiles silicifiés. Ces grès, près de la superficie, sont souvent altérés, blanchâtres et présentent généralement une grande quantité de perforations ressemblant à des Serpules, remplies par des sables blanchâtres. En outre on observe à ce niveau, mais rarement, des grès fistuleux analogues à ceux qui exis- tent dans les sables quartzeux bruxelliens. Comparons maintenant les dépôts types du Mont Panisel à ceux que nous venons de faire connaître pour démontrer, qu'à l'exception de la puissante couche d'argile pure qui forme la MÉMOIRES. 77 base du système à Auderlecht, qu'une identité complète existe dans la constitution minéralogique des sédiments des deux localités. En effet, on observe au Mont Panisel, reposant sur les sables ypresiens, des argiles sableuses très-glauconieuses avec bancs de psammites, surtout vers la base, bien visibles vers le bas du chemin de l'Ermitage. En remontant, on s'aperçoit bientôt que ces roches deviennent plus sableuses et qu'elles passent insensiblement, vers le haut de la colline, comme à Bruxelles, à des couches de sables meubles, extrêmement glauconieuses. On y voit aussi la coloration rougeâtre des dernières couches, également due à la décomposition de la glauconie. Les psammites, au Mont Panisel, sont surtout fossilifères vers la base des argiles sableuses. A Anderlecht, c'est à ce ni- veau que nous avons recueilli le plus grand nombre de fossiles. A mesure que l'on s'élève on s'aperçoit que les psammites, à Mons, passent à des grès lustrés qui, près de la superficie, sont altérés, blanchâtres et présentent les mêmes traces de perforations que nous avons fait connaître précédemment. Des grès fistuleux y ont été également rencontrés. Nous allons maintenant faire connaître la faune que nous avons observée à Anderlecht et voir si l'on peut l'identifier à celle du Mont Panisel, qu'ont publiée MM. Cornet et Briart, et M. A. Houzeau de Lehaie. Les fossiles les plus répandus chez nous sont : Pleiirotoma Lajonkairei^'ï)QÛ\. Lucina squamula^ Desh. Yoluta elevata, Sow. • Tellina Edwardsi^ Desh. Les débris de poissoûs, si abondants dans l'ypresien et sur- tout dans les sables quartzeux bruxelliens de nos environs, font, dans nos couches paniseliennes, complètement défaut, de même que la Niimmulites planulata^ Brug. Par les quelques recherches que nous avons eu l'occasion de faire au Mont Panisel, nous avons pu remarquer que la Lucina squamula, Desh., y est également l'une des coquilles les plus 78 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. communes et que les débris de poissons qui s'y trouvent à la base du dépôt ainsi que Id^Niimmulites plamdata^ Brug.,nes'y rencontrent qu'à l'état remanié. Le nombre des espèces que nous avons observées dans le gîte d'Anderlecht est assez considérable, malheureusement la difficulté de se procurer des spécimens en état d'être détermi- nés avec assez de certitude, ne nous permet encore de noter spécifiquement que les quarante suivantes. Nous indiquons sur le tableau ci-joint, dans des colonnes séparées, celles de nos espèces qui ont été citées au Mont Pa- nisel et dans les sables quartzeux bruxelliens de nos environs. Deux autres colonnes renseignent, d'après les travaux de MM. Deshayes et Ad. Watelet, leur gisement dans les cou- ches éocènes du bassin de Paris. FOSSILES RECUEILLIS DANS LE PANISELIEN A ANDERLECRT. Ê.2 Dans le bassin de Paris. CRUSTACÉS. Xanthopsis bispinosus, Bell, . . . CÉPHALOPODES. Nautilus zig-zag? Sow GASTÉROPODES. Rostellaria fissurella, var. A. Desh Fusus longaevus, Brand. . . . — serratus, Desh Buccinum stromboïdes, Lmk. Cassidaria carinata, Desh. . . Pleurotoma Lajonkairei, Desh — Chapuisi, Desh. . — brevicauda,? Desh — textiliosa, Desh. (l — uniserialis, Desh. — Baudini, Desh. . rare. très-rare. très-rare. rare, très-rare, très-rare, commun, très-commun très-rare. rare, très-rare, commun, commun. + + + + + + + + 4- + + + + + + + + + + + + (1) Se rencontre dans les sables moyens du bassin de Paris ; en Angle- terre dans les couches de Braklesham, correspondant au calcaire grossier inférieur. MÉMOIRES. 79 FOSSILES RECUEILLIS DANS LE PANISELIEN A ANUERLECHT. ■o 2 a Œ B.2J Dans le bassin de Pari». Ficula tricostata, Desh. . . . Voluta elevata, J. Sow. . . . — cythara, Lmk Natica turbinata, Desh. . . . — labellata, Lmk — patula? Lmk Turritella imbricataria, Lmk, Scalaria decussata, Lmk. . . . Solarium marginatum? Desh. — sp. ? Dentalium lucidum, Desh. . . BuUa cincta, Desh BuUœa Vaudini, Desh. . . . LAMELLIBRANCHES. Ostreacymbula,Lmk Pecten corneus, Sow Pinna margaritacea, Lmk. . . Erycina orbicularis, Desh. . • Modiolasp.? Arcasp.? Pectunculus pulvinatus, Lmk. Nucula fragilis? Desh Cardium obliquum, Desh. . . — porulosum, Brand. . — fraterculus? Desh. . Woodia profunda, Desh. . . . Lucina squamula, Desh. . . . Cardita sp,? Tellina Edwardsi, Desh. . . . , — donacialis, Lmk. . . . Gorbula pisum, Sow. (1) . . . Teredo, sp.? ANTHOZO AIRES. Turbinoliasulcata, Lmk. . . . VÉGÉTAUX. Débris de conifères. (2) . . . . rare. + + commun. +■ + rare. + + très-rare. rare. ? + + + rare. ■^ + -h commun. + 4- Irès-rare. très-rare. 4- + très-rare. commun. ?+ 4- - très-rare. - très-rare. très-rare. + + très -commun très -commun 4- + très-rare. très -commun très-rare. rare. + commun. + - - très -commun -i- - très-rare. + 4- - rare. - exe. commun - exe. commun 4- - commun. commun. + commun. commun. très -commun • exe. commun + rare. 18 1 7 i 9 + t + + + + + 1 1 + + (1) S'observe dans les sables moyens du bassin de Paris; existe aussi dans la zone bruxellienne d'Aeltre. (2) Selon M. Crépin, conservateur au Musée royal d'histoire naturelle. 80 SOCIÉTÉ MALÂCOLOGIQUE DE BELGIQUE. Le résultat de notre tableau démontre que, sur les quarante espèces dénommées, la moitié environ se retrouvent au Mont Panisel. Si l'on tient compte de la prépondérance numérique de \B.Zucina sqnamula, Desh., tantàMons qu'à Bruxelles, de l'absence de restes de poissons et de la Nummulites planulata, Brug. , rencontrés à Mons , comme nous l'avons déjà vu, avec doute et à l'état remanié, nous croyons que la faune d'Anderlecht peut être assimilée à celle du Mont Panisel. Il ne sera pas sans intérêt d'examiner aussi quels liens exis- tent entre notre faune paniselienne et la faune ypresienne, obser- vée à Saint-Josse-ten-Noode, que nous avons fait connaître il y a deux ans. Les mollusques généralement répandus dans ce dernier sys- tème sont : Nautilus centralisa Sow. PJwladomya virgulosa^ Sow. — imperialis, Sow. Modiola simplex, Sow. Vermetus hognoriensis^ Sow. Sjpondylus demissus^ Desh. Ttirritella hybrida^ Desh. Pecten laudunensis^ Desh. — édita f Sow. Ostrea suhmissa, Desh. Natica patula^ Lmk. Hemiaster acuminatus^ Goldf. Cassidaria 7iodosa? Dixon. ainsi que XoiNummulitesplanu- Ficula tricostata^ Desh. lata^ Brug., etc. Dans l'assise paniselienne, au contraire, ce sont, ainsi que nous l'avons dit précédemment : Pleurotoma Zajonkairci,T>esh.. Lucina sqnamula^ Desh. Voluta elevata^ J. Sow. Tellina Edwardsi^ Desh., etc. De toutes les espèces observées par nous dans les sables ypresiens, trois seulement, le Xanthopsis hispinosus^ Bell. (1), la Naticapatîila^ Lmk. et la Ficula tricostata^ Desh., ont été rencontrées dans le paniselien. Une différence aussi considéra- (1) Le gisement de cette espèce est encore assez douteux ; un seul spéci- men roulé a été rencontré jusqu'aujourd'hui, vers la superficie de ce ter- rain, à Schaerbeek. MÉMOIRES. 81 ble prouverait que la faune paniselienne n'a que des rapports assez éloignés avec celle du système ypresien. Le tableau fait voir ensuite que sur les quarante espèces ob- servées à Anderlecht, dix-sept de celles-ci sont connues dans les sables bruxelliens, nombre qui n'égale pas la moitié totale des espèces. Nous devons faire remarquer aussi que ce dernier sys- tème possède une faune déjà bien modifiée, se distinguant surtout de celle paniselienne par la quantité innombrable de Cytherea siiherycinoïdes^ Desb.., de Lucina 'pulchella, Agass., de Liicina sulcata, Lmk.^ de 3£actra seinisidcata^Lmk., de Cardimnporu- losum, Brand., etc. C'est aussi dans cet horizon qu'apparaît la Rostellaria ani'pla^ Brand. Tous ces fossiles caractérisant par- faitement ce système ne sont pas connus dans le paniselien du S. 0. de Bruxelles. Un autre résultat que notre tableau nous montre, c'est qu'une analogie plus grande existe entre la faune d' Anderlecht et celle du calcaire grossier du bassin de Paris qu'entre celle-ci et celle des sables inférieurs du même bassin, puisque sur les trente-six espèces connuesdans cescouches, dix-sept sont propres au calcaire grossier et douze aux sables inférieurs. Sept autres se retrouvent à la fois dans ces deux divisions. Bien que la pré- pondérance numérique des espèces soit en faveur de l'éocène moyen, retrouver abondamment dans nos couches paniseliennes les fossiles caractéristiques de l'horizon de Cuise, n'est pas moins un fait d'une valeur importante; en outre, ajoutons que ces fossiles n'arrivent pas jusque dans nos sables bruxelliens, pas plus qu'on ne les retrouve dans les couches éocènes moyen- nes du bassin de France. Ces faits viennent donc démontrer que des relations intimes existent aussi entre notre système paniselien et l'éocène inférieur. Avant nous déjà, MM. Chellonneix et Ortlieb ont mentionné semblables observations (1) et ils pensent qu'il serait préférable (1) Étude géologique des collines tertiaires du département du Nord comparées avec celles de la Belgique, page 206. 82 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE. de ranger cette division dans l'éocène inférieur que dans l'éo- cène moyen. Guidé par des observations analogues ainsi que par diverses considérations rninéralogiques, M. Hébert place aussi notre paniselien à la partie supérieure de l'éocène infé- rieur (1). Par sa nature argileuse et glauconieuse, la partie inférieure du paniselien se rattache parfaitement aux sables sous-jacents ypresiens ; vers sa superficie, au contraire, il prend tous les caractères des sables quartzeux bruxelliens. En effet, à part la masse de glauconie, on y observe des sables quartzeux avec grès lustrés et fistuleux. Il résulte de ce qui précède, que le système tient, par sa composition minéralogique, de même que par sa faune, dé l'éocène inférieur comme de l'éocène moyen ; c'est par suite de cette particularité qu'est provenue, croyons-nous, la divergeance d'opinion sur la place qu'il doit occuper dans l'échelle strati- graphique. Or, cette particularité démontre que le terrain pa- niselien n'est autre qu'un dépôt de transition. Mais, ainsi que nous l'avons vu précédemment, puisque les amas de fossiles entremêlés de cailloux roulés sont des restes épars du rivage paniselien, indiquant parfaitement l'extrême limite de ce système, il en résulte que par suite d'être inter- posés entre l'ypresien et le bruxellien, ces dépôts établissent nettement la limite entre l'éocène inférieur et moyen. Dans le bassin de Paris une couche à dents roulées marque également la ligne de démarcation entre Téocène inférieur et moyen ; ce dépôt est, sans aucun doute, l'exact équivalent de notre cordon littoral et par conséquent du système paniselien. C'est cette opinion qui est généralement admise aujourd'hui, surtout par les géologues français. (1) Comparaison de l'éccène inférieur de la Belgique et de l'Angleterre avec celui du bassin de Paris, page 10. Ljl B K A R y LES FORAMINIFÈRES DES COUCHES PLIOCÈNES DE LA BELGIQUE PAR E. VANDEN BROECK ET H. MILLER lr« PARTIE ESQUISSE GÉOLOGIQUE ET PALÉONTOLOGIQUE DES DÉPOTS PLIOCÈNES DES ENYIRONS D'ANÏEKS PAR ERNEST VANDEN BROECK Membre des Sociétés Malacologique et Géologique de Belgique de la Société Géologique de France, de la Société Géologique du Nord (Lille et de la Société Belge de Microscopie Membre honoraire de la Société Géologique de Manchester Membre correspondant de l'Institut I. R. Géologique d'Autriche de la Société Néerlandaise de Zoologie et de la Société Borda, à Dax LES FORAMMFÈRES DES COUCHES PLIOCÈNES DE LA BELGIQUE PAR Ernest VANDEN BROECK et Henry MILLER AVANT-PROPOS Dans notre premier fascicule des Fofaminifères vivants et fossiles de la Belgique, nous avons fait connaître les résultats de nos recherches sur la faune des Foraminifères vivants recueillis sur nos côtes. Dans l'introduction qui précède ce travail, nous avions annoncé l'inten- tion de faire paraître successivement, dans une série de publications, les résultats de nos études sur la faune de chacun des dépôts qui composent le sol du pays, en observant l'ordre descendant de leur succession. Pour suivre ce programme à la lettre, nous eussions dû présenter aujourd'hui l'énumération des espèces observées dans nos dépôts post- pliocènes et modernes; mais la rareté des matériaux favorables aux recher- ches, de même que l'insuffisance des travaux publiés sur la nature et la constitution de celles de ces couches qui auraient pu nous fournir un champ d'étude fructueux, ont été un obstacle à l'accomplissement de ce désir. Nous allons donc, dans ce présent travail, étudier la faune microsco- pique de nos couches pliocènes.Mais avant de faire connaître les richesses qu'elles renferment, nous croyons utile de passer rapidement en revue ce qui a déjà été publié sur la géologie de ces dépôts, comme aussi de jeter un coup d'œil sur leur constitution et sur leur synchronisme à l'étranger. 84 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE L'un de nous s'est chargé de faire précéder ce mémoire d'une esquisse géologique des couches pliocènesdes environs d'Anvers. Le développement donné à cette partie du travail excède peut-être le cadre qu'il paraissait convenable de lui donner, mais, en présence des travaux incomplets publiés sur ce sujet, l'utilité de cette étude n'échappera à personne. Et en effet, sauf un ou deux mémoires déjà anciens ou d'autres bien incomplets à certains points de vue, il n'a été publié sur les terrains d'Anvers aucun travail d'ensemble et nulle part on ne pourrait trouver réunies des indica- tions précises sur les nombreux dépôts et niveaux fossilifères dont on s'est occupé dans ces dernières années. De plus, des couches importantes, à peu près ignorées jusqu'à ce jour, seront ici signalées et leur faune mise en lumière; des résultats nouveaux, tant au point de vue stratigraphique que paléontologique, se trouveront également exposés et l'importance de certains d'entre eux fera aisément comprendre toute l'utilité qu'il y avait à développer cette première partie du travail. On admettra du reste facilement qu'une connaissance prélimi- naire de la géologie des environs d'Anvers doit nécessairement donner plus d'intérêt, plus de valeur même, aux résultats exposés dans la seconde partie du mémoire. Pour justifier davantage, s'il le faut, l'extension qui a été donnée à la partie géologique de ce travail, nous aurons encore à faire remarquer que les dépôts pliocènes, correspondant aux sables d'Anvers et auCrag anglais, ne sont guère représentés sur tout le versant nord-ouest de l'Europe que pardes couches restreintes, très localisées et toujours en séries incomplètes. Il y avait donc, de toute façon, utilité à exposer ici quelques détails sur les couches d'Anvers, où ces dépôts pliocènes se présentent bien développés et en une série assez remarquable. Tout en comblant du mieux qu'il a pu le faire, la lacune signalée plus haut, l'auteur de ce travail spécial regrette tout le premier que cette tâche n'ait pas été entreprise par un confrère plus autorisé, certain qu'une étude approfondie des terrains d'Anvers serait accueillie avec faveur, surtout à l'étranger oii, faute de renseignements suffisants, ces terrains ne sont que fort imparfaitement connus. De ce qui précède il résulte donc que le travail se divise en deux parties bien distinctes. La première, spéciale à l'un de nous, présentera dans son premier chapitre un coup d'œil général sur les couches pliocènes des environs d'Anvers, ainsi qu'un résumé des travaux auxquels elles ont donné lieu. Dans le second chapitre se trouvera exposée une étude sommaire de ces mômes dépôts, ainsi que de leurs principales subdivisions. La seconde partie du mémoire se composera également de deux cha- MÉMOIRES 85 pitres, dont le premier contiendra une analyse complète de tout ce qui a été publié jusqu'à ce jour sur les Foraminifères des couches qui nous occupent. Les imperfections de la nomenclature et surtout du système de classifi- cation employé auparavant, nous ont obligés à procéder à une révision mi- nutieuse des listes précédemment publiées ; et à cette occasion, nous avons indiqué, en regard d'un grand nombre d'anciennes dénominations, celles beaucoup plus rationnelles qu'il conviendrait d'adopter aujourd'hui. Le second chapitre comprendra, après quelques considérations générales sur la méthode actuellement suivie dans la classification et la nomen- clature des Foraminifères, le tableau détaillé de nos recherches person- nelles, et bien que celles-ci n'aient pas été aussi complètes que nous l'eussions désiré, il n'en résulte pas moins que nous sommes parvenus à reconstituer assez exactement l'ensemble de la faune des Foraminifères d'Anvers, et surtout à y distinguer plusieurs faciès spéciaux bien carac- térisés, s'harmonisant parfaitement avec les résultats nouveaux de l'étude géologique de ces couches. Tout en envisageant Vespèce et la variété dans une acception très large, c'est à dire en leur accordant un vaste champ de variation, tout en réunis- sant parfois sous une même dénomination trois ou quatre formes séparées auparavant en autant d'espèces distinctes, nous n'en avons pas moins triplé et au delà, le nombre des Foraminifères signalés avant nous dans les terrains pliocènes d'Anvers. Cet heureux résultat, tout en nous encourageant à persévérer dans nos recherches, nous fait espérer que lorsque tous les niveaux fossilifères seront également bien explorés, de nouvelles richesses viendront s'ajouter à celles, déjà si remarquables, que le présent travail est destiné à mettre en lumière. E. V. et H. M. SÉANCE DU 6 DÉCEMBRE 1874 — (PLANCHE IV) PREMIERE PARTIE DES DÉPÔTS PLIOCENES DES ENVIRONS D'ANVERS PAR ERNEST VANDEN BROECK CHAPITRE PREMIER Coup d'oeil général sur les sables d'Anvers et résumé historique des travaux auxquels ils ont donné lieu. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carte géologique de la Belgique, pour se convaincre que les couches qui représentent la période pliocène dans notre pays doivent y être très localisées. L'allure générale des divers terrains qui composent notre sol est telle que si, partant du sud-est, c'est à dire des parties les plus élevées du pays, on se dirige vers les plaines basses du nord-ouest, c'est à dire vers le rivage de la mer, on rencontre successivement des dépôts de plus en plus récents. Lorsque se présentent les premières couches tertiaires, on observe que la direction réelle des dépôts s'infléchit plutôt vers le nord-est ; mais, au point de vue qui nous occupe, ce changement n'altère pas notablement la disposition générale relativement aux dépôts pliocèneSc Les représentants de la période pliocène devront donc se trouver réunis dans les plaines basses du nord-ouest, et c'est en effet ce que nous montre la carte. Remarquons en passant que, d'après les indications de celle-ci, 88 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE les dépôts pliocènes recouvrent presque partout des couches oligocènes ' , et comme certains sédiments peu développés, les seuls indiqués sur la carte comme miocènes (les sables boldériens), doivent en réalité également se rapporter à l'oligocène moyen, ainsi que nous le rappellerons plus loin, i] en résulte que nous aurons ainsi constaté, entre ce dernier horizon et le pliocène, la présence d'une immense lacune représentant toute la durée de la période miocène. Nous reviendrons tantôt sur cette ligne de démarcation si nettement tranchée et, pour le moment, nous nous contenterons de faire remarquer que si nos couches pliocènes sont bien délimitées stratigraphiquement, elles se trouvent tout aussi bien localisées au point de vue géographique. La carte de Dumont nous montre ces dépôts vers la frontière du nord- ouest, où l'aire, qu'ils occupent se trouve traversée par l'Escaut depuis Anvers jusqu'au delà de la frontière hollandaise. On observe qu'ils pénètrent en Belgique sous forme d'un golfe étendu, reposant dans une dépression des couches oligocènes. Cette circonstance fait déjà prévoir que, dans la série pliocène, nous rencontrerons le plus souvent des dépôts littoraux ou de profondeur moyenne, et c'est ce que nous aurons bientôt l'occasion de vérifier, surtout pour les couches supérieures de la série. Après l'exhaussement du fond des mers qui accompagna et suivit le dépôt des derniers sédiments oligocènes, élévation qui, dans nos contrées, donna lieu à la lacune continentale signalée plus haut, il se produisit une dépression graduelle qui immergea de nouveau ces couches. Ce phénomène se rattache à ceux qui marquèrent le commencement de la période pliocène. Eti Belgique, ce fut le dépôt des sables inférieurs d'Anvers (sables diestiens) qui indiqua le commencement de la période que nous avons à étudier. Si maintenant nous examinons l'ensemble, comparativement assez étendu, du bassin pliocène dont ces sables faisaient partie, nous voyons que la disposition et les relations stratigraphiques des divers dépôts qui le composent, montrent que peu à peu le sol émergea vers le bord sud-est du bassin, tandis que la côte nord-ouest s 'enfonçait au contraire davantage sous les eaux. L'Océan reculait donc insensiblement vers ses limites actuelles, et des dépôts toujours plus récents s'étendirent sur des aires de plus en plus occidentales. Au sud-ouest, au contraire, l'élévation successive au dessus du niveau de la mer des couches précédemment formées empêcha complètement le dépôt des sédiments pliocènes plus récents. Ainsi qu'on peut s'en assurer aisément, la disposition relative des • Les dépôts qui se rapportent à la période oligocène sont indiqués dans la légende de la carte de Dumont sous le nom « d.'Éocène supérieur ou Miocène inférieur. » MÉMOIRES 89 couches comprises dans le grand bassin pliocène qui recouvrait une partie de l'Angleterre, de la Belgique, de la Hollande et de l'Allemagne vient confirmer en tout point l'appréciation qui précède. En thèse générale, les couches pliocènes les plus anciennes sont localisées vers Test, tandis que les plus récentes se trouvent surtout bien développées vers l'ouest. Cette disposition est la conséquence logique des phénomènes qui accompa- gnèrent l'un des derniers soulèvements qui s'opérèrent dans l'Europe, celui qui donna probablement naissance aux Alpes occidentales. L'élévation du sol dans les contrées qui forment aujourd'hui l'Europe centrale marqua la fin de la période miocène et causa le retrait des eaux qui couvraient ces contrées. Le mouvement d'exhaussement se continuant pendant la période pliocène, fit successivement reculer les rivages de rOcéan vers des régions de plus en plus occidentales. C'est précisément à partir de ce mouvement de recul vers l'ouest que commença, selon nous, la période pliocène, et si la faune de ces premiers horizons, qu'à l'exemple de certains géologues on pourrait peut-être appeler mio -pliocènes , offre d'étroites analogies avec la faune miocène proprement dite, cela n'a rien que de très naturel, puisque la première dérive de la seconde, dont elle ne parait, du moins dans la partie orientale du bassin, séparée par aucune lacune dans la sédimentation ni par conséquent dans l'évolution faunique. C'est uniquement le déplacement géographique des eaux ou plutôt la discordance stratigraphique causée par le retrait graduel vers l'ouest, qui marque, selon nous, le commencement de la période pliocène, dans les plaines de l'Europe occidentale. Ce n'est qu'après un certain temps que la faune s'est peu à peu modi- fiée et c'est lorsqu'on arrive, par exemple, à l'horizon des sables moyens d'Anvers et du crag corallin en Angleterre, que les différences paléon- tologiques qui séparent le pliocène du miocène commencent à s'accentuer plus nettement, pour apparaître bien caractérisées, un peu plus tard, lors du dépôt des sables supérieurs d'Anvers et du crag rouge en Angleterre. Comme les géologues ne paraissent pas entièrement d'accord relati- vement à la valeur des divisions: miocène, pliocène, etc., et que les termes miocène, mio-pliocène, vieux pliocène et pliocène ne paraissent pas être interprétés par tous de la même façon, nous croyons utile de bien préciser ce que nous désignons sous le nom de pliocène; nous réunissons sous cette dénomination toutes les couches du grand bassin tertiaire du nord-ouest de l'Europe qui participèrent au mouvement de recul précédemment indi- qué et qui se montrent disposés en stratification transgressive, ou de telle sorte que les plus anciennes soient localisées vers Test et les plus récentes vers l'ouest. Pour en revenir à Anvers, nous ferons remarquer que cette disposition, 90 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE si bien établie pour l'ensemble du bassin, s'observe, non moins bien carac- térisée, dans le groupe local dont nous allons entreprendre l'étude. En tbèse générale, les coucbes inférieures occupent à Anvers une aire plus développée et, en même temps plus orientale que les dépôts plus récents, qui ne les recouvrent qu'en partie, pour s'étendre davantage vers l'ouest. Et en effet, c'est surtout dans les localités les plus avancées dans les terres vers l'est ou, pour parler plus exactement, vers le sud-est, que l'on rencontre un développement bien considérable des coucbes les plus anciennes. C'est ainsi qu'elles s'observent surtout sur la rive droite de l'Escaut, à Edegbem, Mortsel, Borsbeek, Bercbem, Vieux-Dieu, Deurne le Kiel, etc., et s'étendent au loin, principalement dans le sous-sol de l'Allemagne. Les dépôts les plus récents s'observent sur la rive gauche, dans la direction de la mer, comme à Calloo, ou bien se trouvent surtout développés vers le nord-ouest, comme à Merxem, au Stuyvenberg et à Austruweel. On les retrouve encore plus au nord, dans le sous-sol de la Hollande. On avait donné à l'ensemble des coucbes qui, aux environs d'Anvers, surmontent l'argile oligocène, le nom de crag d'Anvers, à cause des relations étroites qui unissent ces couches aux dépôts pliocènes d'Angle- terre, généralement connus sous le nom de crag. Toutefois, M. Dewalque a fait remarquer avec raison que la dénomination de crag noir, sous laquelle Sir Ch. Lyell, en Angleterre et de Wael, en Belgique, avaient désigné les sables inférieurs de la série, ne peut être conservée, ce dépôt ne paraissant pas avoir d'équivalent en aucun point du bassin anglais. Aujourd'hui, ces sables sont généralement connus sous le nom de sables glaiiconiféres ou de saUes noirs diestiens. Nous laisserons de côté, dans notre étude, le dépôt sableux non fossi- lifère, connu sous le nom de salle ferrugineux diestien, qui s'étend fort avant dans nos plaines et s'observe çà et là au sommet des collines tertiaires de la moyenne Belgique. ^ Nous nous bornerons, dans le cours de ce travail, à en exposer sommai- rement l'interprétation stratigraphique, mais nous n'aurons réellement à étudier que les dépôts pliocènes des environs d'Anvers, car eux seuls contiennent des fossiles ou du moins des Foraminifères. Depuis longtemps déjà, l'attention des explorateurs a été attirée sur les sables d'Anvers, à cause des immenses richesses paléontologiques qu'ils renferment et de l'intérêt qu'offre la comparaison de cette faune avec celle d'autres couches de l'étranger. Mais si la beauté et le grand nombre des fossiles que l'on y rencontre ont donné lieu, de la part des paléontologues, à de nombreux et intéressants travaux, il n'en est pas de même pour l'étude stratigraphique de ces dépôts. MEMOIRES 91 Malgré le grand intérêt qui s'y attache, nos connaissances sur la consti- tution de ces couches, leurs rapports mutuels et leurs relations avec l'étranger sont loin d'être convenablement approfondies. Mais c'est là une lacune qui, nous l'espérons, ne tardera guère à être rapidement comblée, grâce surtout aux explorateurs qui ont entrepris depuis peu l'étude stratigraphique des dépôts d'Anvers. Parmi les plus anciens documents publiés sur les terrains d'Anvers, on peut signaler une coupe prise en 1812, lors du creusement du bassin à flot, et publiée en 1823 par Cuvier, dans la deuxième édition de ses Recherclies sur les ossements fossiles (voir tome V, p. 353). Ce document, le plus ancien que l'on connaisse sur ces terrains, peut encore être consulté avec quelque utilité. Nous aurons à mentionner ensuite les recherches de M. de la Jonkaire, qui, publia en 1832, une Notice géologique sur les environs d'Anvers, bientôt suivie d'une seconde note donnant la description de quelques coquilles recueillies dans cette localité ' . En 1835, M. H. Nyst, dans ses Reclierclies sur les coquilles fossiles de la province d'Anvers^, étendit considérablement nos connaissances sur ces dépôts et sur la faune qu'ils renferment. Il montra dans ce mémoire que la plupart des coquilles recueillies dans les sables d'Anvers étaient iden- tiques à celles du crag d'Angleterre et, le premier, il constata que les terrains belges et anglais qui contiennent ces fossiles appartiennent au môme âge géologique. D'autres mémoires publiés par le même auteur dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique ^ firent successivement connaître les nombreuses découvertes paléontologiques qui se succédèrent assez rapi- dement vers cette époque. Ils se trouveront signalés plus loin dans l'ordre de leur publication. Le célèbre stratigraphe A. Dumont, ayant été chargé par le Gouverne- ment de dresser la Carte géologique du Royaume, publia en 1839, dans les Bulletins de l'Académie de Belgique, un Rapport sur les travaux de la Carte géologique pendant Vannée 1839. Cette notice est spécialement con- sacrée à l'exposé des observations faites par l'auteur sur les terrains tertiaires delà Belgique. 1 De la Jonkaire. Notice géologique sur les environs d'Anvers. (Mémoires de la Société d'histoire natui-elle de Paris, 1832, tome I, in-4'', pag. 110.) De la Jonkaire. Note sur le genre Astarte Sowerby (Crassine Lamk], (Mémoires de la Société d'histoire natarelle de Paris, 1832, tome I, ia-4«, 1832, pag. 127 pi. I.) 2 P. -H. Nyst. Recherches sur les coquilles fossiles de la province d'Anvers, gr. in-8", 5 pi. 1835. ^ P. -H. Nyst et Westendorp. {Nouvelles recherches sur les coquilles fossiles de la province d'A^ivers, in-8°, 3 pi. (Bull. Acad. royale de Belgique, tome VI, ri° 10. 1839, p. 393 à 414, pi. I à III.) 92 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Il les divise en six systèmes, qui se trouvent désignés sous les noms de Lande7iien, Bruxellien, Tongo'ien, Diestien, Campinien et Hesiayen. Les dépôts que Dumont rapporte ici au système diestien sont composés de sables glauconifères, de sables et de grès ferrugineux. L'auteur, constatant l'absence ou l'extrême rareté des débris organiques dans ce système, ajoute toutefois que « si les sables glauconifères situés « entre Malines et Anvers se rapportaient au système diestien comme je « suis porté à le croire d'après des considérations minéralogiques, on « aurait, pour caractériser ce système, un très grand nombre de fossiles, < et ses rapports avec le crag ou terrain tertiaire supérieur ne laisse- ci raient pas d'incertitude. » Quant au système campinien, Dumont y comprenait à la fois les dépôts post-tertiaires, actuellement désignés sous le nom de sables campiniens et les dépôts tertiaires coquillers d'Anvers, qu'il avait surtout observés à Calloo et au Stuyvenberg. Dumont faisait remarquer que ces fossiles d'Anvers ayant été réunis sans distinction avec ceux du sable glauconifère coquiller, il était diffi- cile de dresser des listes séparées pour les deux dépôts. Tout en se trouvant ainsi forcé à réunir sous le nom de crag d'Anvers ces deux couches, qui alors avaient déjà fourni environ 200 espèces de coquilles, Dumont pressentait déjà, on le voit par les termes de son rapport, qu'il y avait là une distinction à établir. En 1842, M. Nyst, dans son travail intitulé : Addition à la faune concJiyliologique des terrains tertiaires de la Belgique ^ , décrivit un certain nombre de formes nouvelles et c'est à' cette époque, dit-il plus tard, dans un discours prononcé en 1869 à l'Académie, de Belgique, qu'il fut pour la première fois frappé de la différence du faciès que présente la faune des sables noirs ou glauconifères avec celui qu'offre la faune des autres sables d'Anvers. Continuant avec autant de persévérance que de succès l'exploration du champ si riche qui s'offrait à ses travaux, M. Nyst publia l'année suivante (en 1843) son grand ouvrage intitulé : Description des coquilles et polypiers fossiles tertiaires de la Belgique ^. Il nous suffira de dire que l'on trouve dans cette monographie la description de toutes les espèces recueillies jusqu'alors dans les sables d'Anvers, pour ne pas devoir insister davantage sur l'intérêt de ce travail. 1 p. -H. Nyst. Addition à la faune conchyliologique des terrains tertiaires de la Belgique, in-S». (Bull. Acad. royale Belgique, tome IX, n» 5. 1842, p. 439 à 451.) 2 P.-H. Nyst. Description des coquilles et des polypiers fossiles tertiaires de la Belgique, iii-4°, 49 pi. (Méra. coul\ et des sav. étrang. de l'Acad. royale de Belgique, ■tome XVII, 1843.) MEMOIRES 93 Dans le 'tableau qui termine le Mémoire de M. Nyst, les fossiles d'Anvers se trouvent groupés en trois colonnes, respectivement intitulées : 1° sables noirs du fort d'Herentbals ; 2" sables gris des glacis d'Anvers; 3° sables rouges de Calloo et du Stuyvenberg. C'était moins des divisions stratigrapbiques que l'auteur avait eu l'intention d'établir, en désignant ainsi les dépôts qu'il avait étudiés, que des ensembles fauniques propre^; à certaines localités. Or, ce sont cependant ces noms de saUe noir, sabh gris et sable rouge qui, généralisés et parfois modifiés sous le nom d.'. crags, ont servi depuis lors à désigner les grandes divisions des terrain s d'Anvers. En 1849, A. Dumont publia dans le tome XVI des Bulletins de l'Aca- démie des sciences de Belgique un second Rapport sur la Carte géologique; du Royaume. Dans ce travail, il confirme, à l'aide de ses observations stratigraphi- ques, la position du système diestien dans le tertiaire supérieur ou pliocène, et rapporte cette fois positivement au diestien, la partie inférieure des dépôts coquillers désignés sous le nom de crag d'Anvers. Quant à la partie supérieure de ces dépôts, il en fait son système scaldisien. Voilà donc les sables d'Anvers nettement séparés en système diestien et système scaldisien, tous deux rapportés à la période pliocène. A la suite d'excursions que fit en Belgique l'illustre géologue anglais Sir Charles Lyell, dans le but de comparer nos formations tertiaires avec celles de l'Angleterre, il publia, en 1852, une fort intéressante relation de son voyage ^ Dans son mémoire sur les terrains tertiaires de la Belgique et de la Flandre française, le célèbre géologue consacre une douzaine de pages à l'étude des sables d'Anvers. Bien que l'auteur se soit surtout attaché à l'étude faunique de ces dépôts, ainsi qu'à leur comparaison avec des couches du même âge en Angleterre, il entre dans quelques détails sur la constitution des sables d'Anvers. Sir Charles Lyell adopte les trois divisions qui avaient été employées dans le Mémoire de M. Nyst et qui du reste lui avaient été confirmées par un géologue belge, M. N. de Wael, qui l'accompagna pendant ses explorations aux environs 1 Sir C. Lyell. On the tertiary strata of Belgium and French Flanclers. (Quart. Journ. Geological Society, vol. VIII, part. III, n» 31, August 1852, p. 177 to 370, pi. XVII to pi. XX. Ce mémoire remarquable a été ti*aduit en français par MM. Ch. Le Hardy de Beaulieu et A. Toilliez, et reproduit dans le tome XIV des Annales des travaux publics de Belgique (1855-1856), sous le titre : Mémoire sur les terrains tertiaires de la Belgique et de la Flandre française. 94 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE d'Anvers. Ces divisions étaient : le crag noir ou inférieur, le crag gris ou moyen et \e crag jaune ou supérieur. Le crag noir ou inférieur n'était autre que le sable glauconifère coquiller, que Dumont venait de rapporter positivement au système diestien. Le nom de crag gris ou moyen avait été indiqué à Lyell par M. de Wael, qui désignait ainsi un sable grisâtre avec grains verts, se montrant à un niveau un peu plus élevé que le «crag noir, » dépôt que M. de Wael considérait, nous apprend le mémoire de Lyell, comme d'un âge intermédiaire entre le crag jaune et le crag noir. Enfin, le crag jaune ou supérieur représentait les dépôts encore plus élevés, tels que ceux qui avaient été signalés à Calloo, au Stuy- venberg, etc. De cette division ainsi établie, il nous paraît résulter que Lyell n'aurait pas tenu compte à cette époque du rapport présenté à l'Académie, deux ans auparavant, par Dumont et dans lequel ce géologue rapportait au système diestien le sable glauconifère coquiller d'Anvers. Ce qui nous confirme dans cette idée, c'est que Lyell, dans certain passage de son mémoire, signale le rapport de 1839 et ne fait aucune mention de celui de 1849. Enfin, le géologue anglais, tout en rapprochant de la période du crag proprement dit les sables ferrugineux diestiens, ne s'explique pas claire- ment sur leurs relations avec les sables noirs glauconifères d'Anvers et s'abstient de se prononcer sur le point de savoir s'il faut les rapporter au même horizon que ces derniers. D'après lui, le groupe des trois étages réunis sous le nom de « Crag d'Anvers » formait un ensemble qu'il rapportait au système scaldisien, tandis que, seuls, les sables ferrugineux de Louvain constituaient son système diestien. Ces conclusions ressortent autant du texte du mémoire de Sir Charles Lyell que de la disposition du tableau synoptique dont son travail est accompagné. Or, dans son rapport de 1849, Dumont n'avait cependant laissé planer aucun doute sur la composition de sou système diestien. Voici comment il s'exprime dans ce mémoire : « Le système diestien, formé après le mouvement qui changea d'une manière si remarquable la direction des côtes et qui commença la série pliocène, est caractérisé par des sables verts à gros grains, très glauconifères, qui, par altération, se trans- forment en sables bruns ou en grès ferrugineux. Ces sables ont à leur base un dépôt caillouteux et passent vers leurs parties supérieures à des sables gla^iconifères à grains moins gros, plus ou moins calcareux et fossilifères, auxquels je rapporte la partie inférieure du dépôt qioe Von a, désigné sous le nom de crag d'Anvers. » MÉMOIRES 95 C'est, du reste, ce que nous enseigne également la légende de la carte publiée par Dumont. Nous ajouterons par la même occasion que le géologue anglais semble, même beaucoup plus tard, n'avoir pu se faire une opinion bien arrêtée au sujet des relations du « crag noir » avec les autres couches. Jusque dans la dernière édition de ses Éléments de géologie, dont la tra- duction française a été revue par lui en 1864, on reconnaît qu'il hésite à exprimer une opinion bien accentuée. Ne pouvant s'empêcher de recon- naître que la faune du « crag noir » diffère sensiblement de celle des dépôts supérieurs, il laisse cependant réunies les trois divisions primiti- vement établies, alors qu'il réunit les sables ferrugineux diestiens et les couches fossilifères d'Edeghem en un groupe distinct, qu'il pensait même pouvoir rapporter au miocène supérieur. Nous fermerons cette parenthèse en ajoutant que, actuellement, tout le monde est d'accord avec Dumont pour rapporter au système diestien aussi bien les sables glauconifères d'Anvers que les dépôts d'Edeghem et les sables ferrugineux de Diest, de Louvain, etc. Peu de temps après la publication du mémoire du géologue anglais, parut un travail de M. N. de Wael, intitulé : Observations sur les for- mations tertiaires d'Anvers ^ Cette notice, assez détaillée, contient la description des divers niveaux fossilifères que l'auteur a étudiés et qu'il rapporte aux trois étages signalés plus haut. On trouve également dans ce mémoire l'énumération des fossiles que l'auteur a recueillis dans chacun des dépôts qu'il décrit, et un certain nombre de coupes, soigneusement relevées, en font connaître l'aspect et la nature minéralogique. Les Bulletins de la Société Paléontologique de Belgique renferment un grand nombre de notices, d'indications et de renseignements divers sur la géologie et surtout sur la paléontologie des terrains d'Anvers. Toutefois cette Société, fondée à Anvers en 1858 par un petit groupe de zélés naturalistes et par quelques amis de la science, n'ayant pu à cette époque rencontrer ni l'appui ni les encouragements sur lesquels avaient compté ses fondateurs, et éprouvée, d'autre part, par la mort des uns, le départ des autres, se vit bientôt forcée de cesser ses publications. Ce fut d'autant plus regrettable que les publications de cette Société auraient pu devenir fort utiles pour la connaissance des terrains d'Anvers. Cepen- dant, nous devons ajouter, relativement à ce qui a été fait, qu'à cette ^ Norbert de Wael. Observations sur les formations tertiaires des environs d'Anvers. (Bull. Acad. royale Belg., 2« série, 1853, tome XX, n» 1, p. 1 à 36.) 96 SOCIÉTÉ MALACOLOGTQUE DE BELGIQUE époque une grande confusion régnait encore dans tout ce qui concernait la géologie d'Anvers, de sorte que l'on ne peut aujourd'hui tirer grand profit de la plupart de ces matériaux. Nous signalerons, mais sans pouvoir nous y arrêter, plusieurs notices paléontologiques publiées par M. Nyst dans les Bulletins de l'Académie de Belgique.' Nous devons cependant mentionner sa Notice publiée en 1861, siir un noîcvemi gîte de fossiles se rapportant aux espèces faluniennes du midi de V Europe, découverte Edegliem, près d'Anvers^. Le gisement dont la notice en question nous fait connaître la faune, riche de plus de 150 espèces, paraissait en effet se rapporter à un horizon plus ancien que ceux de toutes les autres couches précédemment observées à Anvers. Mais on a reconnu depuis lors qu'il n'y avait pas lieu d'adopter l'assi- milation de ces dépôts avec ceux de la série miocène, comme on l'avait proposé d'abord. L'horizon d'Edeghem constitue la base des sables d'Anvers et les travaux militaires qui s'exécutent en ce moment au Kiel près de la citadelle du Sud à Anvers, ont mis à découvert une zone très fossilifère, dont la faune, rappelant en tout point celle d'Edeghem, sert en quelque sorte de trait d'union entre celle-ci et celle des sables noirs d'Anvers proprement dits. En poursuivant notre revue, nous arrivons à l'année 1862, pendant laquelle de grands travaux militaires furent exécutés aux environs d'Anvers, ce qui, dévoilant sur une surface considérable la structure dr. sol, mit à découvert d'immenses richesses paléontologiques. Malheureusement on ne profita guère de ■ ces circonstances si favo- rables. On recueillit, il est vrai, un grand nombre d'ossements de cétacés 1 H. Nyst. Notice sur quelques recherches paléontologiques faites aux environs cC Anvers. (Bull. Acad. royale Belg., 2^ série, tome XI, 1861, n° 6, p. 623 à 626.) H. Nyst. Descriptions succinctes de dix espèces nouvelles de coquilles fossiles du crag noir des environs d'Anvers. (Bull. Acad. royale Belg., 2^ série, tome XII, 1861, ii° 9 et 10, p. 188 à 197.) H. Nyst. Notice sur une nouvelle espèce de coquille fossile du genre pecten, trouvée dans le crag noir d'Anvers, aiyisi que sur un gisement à échinodermes , bryozoaires et forami- nifères. (Bull. Acad. royale Belg., 2« série, tome XII, 1861, n° 9 et 10, p. 198 à 202, pi. III.) H. Nyst. Notice sur une nouvelle espèce de pecten et observations sur le pecten DuwELSii. (Bull. Acad. royale sciences Belg., 2^ série, tome XVIII, 1864, n° 7, p. 26 à 30.) H. Nyst. Bapports, etc., sur les travaux de de Wael, Seuss, Dujardin, etc. (Bull. Acad. royale sciences Belg.) H. Nyst. Sur les animaux inférieurs fossiles de la province d'Anvers. (Bull. Acad. royale Belg., 2*' série, tome XXVIII, 1869, n» 12, p. 607 à 621.) 2 H. Nyst. Notice sur un nouveau gîte de fossiles se rapportant aux espèces faluniennes du midi de l'Europe, découvert à Edeghem, près d'Anvers. (Bull. Acad, royale sciences Belg., 2« série, tome XII, 1861, ho7, p. 29 à 53, pi. 1.) MÉMOIRES 97 et de coquilles, mais sans méthode et sans soins, de sorte que ces précieux vestiges allèrent s'enfouir pêle-mêle et sans étude préliminaire dans les caves des musées, ou se disperser ailleurs. On comprend ^ue, recueillis dans de telles conditions, ces matériaux, loin d'être utiles à la science, ne firent au contraire qu'augmenter les erreurs déjà nombreuses qui existaient dans les listes publiées sur la distribution géologique des espèces; et c'est même à cette circonstance qu'il faut attribuer la confu- sion extraordinaire qui régna pendant si longtemps dans des listes publiées ici ou à l'étranger sur la faune des sables d'Anvers. « Il est à regretter, dit M. Nyst, dans un discours d'ouverture « prononcé en 1869 à l'Académie royale de Belgique, il est à regretter « qu'à cette époque, un paléontologue n'ait pas été désigné pour « étudier ces fossiles dans tous leurs détails. Il ne suffit pas, ainsi qu'on « le croit généralement, d'amasser des quantités considérables de maté- « riaux, il faut encore savoir les utiliser. Si pour les fossiles, par exemple, « on ne tient pas note exactement, non seulement des localités, mais « encore des coucbes dans lesquelles ils ont été trouvés, ils perdent « presque toute leur valeur et ne sauraient plus servir à la détermination « de l'époque de leur apparition ; ce seraient autant de médailles dépour- « vues de leurs inscriptions ou de leurs empreintes et qui, dans certains « cas, n'offriraient d'autre intérêt que celui de leur rareté. « Souvent le zoologiste ne s'est pas occupé de géologie et de paléon- « tologie pour distinguer facilement les espèces provenant soit des « sables scaldisiens, soit des sables diestiens; la différence de couleur de « ces deux dépôts ne suffit pas toujours à cet effet ; outre que les nuances « sont très variables, il peut se faire que celles des deux couches, d'âge « fort différent, soient à peu près identiques, comme les sables quater- « naires et les sables diestiens en offrent un exemple frappant. » On ne saurait trop se pénétrer de l'importance de ce dernier para- graphe, qui donne en quelque sorte la clef des difficultés et des contra- dictions que l'on rencontre à chaque pas dans la comparaison, soit des couches entre elles, soit avec leurs équivalents à l'étranger. Pour en revenir aux travaux d'Anvers, il faut cependant reconnaître que le vaste champ d'étude qui s'offrait ainsi aux recherches n'est pas resté entièrement inexploré. Un officier du génie, M. le capitaine Dujardin, comprit l'importance que présentait pour le progrès de la géologie cette occasion si exception- nelle et réussit à tirer de ces travaux tout le parti possible. Il releva la coupe du terrain le long de deux grandes sections, dont l'une, passant par le fossé capital de l'enceinte, avait 14,000 mètres de développement sur une dizaine de mètres de hauteur et dont l'autre, formée de tronçons 98 SOCIÉTÉ MALACOLOGTQUE DE BELGIQUE que l'on pouvait aisément raccorder en une ligne continue, atteignait 17,000 mètres de longueur. Le travail de M. Dujardin, illustré de deux coupes, est surtout stra- tigrapliique et contient d'excellents et nombreux renseignements, fort utiles à consulter \ Parmi les résultats acquis, il y a à signaler dans ce mémoire l'établis- sement d'une zone qui n'avait pas encore été mentionnée auparavant. C'est celle des sables verts, dépôt constitué par un sable quartzeux très glauconifère, parfois graveleux, et qui paraît généralement recouvrir les sables noirs diestiens. M. Dujardin semble n'avoir rencontré que très exceptionnellement des fossiles à ce niveau ; mais il le rapporte toutefois sans hésitation au système diestien. Ce sable vert et les fossiles qu'il contient viennent d'être, dans les publi- cations de la Société Malacologique ~, l'objet d'une longue et intéressante discussion, ensuite de laquelle le maintien de cette couche dans le sys- tème diestien reste assuré. Dans les six premières éditions de V Abrégé de géologie de d'Omalius d'Halloy, nous ne trouvons guère sur Anvers que des indications très vagues et fort incomplètes. Mais dans la septième édition de ce livre, publiée en 1862, l'auteur entre dans des détails plus circonstanciés et fait connaître quelques indi- cations nouvelles qui lui avaient été communiquées par M. Nyst. Ces renseignements consistent dans l'établissement de différentes zones dans les sables d'Anvers, que les nouvelles recherches paléontolo- giques de M. Nyst lui avaient permis d'indiquer comme suit ; I. Des sables noirs, observés à Edeghem, à Berchem et au fort d'Heren- thals. On y remarque, dit le texte communiqué par M. Nyst, un lit presque entièrement composé de Pétoncles. 1 A, Dujardin. Description de deux coupes faites à travers les couches des systèmes scaldisien et diestien, ainsi que dans les couches supérieures, près de la ville d Anvers. (Bull, de l'Acad. royale des sciences de Belgique, 2« série, tome XIII, 1862, n» 5, p. 470 à 485, pi. I et II.) 2 Annales de de la Société Malacologique de Belgique, tome IX, 1874, Bulletins, conte- nant : Page XX à XXIV. P. Cogels. Note sur un gisement de Terebratules aux environs d'Anvers, et Observations de M. Mourlon â ce sujet. Page XXXVIII à XLV. P. Cogels. Seconde note sur le gisement de la T. grandis avec quelques Observations à ce sujet, par MM. Mourlon et E. Vanden Broeck. Page LV à LVIII. M. Mourlon. Nouvelles observations au sujet de nos couches ter- tiaires à Terebratula grandis. Page LXVII à LXXXIV. P. Cogels. Nouvelle note sur le gisement de la Terebratula grandis. MÉMOIRES 99 II. Des sables gris mouvants, qui contiennent beaucoup de bryozoaires et quelques coquilles analogues à celles des sables noirs. III. D'autres sables gris, remplis de coquilles brisées, le plus souvent indéterminables et à la partie supérieure desquels on trouve beaucoup de Pecten Gerardi. IV. Des sables argileux, qui s'observent principalement àDeurne et qui contiennent beaucoup de coquilles bivalves, des Cyprines et des Astartes vers le bas et des Peignes vers le haut. On trouve tout à fait au dessus des vertèbres de cétacés. V. Des sables jatmes o'OîigefUres que Ton exploite au Stuyvenberg, à Calloo et qui contiennent une immense quantité de coquilles, principale- ment de Cyprines, de Bucardes et de Tellines. Aucun autre détail sur la constitution des sables d'Anvers n'accom- pagne cette énumération, que M. Nyst ne fit du reste suivre d'aucune notice explicative. Si, en principe, ces divisions ne peuvent être maintenues dans leur ensemble, il en est cependant parmi elles qui méritent notre attention, en ce sens qu'elles se rapportent assez exactement à certains horizons bien distincts dont nous aurons à nous occuper plus loin. Nous passerons maintenant à l'examen de quelques mémoires publiés en Angleterre sur les sables d'Anvers. Ces travaux étant généralement peu connus ici et les opinions exposées offrant parfois des différences notables avec celles qui nous sont familières, on nous permettra de nous y étendre un peu plus longuement que sur les mémoires publiés en Bel- gique et qui sont entre les mains de tous. En 1685, M. Ray Lankester fît paraître dans le Geological Magazine ^ un travail intitulé : On tlie crag of Suffolk and Antwerp, dans lequel il fait connaître la disposition générale des couches d'Anvers. Il est seule- ment à regretter, pour les motifs exposés plus haut, que l'auteur conserve, pour toute la série des sables d'Anvers, le nom de crag. Après les explications qui accompagnent la reproduction, sur une échelle réduite, de la grande coupe de Dujardin, l'auteur entre dans quelques considérations paléontologiques. Il s'étend ensuite sur la comparaison des couches d'Anvers avec le crag de Suffolk. S'appuyant sur les proportions d'espèces communes aux divers dépôts de ces deux séries, l'auteur trouve que le crag corallin, le crag rouge de Suffolk et les sables supérieurs d'Anvers (sables jaunes) se relient bien 1 E. Ray Lankester. 27ie Crags of Suffolk and Antwerp. (Geological Mag., vol. II, n» 9. Mardi 1, 1865, p. 103 to 106, and n^ 10, april 1, 1865, p. 149 to 152. (with a woodcut.) 2 100 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE plus étroitement entre eux que l'un quelconque de ces termes avec les sables moyens d'Anvers (sables gris). On verra plus loin que cette opi- nion, qui n'est nullement justifiée, est due à l'idée incomplète et fausse que l'on avait de la faune des sables moyens ou « gris. » M. Lankester considère le crag rouge, le crag corallin et les sables supérieurs d'An- vers comme appartenant au pliocène supérieur ; les sables moyens d'An- vers (sables gris) au pliocène moyen et les sables inférieurs d'Anvers (sables noirs diestiens) comme se rapportant au pliocène inférieur. Mais ensuite l'auteur fait remarquer avec raison que, quelles que soient les appréciations que l'on veuille tirer de la faune des dépôts d'Anvers, il faut tenir compte de cette circonstance qne si les sables inférieurs sont bien connus paléontologiquement, il n'en est aucunement de même pour les dépôts qui les surmontent. Comme on connaît dans les dépôts corres- pondants à ces derniers dans le bassin anglais plus du double des fossiles signalés à ce niveau à Anvers, il est évident que les comparaisons basées purement sur les données paléontologiques ne peuvent avoir une bien grande exactitude. M. Lankester combat ensuite l'opinion exprimée par quelques auteurs, qui tendrait à rapporter les sables inférieurs ou diestiens à la période miocène, et c'est avec raison qu'il les considère comme indiquant le commencement de la période pliocène. L'auteur reconnaît, d'autre part, les affinités qui unissent ces dépôts aux coucbes supérieures de Bordeaux et surtout de Vienne ; aussi est-il porté à établir dans ces deux localités un horizon pliocène inférieur, surmontant les couches plus développées du miocène supérieur, et du même âge que les sables inférieurs d'Anvers. Le peu d'espace dont nous pouvons disposer ici ne nous permet pas d'analyser entièrement l'intéressant travail de M. Lankester ; nous avons du reste signalé ce qui se rapportait plus particulièrement à la géologie du bassin d'Anvers. L'année suivante, en 1866, parut dans le Quarterly Journal of tJie Geological Society \ un mémoire assez étendu de M. Godwin-Austen, intitulé : On tlie Kainozoic Formations of Belgiîim, dans lequel il est spécialement question des couches pliocènes de la Belgique, de la distri- bution générale des continents et des mers à cette époque et, enfin, des dépôts post-pliocènes de nos contrées. Nous nous bornerons à indiquer en quelques mots quelle est l'opinion de l'auteur sur les sables d'Anvers. Il signale tout d'abord les incertitudes et les erreurs auxquelles ' R.-A.-C. Godwin-Austen. On the Kainozoic Formations of Belgium. (Quarterly Journ. Geol. Soc, vol. XXII, part. III, august 1. 186G, n» 87, p. 228 to 254, with a map.) MEMOIRES 101 peuvent donner lieu les résultats d'une étude purement paléontologique de ces couches. Mentionnant la séparation proposée par Dumont, pour les sables d'Anvers en deux divisions, dont l'inférieure constitue le système diestien et la supérieure le système scaldisien, il s'arrête à cette séparation et n'indique que pour mémoire les divisions de Lyell et celles proposées en dernier lieu par M. Nyst, dans l'Abrégé de géologie de d'Omalius. La courte description du scaldisien que donne l'auteur montre qu'il n'admet dans toute cette masse qu'une accumulation de débris, un assem- blage de couches remaniées et déposées sous une très faible profondeur. Cette série supérieure lui semble très caractéristique, car elle marque une modification dans la profondeur et l'agitation des eaux, ce qui résulte, selon lui, d'un changement physique d'une étendue plus considérable dont l'effet a été un remaniement des couches précédemment formées et leur arrangement ultérieur en bancs triturés. Pour M. Godwin-Austen, le scaldisien d'Anvers se présente absolu- ment dans les mêmes conditions que le crag rouge de Suffolk et il trouve qu'aucune raison ne s'oppose à ce que le changement physique qui a fait succéder le crag rouge au crag collarin soit le même que celui qui a fait succéder le scaldisien au diestien. Abordant ensuite le système diestien, l'auteur y reconnaît un dépôt tranquille, de profondeur moyenne et des plus favorable au développe- ment d'une riche faune malacologique. Il fait remarquer que dans ces dépôts les coquilles sont intactes et toujours en place. Pour lui, qui pense, comme nous l'avons dit, qu'aucune coquille en jjlace ne se trouve dans les dépôts qui viennent au dessus, c'est la seule et réelle difiFérence qui dis- tingue le diestien du scaldisien . En résumé, l'auteur n'admet que ces deux divisions. La première seule, où, d'après lui, se trouvent les coquilles en place, peut utilement servir à retracer et à définir une époque déterminée dans la période pliocène en Belgique; mais la seconde, où il n'y aurait que des coquilles étrangères, remaniées, appartenant à toutes les zones de profondeur et à toutes les époques de cette période pliocène, ne serait d'aucune utilité pour l'étude géologique. Pour ce qui concerne le « crag gris » et le « crag jaune », M. Godwin- Austen n'y trouve d'autre différence que celle des origines diverses des débris remaniés dont seraient formées ces couches, les sables gris étant surtout constitués par des débris provenant des sables diestiens. L'auteur semble même n'accorder guère plus d'importance au scaldisien qu'aux bancs de graviers et de débris coquillers que l'on observe, sous la forme de dépôts littoraux, sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord. 102 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Quant aux différences qui s'observent entre le crag rouge et notre groupe scaldisien, M. Godwin-Austen pense qu'il faut les rechercher uniquement dans cette circonstance que le crag rouge est composé de débris remaniés d'une zone profonde à bryozoaires (le crag corallin), tandis que le scal- disien représente une accumulation de débris provenant généralement de zones bathymétriques un peu moins profondes (les sables limoneux diestiens). L'auteur ayant annoncé que le scaldisien tout entier correspondait au crag rouge et qu'une même dénudation s'observait sous ces deux dépôts, il a cru pouvoir assimiler le diestien au crag corallin. Pour expliquer les différences de faune en même temps que la similitude d'âge, il a mis en avant un fait, incontestable du reste : la différence de profon- deur des deux dépôts, différence qui, on ne peut le nier, doit avoir eu une influence marquée sur la faune. Mais, quoique les sables inférieurs d'Anvers soient en réalité d'un âge peu différent de celui du crag co- rallin, ces deux dépôts ne peuvent à coup sûr être considérés comme contemporains. Nous ne pouvons nous étendre davantage sur le remarquable mémoire de M. Godwin-Austen. Le résumé qui précède suffira pour montrer les vues de l'auteur et pour faire comprendre que si ce mémoire, fort discuté en Angleterre, quant aux points relatifs à la géologie de cette contrée, renferme, par rapport à Anvers, des appréciations inexactes ou erronées par suite de l'insuffisance des renseignements dont l'auteur a pu s'entou- rer, il n'en contient pas moins des idées intéressantes et nouvelles, dont plusieurs, un peu modifiées, vont se trouver confirmées par les décou- vertes ultérieures. L'auteur n'a malheureusement pas connu la faune en place des sables moyens et des sables supérieurs ; il s'est uniquement appuyé sur les résultats de l'étude de couches roulées et remaniées et tout en signalant avec raison la présence d'un phénomène de ravinement, correspondant à celui qui est constaté en Angleterre, il n'a pu en établir le niveau réel, que nous indiquerons tantôt. On peut réellement s'étonner que les condi- tions d'observation si défavorables oii s'est trouvé M. Godwin-Austen n'aient pas été un obstacle aux conclusions remarquables exposées dans son mémoire. Un an plus tard, parut dans le Geological Magazine ^ un article du D"" von Koenen sur les terrains tertiaires de la Belgique. 1 Note un the tertiary strata of Belgium, by D'aven Koenen. (Geological Magazine, vol. IV, n° 11, november 1. 1867.) Traduit en français par M. A. Thielens et publié dans les Mémoires de la Société paléontologique et archéologique de Charleroi. MEMOIRES 103 L'auteur discute assez longuement les résultats exposés par MM. Lan- kester et Godwin-Austen relativement aux sables d'Anvers. Il montre que le dernier de ces géologues avait évidemment fait erreur en disant que dans le scaldisien il n'y avait pas de coquilles en place et surtout qu'il n'y en avait point de spéciales à ces couches. Il montre également que le scaldisien a une épaisseur bien plus consi- dérable que celle qui lui avait été attribuée par le géologue anglais et qu'enfin le diestien n'est aucunement l'équivalent du crag corallin, mais bien un dépôt plus ancien. Un tableau synoptique montrant les relations des couches oligocènes, miocènes et pliocènes du nord de la France , de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Allemagne du Nord accompagne ce travail. Eevenant maintenant aux travaux publiés en Belgique nous trouvons que, dans son Prodrome d'%ne descrijJtion géologique de la Belgique, publié en 1868, M. Dewalque, adoptant les divisions établies par Dumont, rapporte les couches des environs d'Anvers à deux grandes divisions : le système diestien et le système scaldisien, qu'à l'exemple de Dumont il fait tous deux entrer dans la période pliocène. M. Dewalque ajoute qu'il n'admet pas la distinction que l'on avait établie dans le système scaldisien, des deux étages : crag jaune et crag gris. C'est la variabilité des dépôts et la fréquence dans ces couches des phénomènes d'altération dus le plus souvent à la décomposition de la glauconie, qui ont engagé M. Dewalque à ne pas admettre cette division dans le scaldisien. Cela est fort judicieux, mais comme aucune autre division n'est proposée en place, on pourrait croire qu'il ne faut admettre aucune subdivision dans le scaldisien . On aurait grandement tort cependant de conclure ainsi et déjà les travaux consciencieux de notre collègue M. Cogels ont jeté un grand jour sur la distinction qu'il y a lieu de faire entre les divers dépôts du système scaldisien. D'autre part, la différence bien tranchée que nous signalerons tantôt entre la faune des sables moyens et celle des sables supérieurs — divisions qui correspondent plus ou moins à certaines cou- ches en place du crag gris et du crag jaune — viendra confirmer d'une façon définitive la séparation stratigraphique bien tranchée dont nous établirons la présence entre ces deux dépôts. Quant au système diestien, M. Dewalque y fait entrer avec raison les sables ferrugineux de Diest, Hasselt, Louvain, etc., les sédiments glau- conifères coquillers des environs d'Anvers, ainsi que la zone d'Edeghem. La question de savoir si les sables noirs diestiens doivent se rapporter à la période pliocène ou à la période miocène a déjà été l'objet de nom- breuses discussions, non seulement ici, mais encore à l'étranger. 104 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Quant à nous, nous nous rallions complètement à la manière de voir, de Dûment et de M. le professeur Dewalque et qui est aussi celle de la plupart des géolog-ues anglais, de M, Prestwich, entre autres, le savant auteur du remarquable mémoire récemment publié sur le crag anglais. En dehors même de l'étude stratigrapliique des dépôts d'Anvers, nous avons signalé tantôt la base rationnelle sur laquelle nous croyons pouvoir fonder la séparation entre le miocène et le pliocène dans le grand bassin tertiaire du nord-ouest de l'Europe. Ces grands mouvements dans la disposition relative des continents et des mers, mouvements dont les preuves se retrouvent dans l'extension successive de dépôts d'âges différents suivant certaines directions bien déterminées, ont une importance de premier ordre. Les dénudations locales, les ravinements, etc., n'en sont que les conséquences secondaires, ainsi du reste que les modifications fauniques produites le plus souvent parles changements de profondeur, de climat, etc., qui sont la suite de ces oscillations. Selon que celles-ci se sont faites plus ou moins lentement, les faunes se seront aussi plus ou moins rapidement modifiées ; elles peuvent même se trouver subitement remplacées par des éléments nouveaux si les con- ditions bathymétriques viennent à changer complètement. D'autre part, on comprendra aisément que, dans certaines circon- stances, qui paraissent précisément s'être présentées dans la partie orien- tale du bassin tertiaire du nord-ouest de l'Europe, les modifications fau- niques ne peuvent s'opérer que peu à peu et longtemps après que la modification géologique ou stratigrapliique a commencé à faire sentir ses effets et aura indiqué, par conséquent, le commencement d'une période ou ère nouvelle. Le caractère paléontologique a, du reste, beaucoup moins de fixité dans ses rapports avec la distinction des horizons et des niveaux géologiques, qu'on semble généralement l'admettre. Il est vrai que lorsque l'on tiendra mieux compte de l'influence qu'il faut attribuer à l'étude de la signification bathymétrique des dépôts, beaucoup d'incon- vénients qui résultent actuellement de l'emploi trop exclusif du caractère paléontologique viendront à disparaître. On ne saurait trop insister sur l'utilité qu'il y aurait à connaître et à distinguer les divers faciès que revêt la faune d'un même horizon géolo- gique suivant que les dépôts sont littoraux, de profondeur moyenne ou de grand fond, et personne ne pourrait nier le puissant intérêt qu'il y aurait dans l'application de ces données à la reconnaissance de la confi- guration générale d'un bassin géologique et des oscillations des mers. MEMOIRES 105 Pour en revenir aux inconvénients de l'emploi trop exclusif du carac- tère paléontologique, il sera bon de faire remarquer aussi que les ana- logies comme les différences qui résultent de la comparaison des éléments qui constituent les faunes, c'est à dire des listes des fossiles recueillis, ne peuvent évidemment être acceptées que sous certaines réserves par le fait même de la variation de ces éléments. Les listes varient et se modifient d'année en année, suivant les progrès de nos explorations. D'autre part, la proportion ou « pourcentage » des espèces encore vivantes, proportion sur laquelle sont fondées, on le sait, les divisions : éocène, miocène et pliocène, s'est augmentée assez sensiblement depuis quelques années, c'est à dire depuis que les explorations et les dragages exécutés dans les grandes profondeurs des mers ont mis au jour une quantité de formes qui se retrouvent dans les couches tertiaires et que l'on croyait éteintes. Il est à remarquer que ces modifications dans les rapports fauniques ci-dessus signalés tendent invariablement à faire remonter dans la série tertiaire bien des couches que l'on croyait autrefois nettement caractérisées par une proportion d'espèces vivantes, qui s'est augmentée depuis lors. D'autres causes encore, relatives aux progrès de la classification et aux modifications de la nomenclature, causes auxquelles il sera fait allusion dans la deuxième partie de ce travail, concourent de leur côté à modifier également cette proportion. Or, il en est tout autrement au point de vue purement géologique. Rien ne peut, après coup, venir modifier la signification et la valeur d'une démarcation stratigraphique bien établie, comme celle qui sépare nos dépôts « diestiens » des couches tertiaires plus inférieures. En commençant ce travail, nous avons déjà attiré l'attention sur la lacune considérable qui existe en ce point de notre série tertiaire. M. le professeur Dewalque l'a signalée en 1868 dans son Prodrome, d'après Dumont. Comme c'est là un fait capital, nous ne croyons pas inutile de rappeler ici les considérations si claires et si convaincantes émises par M. Dewalque en réponse à une demande qui lui avait été faite au sujet de la position du système diestien dans la série tertiaire. « M. Dewalque, dit le procès-verbal de la séance du 7 juin 1874 de la Société Malacologique, considère le diestien comme pliocène. Si les paléontologues trouvent que certaines analogies de faune doivent rap- procher cette formation d'autres que l'on considère habituellement comme miocènes, il faudra au préalable rechercher si ces dernières appartiennent réellement à la période à laquelle on les rapporte. « Pour résoudre cette question, M. Dewalque s'attacherait surtout aux J06 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE considérations stratigraphiques. La formation pliocène est séparée de celle qui la précède par d'importants phénomènes physiques, discor- dances, débordements, ravinements, etc., qui impliquent un changement considérable dans le régime des mers et que l'on rattache souvent au soulèvement des Alpes occidentales. Pour ce qui concerne la Belgique, nous voyons les formations antérieures se suivre régulièrement en indi- quant une ligne de côtes dirigée à peu près O.-N.-O. E.-S.-E. Pour le système diestien la direction du rivage est tout autre, à peuprès O.-S.-O. E.-N.-E., comme la côte actuelle, et ce grand changement de direction est accompagné du ravinement et de la destruction des sables boldériens, puis de l'argile de Boom, etc., en même temps que la base de la forma- tion est marquée par un dépôt plus ou moins puissant de galets ou de gravier, suivant son éloignement du rivage. C'est là incontestable- ment, comme l'a dit Dumont, l'interruption physique la plus marquée qui s'observe dans notre terrain tertiaire, et il est beaucoup plus natu- rel de la rapporter à la séparation du miocène et du pliocène qu'à celle de l'oligocène supérieur et du miocène proprement dit. » Dans un rapport présenté en 1874 à la Société Malacologique de Bel- gique, relativement à une excursion au Bolderberg, ^ nous avons exposé les raisons d'après lesquelles il y a lieu de considérer comme un dépôt de dunes terminant la série oligocène, les sables boldériens, les seuls dépôts inférieurs aux sables d'Anvers qu'en Belgique on aurait pu rapporter au miocène proprement dit (miocène supérieur de certains géologues). Les sables boldériens constituent, d'après nous, un faciès littoral ou, pour mieux préciser, un dépôt de dunes du même horizon que les argiles oligocènes, connues sous le nom d'argiles de Boom, qui se sont dépo- sées dans des eaux assez profondes. Ces sables marquent la fin du dépôt oligocène, ou plutôt la période d'exhaussement qui, le faisant cesser, a donné lieu à la lacune continen- tale miocène signalée précédemment -. Or, les sables boldériens se trouvant à la base des sables diestiens ou inférieurs d'Anvers, il en résulte que les dépôts diestiens ou pliocènes reposent directement et partout sur la surface irrégulièrement dénudée des sédiments oligocènes. 1 E. Vanden Broeck. Rapport sur une excursion faite le 16 juillet 1874 au Bolderberg, près de Hasselt. (Annales de la Société Malacologique de Belgique, tome IX, 1874. Bul- etins, p. CXLI à CLXXX.) 2 Si cette opinion, qui est aussi celle de MM. Ortlieb etDollfus, n'est pas encore partagée par tous les géologues, relativement au mode de formation du dépôt boldérien, il n'en est pas moins parfaitement reconnu par tous que le sable boldérien se rattache à la série oli- gocène. MÉMOIRES 107 Il en résulte aussi que la période miocène proprement dite est donc complètement absente en Belgique, ce qui donne à l'interruption de sédi- mentation signalée par M. Dewalque une importance plus grande encore qu'il ne résulterait des termes de la note citée plus haut. Pour en revenir à l'historique des travaux publiés sur les couches d'Anvers, on constate avec satisfaction que depuis quelque temps l'étude de ces formations semble attirer de plus en plus l'attention des travailleurs. Le remarquable travail de M. J. Prestwich ^ sur la structure des cou- ches du crag de Norfolk et de Suffolk, publié en 1871, dans le Quarterly Journal de la Société géologique de Londres, a contribué pour une large part à attirer l'attention des géologues sur l'étude si intéressante des dépôts pliocènes et, en particulier, sur ceux d'Anvers, qui présentent avec ceux du bassin anglais des affinités si étroites. Nous pouvions d'autant moins passer sous silence le mémoire de M. Prestwich dans la revue qui nous occupe en ce moment, que l'auteur entre à plusieurs reprises dans quelques détails sur la comparaison des couches qu'il a étudiées, avec celles du bassin d'Anvers et fait connaître, dans les tableaux qui accom- pagnent son travail, les fossiles communs à diverses couches des deux bassins. Dans l'article Géologie de Patria Belgica\ M. Mourlon comprend sous le nom de système diestien la plupart des dépôts qui doivent réellement s'y rapporter; il indique aussi vers le nord-ouest quelques dépôts fossi- lifères qui s'y rattachent à l'étranger, de même qu'il reconnaît jusqu'en France et en Angleterre la continuation du dépôt graveleux non fossili- fère, qui forme, comme nous le verrons, un autre faciès de ce système. Toutefois, M. Mourlon continue à placer le diestien dans le miocène; ce que nous ne pouvons admettre, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Quant au scaldisien, l'auteur, sans y reconnaître nettement deux zones distinctes, signale, avec quelques détails sur leur faune, les sables jaunâ- tres tantôt argileux, comme à Deurne, tantôt sableux, comme à Austru- weel, ainsi que les sables gris mour)ants à bryozoaires, découverts en 1861 par M. Nyst. Quoiqu'il semble plutôt porté à considérer cette dernière zone comme accidentelle, et elle est en effet fort peu développée aux envi- rons d'Anvers, il reconnaît « que cette zone rappelle entièrement certaines « couches du crag corallin de Suffolk, en Angleterre, de même que nos « sables jaunes rougeâtres correspondent au crag rouge. » 1 On the structure ofthe Crag becls of Norfolk and Suffolk, by J. Prestwich. (Quar- terly Journal ofthe Geological Society, vol. XXVII, 1871, p. 115, 325 and 452.) ' Patria Belgica. Encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connais- sances relatives à la Belgique, etc., publiée sous la direction d'Eugène Van Bemmel. Bruxelles, 1873-1875. Article : Géologie, par Michel Mourlon, t. I, p. 95 à 192. 108 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Tout récemment enfin, au Congrès tenu en août 1874 à Lille, par l'Association française pour l'avancement des sciences, M. Mourlon a fait une communication sur les terrains tertiaires, quaternaires et modernes des environs d'Anvers. Ne connaissant jusqu'à présent ce travail que par un résumé publié dans la Revue scientifique \ nous ne pouvons guère en parler sinon pour constater que les nouvelles observations de M. Mourlon le portent tou- jours à placer la limite inférieure du pliocène immédiatement sous les couches scaldisiennes, c'est à dire sous celles qui ont été désignées sous les noms de crag gris et de crag jaune. Toutefois, nous nous hâterons d'ajouter que parmi les diverses raisons exposées dans le résumé de la Revue, il n'en est aucune qui nous semble de nature à fortifier davantage cette opinion. Les bulletins de la Société Malacologique de l'année 1874 contiennent de longues et intéressantes dissertations sur le classement de certaines couches et sur des questions de gisement du plus grand intérêt. Le cadre de ce travail nous empêche de nous étendre plus longuement sur ces divers travaux ; nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux notices publiées par MM. Cogels et Mourlon de janvier à mai 1874^, ainsi qu'à la com- munication sommaire que nous avons lue à la séance de juin de la même année, sur les rapports qui existent entre les divers niveaux des sables d'Anvers et la faune des Foraminifères observés dans chacun d'eux ^. Nous avons encore à signaler dans les mémoires de la Société Mala- 1 La Revue scientifique de la France et de l'étranger, 2* série, 4« année, n" 17, 2 janvier 1875. Compte rendu du Congres tenu à Lille par l'Association française pour l'avance- ment des sciences. Séance du 27 août 1874. 2 M. Mourlon. La zone des sables d'Edeghem, à Anvers. Annales de la Société Mala- cologique de Belgique, tome VIII, IS73. Bulletins, p. CXXVIII à CXXX. P. Cogels. Note sur un gisement de Terebratules aux environs d'Anvers et observa- tions de M. Mourlon à ce sujet. Ann. Soc. Malac. Bel., t. IX, 1874. Bulletins p. XX à XXIV. p. Cogels. Seconde note sur le gisement delà Terebratula grandis, id., id., p. XXXVIII à XLV. Communications de MM. Mourlon et Vanden Broeck sur le même sujet, p. XLV à LU. M. Mourlon. Nouvelles observations au sujet de nos couches tertiaires à Terebratula grandis, id., id., p. LV à LVIII. P. Cogels. Nouvelle note sur le gisement de la Terebratula grandis, id., id., p. LXVII à LXXXIV. P. Cogels. Note sur un gisement d'Ostrea cochlcar aux environs d'Anvers, id., id., p. XCVI à XCIX. G. Dewalque, E. Vanden Broeck et P. Cogels. Considérations sur la question de savoir si le Diestien doit être considéré ou tion comme pliocène, id., id., p. CVIl à CXII. 3 E. Vanden Broeck. Considérations sur les Foraminifères des sables d'Anvers. Ann. Soc. Malac. de Belg., t. IX, 1874, p. CVIII à CX. MEMOIRES 109 cologique ^ un fort bon et très consciencieux travail qui vient d'être pré- senté par notre collègue M. Cogels et intitulé : Observations géologiques et j)aléontologiques sur les différents déjMs rencontrés à AnMrs lors du creusement des nouveaux bassins. L'auteur fait connaître le contact entre les systèmes diestien et scaldi- sien et décrit une zone scaldisienne fort intéressante et presque complè- tement inconnue auparavant. Il la désigne sous le nom de sables à Isocardia cor, du nom du fossile caractéristique et particulier à ces couches. Cette première zone scaldisienne est nettement séparée par l'auteur des sables supérieurs, qui correspondent partiellement à ce que l'on appelle ordinairement crag jaune, et que M. Cogels désigne sous le nom de sables à Troplion antiquum. Pour ne rien oublier d'important dans cette rapide revue, nous rappel- lerons la traduction que vient de faire M. jSIourlon du remarquable travail de Prestwicb sur la structure des couclies du crag de Norfolk et de Suffolk. Cette traduction, qui, tout récemment a été publiée par la Société Mala- cologique, aura, espérons-nous, une heureuse influence en vulgarisant parmi nous la connaissance de dépôts remarquablement identiques à ceux d'Anvers et qui se sont formés à peu près à la même époque et dans les mêmes conditions. 1 Paul Cogels. Observations géologiques et paléontologiques sur les différents dépôts rencontrés A Anvers lors du creusement des nouveaux bassins. (Annales de la Société Malacologique de Belgique, tome IX, 1874, p. 7 à 32.) CHAPITRE II Description des couches pliocènes des environs d'Anvers. Nous avons exposé précédemment les raisons qui nous ont engagé à donner dans ce travail quelques renseignements sur la composition et sur la succession des couches qui représentent la période pliocène aux envi- rons d'Anvers. Toutefois, on ne doit pas s'attendre à trouver ici la des- cription complète et détaillée de chacun de ces dépôts, car on se rappel- lera que le travail que nous présentons est destiné à être repris et complété plus tard, lorsque les progrès de la géologie auront permis d'élucider les points encore douteux que nous ne pouvons qu'effleurer aujourd'hui. Par ce qui précède, on a déjà pu voir que la série des couches pliocènes qui surmontent l'argile oligocène rupélienne aux environs d'Anvers, a été divisée en deux groupes ou étages, dont l'inférieur a reçu le nom de système diestien et le supérieur celui de système scaldisien. Tous les dépôts qui concourent à former la série inférieure ou dies- tienne sont plus ou moins uniformes ou, tout au moins, ne paraissent pas assez variés dans leur faune et dans leurs caractères minéralogiques pour que l'on puisse établir dans ce système des divisions de réelle importance. Aussi, réunirons-nous tous ces dépôts de la série inférieure sous une même dénomination et, plutôt que d'employer l'une ou l'autre de celles qui ont été proposées et qui s'appliquent plus particulièrement à certaines couches, nous désignerons l'ensemble de ces dépôts sous la dénomination générale de sables inférieurs d'Anvers. Dans les sédiments qui se présentent au dessus, on a distingué deux étages, désignés sous les noms de crag gris et crag jaune. Partant de ce principe, qu'il faut autant que possible éviter les noms rappelant la coloration des sables — ce qui, dans les couches tertiaires surtout, n'a le plus souvent aucune espèce de signification — nous propo- sons de désigner sous les noms de sables moyens d'Anvers et sables supé- rieurs d'Anvers, certains horizons qui correspondent plus ou moins aux deux dépôts ci-dessus indiqués. 112 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Ce n'est certes pas le puéril désir d'innover qui nous a engagé à rem- placer des dénominations généralement admises, par celles que nous pro- posons ici. Est-ce môme bien une innovation? puisque Sir Charles Lyell lui-même désignait les trois horizons des sables d'Anvers sous les noms de crag supérieur, crag moyen et crag 2'??/(^r2ewr, concurremment, il est vrai, avec ceux de crag jaune, crag gris et crag noir. Quoi qu'il en soit, nous croyons qu'il y aura tout avantage à l'emploi des désignations ici proposées. La dénomination de système diestien, habituellement employée pour les sables inférieurs d'Anvers et en opposition avec celle de système scaldi- sien pour le reste de la série, implique à jJriori une séparation bien tran- chée entre ces deux groupes, tandis que l'emploi de la seconde dénomina- tion tend, d'autre part, à faire admettre une liaison fort intime entre les couches comprises dans le groupe supérieur. Or, c'est précisément le contraire qui se présente, car non seulement nous sommes arrivé, par suite de nos recherches, à reconnaître que les sables d'Anvers sont nettement séparables en trois horizons bien définis, mais encore à montrer que, au point de vue stratigraphique et paléontolo- gique, il y a une démarcation plus tranchée entre les deux termes supé- rieurs de la série qu'entre les deux termes inférieurs, comme on l'avait toujours cru jusqu'aujourd'hui. S'il était réellement nécessaire de grouper les trois horizons d'Anvers en deux systèmes distincts, il y aurait, on le verra plus loin, des raisons mieux fondées et bien plus sérieuses pour réunir en un seul groupe les sables moyens et les sables inférieurs d'Anvers que pour réunir dans un même système les sables moyens et les sables supérieurs. On se trou- verait ainsi forcé de rapporter également au système diestien les sables moyens, tandis que seuls, les sables supérieurs constitueraient le système scaldisien. Les désignations ici proposées, tout en rendant exactement compte des relations générales de ces trois horizons bien définis, offrent l'avantage de ne préjuger en rien de la réunion de deux d'entre eux en un même groupe. Il sera bon aussi de faire remarquer que le mot diestien présente d'autre part, cet inconvénient de ne pas offrir de signification nette et précise par suite des interprétations différentes et plus ou moins étendues qui lui ont été données par les divers auteurs qui l'ont employé. Si nous avions conservé le terme : diestien, nous n'aurions pu le faire qu'en étendant également cette dénomination à d'autres couches (les sables moyens) jusqu'ici généralement rapportées au scaldisien; et de toutes ces modifications, dans le sens à attribuer à certains termes, il serait MEMOIRES 113 résulté à tout instant des erreurs et des malentendus, que l'emploi des dénominations ici proposées peut seul complètement éviter. Quant aux termes : sables moyens et sahles supérieurs d'Anvers, ils sont, pour le même motif, de beaucoup préférables à ceux de crag gris et crag jaune, et ont l'avantag-e de laisser entièrement de côté la question de la coloration des sédiments, source de tant d'erreurs. Les sables inférieurs d'Anvers. Système diestien : Dumonl('1839); Dujardin (4862); Dewalque(i868). Crag inférieur ou crag noir : Lyell (1852) ; Dewael (4853). Sahles diestiens : Dewalquc(4868); Mourlon (4873); Cogels (4874). Sables noirs d'Anvers et d'Edeghem : d'Omalius d'Halloy (4862). Ce sont des sables habituellement noirs ou grisâtres, parfois verdâtres, très glauconifères, que l'on observe bien développés sur la rive droite de l'Escaut et surtout vers le sud-est du golfe pliocène au milieu duquel s'élève la ville d'Anvers. Par suite de travaux militaires exécutés en vue de la défense de la ville, ces sables s'observent en de nombreux points où les tranchées et les fossés les ont mis à découvert. Les glacis du fort d'Herenthals, souvent cités dans les auteurs, n'existent plus aujourd'hui; mais on peut encore mentionner comme localités favorables : la capon- nière du Kiel, les fossés des portes de Borsbeek et de Berchem, les envi- rons d'Edeghem, de Merxem, Berchem, Borgerhout, Deurne, etc. L'épaisseur de ces sables est généralement très variable ; toutefois elle paraît rarement avoir dépassé une dizaine de mètres. Certains sondages de M. Van Ertborn, aux environs d'Anvers, sembleraient cependant indiquer une puissance à peu près double. Mais c'est un point qui demande vérification. Ces sables renferment une faune très intéressante et des plus riches. L'absence de galets, de graviers (sauf vers le haut dans les sables) ou de tout autre indice de remaniement d'une part, et, de l'autre, la fraîcheur et la parfaite conservation des coquilles que contiennent ces sables, annon- cent une sédimentation non interrompue, s' opérant dans une eau tran- quille et de faible profondeur, que le faciès de la faune indique avoir été de 30 à 60 mètres environ. D'après une opinion généralement acceptée, les sables inférieurs ou diestiens seraient d'une époque sensiblement plus reculée que les dépôts qui les recouvrent. Plusieurs géologues vont même jusqu'à rapporter ces dépôts diestiens à la période miocène, tandis que les sables qui les surmontent ont toujours été reconnus comme appartenant à la période pliocène. 114 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Les découvertes paléontologiques faites au gîte d'Edeghem — horizon quelque peu plus ancien que celui des « sables noirs » d'Anvers — sem- blèrent d'abord appuyer cette manière de voir. Mais, comme nous l'avons exposé tantôt, l'étude stratig-raphique des couches apporta bientôt de nouvelles lumières et actuellement on est généralement d'accord pour considérer toute la série des sables d'Anvers comme appartenu it à la période pliocène. C'est cette manière de voir que nous adoptons fit aux raisons dont il a été question précédemment nous ajouterons d autres preuves, tout en constatant certains rapports paléontologiques qui vien- dront confirmer cette appréciation. Il ne sera pas inutile de faire remarquer que le D' Reuss^ qui, avant nous, a déjà étudié la faune microscopique des sables inférieurs d'Anvers, et précisément des couches lesplus anciennes (celle d'Edeghem), a reconnu, sans la moindre hésitation, la nature franchement pliocène de cette faune. Nous établissons trois divisions ou zones dans les sables inférieurs d'Anvers : la zone des sables à Panopœa MenarcU, bien développée à Edeghem et représentée au Kiel et aux environs, près d'Anvers ; la zone des sables à Pectunculus pilosîcs, qui correspond aux dépôts autrefois désignés sous le nom de sables noirs ou sables glauconifères d'Anvers, et enfin la zone dite des sables verts, qui surmonte presque partout la der- nière aux environs d'Anvers et à laquelle nous rapportons également le dépôt des sables ferrugineux diestiens ou sables de Diest, qui entoure le golfe pliocène d'x\nvers. Les sables à Panopœa Menardi. Sables noirs d'Edeghem : Nyst (1802); d'Omalius (1862); Dcwalque (1868). Sables d'Edeghem : Lycll (1864); Mourlon (1873). L'horizon le plus ancien des sables inférieurs d'Anvers est celui d'Ede- ghem, où la zone à Panopées se trouve bien développée. Le nom de « sables d'Edeghem » qui lui avait été donné ne pouvait convenir, puisque tout récemment on vient de découvrir à Anvers même un dépôt entièrement identique à celui d'Edeghem et appartenant au même horizon. Nous proposons pour les dépôts similaires d'Edeghem et d'Anvers 1« nom de sables à Panopœa Menardi, à cause de la présence abondante, 1 D"' A.-E. Reups. Beitrâge zur Kenntniss der tertiâren Foraminiferen-Fauna. Die Foraminiferen des Crag's von Antwerpen. Sitzungsb. K. K. Akademie d. Wissen- schaften Wien. XLII Bd. 1860. n» 24, p. 335-370, tafln. I, und II. D'A.-E. Reuss. Les Foraminifères du crag d'Anvers (Bull. Acad. roy. Belg., 2^ série, t. XV, 18G3, no 1, p. 137 à 162, pi. I à III.) MÉMOIRES 115 dans l'un comme dans l'autre, de cette belle espèce, facilement reconnais- sable. Ce fossile n'est cependant pas précisément spécial à ces dépôts; il se retrouve aussi dans la zone à Pectunculus pilosus, mais il y est toujours extrêmement rare. Les 152 espèces de fossiles signalées à Edeghem, par M. Nyst, en 1861, avaient été recueillies lors du creusement du sol pour l'établissement d'une briqueterie. Ce gîte n'existant plus aujourd'hui, nous n'aurions pu nous procurer les matériaux nécessaires à l'étude de la faune de cette zone intéressante si , grâce à l'obligeance de MM. Dupont et Nyst, nous n'avions pu examiner une certaine quantité du sable accompagnant les fossiles d'Edegbem, dans les collections du Musée de Bruxelles. Notre intention étant de présenter dans ce travail le tableau complet de l'état actuel des connaissances sur les sables d'Anvers, nous ne pou- vons laisser de côté les renseignements que nous procurent les riches matériaux de la faune malacologique de ces dépôts. Reprenant les listes publiées jusqu'à ce jour pour les divers étages de ces sables, nous les avons soigneusement triées, pour ne tenir compte, dans ce travail, que des listes qui offrent toute garantie relativement à la détermination et à l'origine des espèces citées. Les listes des coquilles recueillies dans les sables inférieurs d'Anvers et d'Edeghem, listes dressées en 1868 par M. Nyst dans le Prodrome de M. le professeur Dewalque, peuvent être maintenues et considérées comme exactes dans leur ensemble, parce que, correspondant à deux zones bien distinctes, absolument exemptes de remaniement et situées dans des localités différentes, elles ne peuvent donner lieu à confusion. On trouvera donc ci-dessous, reproduite d'après les listes du Prodrome, l'énumération des fossiles recueillis à Edeghem par M. Nyst, énumération basée sur les résultats exposés dans sa Notice sur un nouveau gîte de fossiles, etc., découvert à Edeglieni, p'ès d'Anvers, publiée en 1862. Mais au lieu de reproduire simplement la liste telle qu'elle a été publiée, nous avons cru utile d'y introduire certaines modifications et dilj joindre divers renseignements supplémentaires. Ainsi, nous avons tenu compte d'un grand nombre d'indications nouvelles, récemment publiées par M. S. Wood sur la distribution des fossiles dans le Crag anglais. Nous avons également mis au niveau des progrès de la science, les indications relatives à la faune des mers actuelles. Des trois zones que nous avons établies dans les sables inférieurs d'x\nvers, il n'en est que deux, celle des sables à Panopées et celle des sables à Pétoncles, qui contiennent une faune riche et variée, ou ce sont du moins les deux seules dont la faune nous soit bien connue. Afin de faire mieux saisir les rapports comme les différences qui s'observent 3 116 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE entre ces dépôts, nous avons disposé la liste des fossiles des sables à Panopées en deux groupes distincts. Dans le premier, nous avons réuni toutes les espèces qui, dans l'état actuel de nos connaissances, ne parais- sent représentées que dans ce seul dépôt des sables inférieurs, c'est à dire qui ne se retrouvent pas dans la zone des sables à Pétoncles. Dans le second groupe, nous avons, au contraire, réuni les espèces commu. es aux deux dépôts : sables à Pétoncles et sables à Panopées. La rareté ou bien l'abondance de chaque espèce se trouve indiquée dans la première colonne, qui suit l'énumération des espèces. Nous avons cru devoir indiquer ces renseignements d'une manière plus accentuée encore au point de vue graphique, en employant des caractères plus forts pour désigner les espèces les plus répandues dans le dépôt. Nous pensons que cette disposition a l'avantage de mieux identifier le lecteur avec le véri- table faciès de la faune ; car la grande abondance de certaines formes bien déterminées a toujours plus d'importance, au point de vue faunique, que la présence d'un certain nombre d'espèces rares ou douteuses. Afin de montrer les liens étroits qui rattachent la faune des sables infé- rieurs d'Anvers à celle des autres dépôts pliocènes de la région environ- nante, nous avons indiqué, par la lettre S, dans la deuxième colonne, les espèces qui se retrouvent à Anvers au dessus des sables inférieurs, c'est à dire dans le « Scaldisien » des auteurs. Les lettres C et R de la troisième colonne indiquent les espèces qui s'observent dans le pliocène anglais et signifient respectivement : crag corallin et crag rouge. Enfin, dans la quatrième colonne, se trouvent indiquées, au moyen de la lettre A, les espèces qui se retrouvent encore vivantes dans les mers actuelles. Nous ferons remarquer que ces divers renseignements sont beaucoup plus complets et plus exacts que ceux qui ont été précédemment publiés. Les données que renferment nos listes résultent de recherches nombreuses et patientes dans les listes de M. Nyst, dans le Prodrome de M. Dewalque, dans les mémoires les plus récents de MM. Wood et Prestwich sur le crag anglais, dans les catalogues de mollusques vivants de Weinkauff, de Petit de la Saussaye, et de l'examen de diverses autres listes. Pour établir la proportion des espèces encore vivantes, nous avons tenu compte des résultats nouveaux, qu'ont procurés les dragages opérés récemment dans les régions profondes de la mer. Nous avons consulté les diverses listes publiées depuis peu à ce sujet. Les dénominations employées dans nos listes sont généralement celles qui sont familières aux naturalistes belges et usitées par eux, d'après l'autorité de M. H. Nyst. Les beaux travaux de MM. Wood et Prestwich, tout en nous permet- tant de reconnaître les nombreuses analogies qui existent entre la faune MEMOIRES. 117 du crag anglais et celle des sables d'Anvers, nous montrent aussi que les mêmes espèces portent très fréquemment des noms différents, suivant qu'elles se trouvent signalées ou décrites par les naturalistes de l'un ou de l'autre des deux pays. Ces différences résultent de certaines divergences dans l'application des lois de la priorité et de celles qui existent entre les systèmes de nomenclature, de classification, etc., employés de part et d'autre. Désirant rendre nos listes aussi claires et aussi pratiques que possible, nous avons indiqué, en regard des dénominations adoptées en Belgique, les noms employés par les naturalistes anglais ; noms que l'on trouvera indiqués entre parenthèses à côté des premiers. Non seulement nous avons soigneusement compulsé les indications et les synonymies contenues dans les mémoires de MM. Prestwich. et Wood (y compris les suppléments du Gmg Mollusca), mais nous avons voulu obtenir une certitude absolue sur tous les points douteux. L'obligeance de M. Gwyn Jeffreys nous a permis d'arriver à ce résultat. Ce savant spécialiste a bien voulu se charger de revoir nos listes et il nous a communiqué de nombreuses observations et d'intéressants rensei- gnements, qui leur donnent une valeur toute particulière. Il importe de noter que c'est avec l'assentim^t de M. Nyst que nous avons directement introduit dans les listes un certain nombre de modi- fications proposées par M. Gwyn Jeffreys, et dans ce cas l'on trouvera également indiquées entre parenthèses les dénominations précédemment employées par M. Nyst. Les noms indiqués entre parenthèses dans nos listes n'ont donc pas de signification spéciale ou fixe. Ce sont des points de repère, uniquement destinés à éviter des recherches toujours longues et difficiles, et permet- tant aux naturalistes anglais, aussi bien qu'à ceux du continent, de reconnaître, avec toute la précision désirable, les diverses espèces que nous avons voulu désigner. Réservant pour plus tard l'examen des résultats fournis par cette liste, nous nous contenterons de faire remarquer qu'un minimum de 44 p. c. d'espèces vivantes s'observe dans l'énumération ci-dessous, proportion qui s'élève même à 51 p. c. dans la zone des sables à Pétoncles; cela revient, comme on le verra, à attribuer une proportion de 47 p. c. d'espèces vivantes à l'ensemble de la faune des sables inférieurs d'Anvers. Ce rapport, établissant nettement la position de ceux-ci à la base du vieux pliocène, vient entièrement corroborer l'opinion précédemment exprimée à ce sujet par Dumont, Dewalque, Prestwich, Godwin-Austen, etc., opinion que nous défendons également dans le présent travail. 118 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE LISTE DES MOLLUSQUES OBSERVÉS A EDEGHEM DANS LES SABLES A PANOPMA MENARDJ I. Espèces des sables à Panop^a Menardi, ne s' observant pas dans les sables à Pectunculus pilosus. ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES. •a -a ■9.P : 6 og £3 Murex lalilabris? £e// efj)/îc/i ....... » Nysti, Bosq » scalariformis, Nyst Typliis horridus, Broc Cancellaria canaliculata, Homes » Nysli, Homes » suturalis, Grat » uniangulala, Desh Fusus Beyridii, Nyst » crassilabris, Nyst » Rothi, Beyr Terebra Basteroti, Nyst Nassa polygona, £roc Cassis diadema ? Grat » Hennei, Nyst » Saburon, Brug. (Bast.) Oliva flanimulata, Lm Conus Dujardini, Besh Pleurotoma Desmoulinsi? 5e// . . . . . » inlermedia, Bronii » coronata, v. Munst » intermpta, Broc » obeliscus, Desm » porrecta Wood (PI. inermis, Partsch.) . » peracuta, v. Koen » stricta, Nyst. » subdiscors? (TOrh » subterebralis, Bell » Suessi, Homes » Udekemi, Nyst. , » Uyllerhoeveni, Nyst Borsonia uniplicata, Nyst Mitra acicula, Nyst » fusifonnia, Broc » cupressina, Broc Cyprœa Pyrum, Gmel Erato Irevis, Don Turbonilla nilidissima, itfon^ (G: Chemnitzia). . » similis, Wood (G: Chemnitzia). » unica? Mont. (Chemnitzia perexilis, Wood.) Eulima Eichwaldi, Horn r r ce r r F c r c r r r rr ce c r r r r c r r ce r r r ce e r r r r r r r r r r r e r c r r r r r r r r CR C C C MEMOIRES. 119 ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES. Mathilda quadricarinata, Broc Chenopus pes-pelecani, L. (G : Aporrhaïs) Vermetus arenarius, Linn Siphonium ingens, /. Colheau Litiopa papillosa ? IVood Scalaria lanceolata, Broc » torulosa, Broc. . » Weyersii, /. Colbeau Rissoa concinna, Wood Turbo carinatus, Bors Trochus millcgranus, Phil Adeorbis pulchralis? Wood » Woodi, Homes . . . Emarginula grata, Nyst. . M fissura, L. Crepidula unguiformis, Lm Dentalium gadus, Mont Simnia Nicseensis, Risso Vaginella depressa, Daudin . . . Pholadidea papyracea. Turt. (Soiv.) Solecurtus strigilatus, L Saxicava rugosa, L. Venus Chione, L. (G : Cytherea) » rudis. Poli. (G. cycladiformis, Nyst) Kellia elliptica, Phil. (G : Scacchia) » suborbicularis, Mont Cardium hians, Bivc » nodosum, Turt. [Mont.) •. Cyprina Islandica, L » rustica, Sow. Isocardia harpa, Gold Lucina Drouetti, Nyst Axinus sinuosus, Don. (A : flexuosus, Mont.) (G : Lucina) . Lucina tr ans ver sa, Bronn Astarte mutabilis, Wood « parva, Wood. (A. Forbesi, Wood) Arca latesulcata, Nyst Pectunculus arcuatus? «Sc/i/o^ Leda excisa, Phill Crenella Koeneni, Nyst. (Modiolacostulata, Risso) (G : Modiolaria) » marmorata, i^orftes. (G: Modiola) ( G: Modiolaria) . Avicula phalaenacea, Bast. (A. Tarentina, Lm. A. phalœnoïdes Wood) Pecten lineatus, Da Costa (var. de P. opercularis, L.) . . » benedictus? Lm. » pusio, L Ostrea edulis, L r r ce r r r c c r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r c r r c c r r r r r r r r c r r ; r i CR C CR C CR C CR? CR CR CR C CR CR? CR CR CR CR C CR CR CR CR A A A A A A A A A A A A A A 120 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE IL Espèces des sables à Panop^a Menardi, s' observant égalernent dans les sables à Pectunculus pilosus. ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES. w Typhis fislulosus, Broc Triton Tarbellianum, Gral Canccllaria Bellardi, Mich » ampullacea, Broc » Michelini, Bell M mitraïformis, Broc. ....... •>•> varicosa, Broc. (C. scalaroïdcs, Wood) . Fusus sexcostatus, Beijr Ficula condita, i?/w/.(7. (Pyrulareticulala,Z/?n.). Terebra acuminata, Bors Nassa flexuosa ? /?)'oc » scmislriata, Broc, var. labiosa, Soiv » incrassata, M'ùll Columbclla pulchra, Nijst Ancillaria obsoleta, Broc Pleurotoma turbida, Brander, var. ' » flexiplicata, Nyst » intorta, Broc » semimarginata, Nyst » turrifera, Nyst Voluta Bolli, Koch Cypr?ea Europsea, Mont Natica brevispira, 5o5^ » catena, Da Costa (N. helicina, Broc.) . » millepunctata, Lmk. (var. multipunctata, Wood) Sigarelus Aquensis, Rccl Pyramidella plicosa, Bronn. (P. lîçviuscula, Wood) . O'dostomia pellucida, Adams (0. decussata, Mont.) . » conoïdea, Broc. (0. plicata, ? Mont.) . Niso eburnea, Risso Turritella subangulata, Broc. (T. planispira, Wood) . » incrassata, Sow. (T. triplicata, Broc.) . Scalaria amœna, P/tî7 » frondicula, Wood » lamellosa, Broc. (var. fimbriosa, Wood) n pcrtusa, Nyst. (S. canccllata, Broc). Xcnophora Deshayesi, Mich Calyptrsea Sinensis, Z/. (C.Chinensis, Z/.). Dentalium costatum, Sow. (D. dentalis, L.). . » cntalis, L Tornatclla Levidcnsis, Wood. (G : Actœon) .... r r r r r r r r c ce c c r r c r r c c c c c c c r r r c c c r 1' r r r c r r r r r r c c c r r C C CR? C CR CR R R CR CR CR CR C CR CR? CR C C c CR CR C c 1 Ce fossile, généralement désigné sous le nom de Pleurotoma cataphracta, Broc, dans les listes d'Anvers, se rapporte réellement au Pleurotoma turbida, Brander. MEMOIRES. 121 ÉNUMËRATION DES ESPÈCES. ô« Tornaiella tornatilis? 2/. (G. Actseon) r Ringicula buccinea, Broc. (R. auriculata, Menard) .... r Scaphander lignarius, L. (G : Bulla) r Bulla acuminata, Brug. (G : Cylichna) c » cylindracca, P«f«. (G : Cylichna) r )) nitidula, Loven. (G : Cylichna) c « utriculus, Broc c Spirialis rostralis, Eycl. et Sonl. (G : Embolus) .... c Solen Rollei, i/or?tes. (Solen ensis. jL. var.) ...... c Panopsea Menardi, Desk ce Mactra triangula, i?cn. (M. subtruncata, ilfon^.) . . . . c Corbula striata, Walk. (C. Gibba, Olivi) ce Scrobieularia prismatica. (G : Abra) (G : Ligula) .... c » alba Wood. (G : Abra) (G : Ligula) . . . . r Tellina Benedeni Ntjst. var. fallax, Beyr r Saxicava arctica, L. (var. de S. rugosa, L.) ce » fragilis, Ntjst. (Panopaea plicata, Mont.) . . . c Venus multilamella, Lm ce » Nysti, d'Orb c Montacuta ferruginosa, Mont r Kellia pumila, Wood. (G : Las?ea) ......... r Cardium subturgidum, d^Orb .....ce Isocardia lunulata, Nijst ce Lucina borealis, L ce Diplodonta rotundata, ifb?i/. (D. lupinus, 5?'oc.) rr Astarte concentrica, Goldf. c » radiata, Nyst et West ce Cardita intermedia, Broc ce » orbicularis, Sow r Pcctunculus pilosus, L '. . r Limopsis anomala, Eichw. (L. pygmœa, Phil.) . . . . c M aurita, i?/'oc. (L. sublaevigata, iVî/sL) c Nucula Haesendoncki, Ahjst c » N. proxima, &Î/. (N. trigonula, Wood.) r Leda compressa, Gold r » pygmsea, v. Munst (L. tennis, Phil.) c » Wcstendorpi, Nyst. . r Pinna pectinata? L r Crenella sericea, i?/w»i. (G:Modiola) r Lima subauriculata, il/bnL. r Pectcn Duwelsi, Nyst r » elegans, Andr c » Lamalli, Nyst c » tigrinus, Mail ce » Woodi, Nyst c Ostrea cochlear, Poli r r Anomia cphippium, L. r CR CR C C CR CR G CR C CR CR C CR CR CR? CR CR CR C CR CR C G CR CR CR 122 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE A cette liste de mollusques nous ajouterons encore l'énumération de quelques autres fossiles , appartenant à diverses classes et qui ont également été rencontrés dans les sables h Panopœa Menardi d'Edeghem. Ce sont : parmi les Cirrhipèdes, les Éalanus siUcalinus Nyst (c) et tintinnahuluTii L. (r); parmi les Bryozoaires, le LumiUtes Androsaceus AIL (r); parmi les Annélides, le S'erpula tuhUana? Mont, (r) et le Spirorbis carinatus Mont. (r). Les Actinozoaires sont représentés parle Gyatldna firmaVhil. (r), le Flahellum appendiculatum Brong. (ce) et sa variété Waelii Nyst (r) et par le Balanophjllia prœlonga Edw. et H.(r). Toutes ces espèces ont été recueillies à Edeghem. Les Bryozoaires paraissent extrêmement rares dans les sables à Panopées et il est d'autant plus important de le faire remarquer, que, dans les pages 8 et 9 de la notice de M. Nyst sur la faune d'Edeghem^ une erreur d'impression, deux fois répétée, pourrait faire croire le contraire. Dans la phrase : « Les bryozoaires se trouvent aussi en très grande abondance dans ce gîte (Edeghem) » et dans une autre encore, qui suit celle-ci, le mot « bryozoaires » doit être remplacé, ainsi que nous l'a du reste con- firmé M. Nyst lui-même, par le mot « foraminifères » . D'après diverses indications qui nous ont été communiquées, il y a lieu de signaler la présence, dans les sables à Panopées d'Edeghem, de quelques débris de vertébrés marins; mais ils y sont fort rares. Les divers horizons des sables d'Anvers contiennent une assez grande quantité d'entomostracés, appartenant à des espèces nombreuses et variées. Ces dépouilles microscopiques n'ont pas encore été étudiées jusqu'ici, ou du moins ne l'ont pas été d'une manière approfondie. Une dizaine d'espèces au plus se trouvent signalées dans le Prodrome de M. Dewalque et encore plusieurs d'entre elles sont mentionnées comme douteuses. De plus, les indications de gisement sont incomplètes et n'oifrent aucune garantie. Ayant recueilli une certaine quantité d'entomostracés pendant nos recherches sur la faune microscopique d'Anvers, nous avons eu recours à l'obligeance d'un savant spécialiste, le D"" George S. Brady, de Sunder- land, qui a bien voulu se charger d'entreprendre l'étude de ces exem- plaires. M. Brady a également effectué des recherches dans un certain nombre d'échantillons de sables non triés, joints à notre envoi, et.il vient de nous communiquer, avec le résultat sommaire de ses investigations, la liste générale des entomostracés observés dans les sables d'Anvers. Qu'il nous soit permis d'exprimer à M. George Brady toute notre 1 Yoir la note 2 de la page 96. MÉMOIRES 123 reconnaissance, autant pour le gracieux empressement qu'il a mis à accéder à notre demande, que pour l'intérêt ajouté, par suite de sa coopé- ration, au présent travail. Les résultats de ces recherches, bien que ne pouvant encore être consi- dérés comme définitifs, à cause de la quantité, relativement minime, des matériaux soumis aux investigations de M. Brady, n'en sont pas moins fort intéressants. Ainsi, sur une cinquantaine d'espèces recueillies dans l'ensemble des sables d'Anvers, M. Brady a découvert une douzaine de formes nouvelles pour la science. Elles seront prochainement décrites et figurées dans un mémoire que notre savant correspondant se propose de publier et où se trouveront également exposées d'une façon détaillée des considérations qui ne peuvent prendre place ici. Nous eussions désiré établir une comparaison minutieuse entre la faune des divers niveaux ou horizons des sables d'Anvers et celle des entomostracés du crag anglais; mais, d'après l'avis de M. Brady, l'étude de ces derniers n'a pas encore été suffisamment approfondie pour donner suite à ce projet. On trouvera plus loin les diverses listes qui se rapportent aux niveaux que nous allons successivement passer en revue; pour le moment, nous nous bornerons à énumérer les espèces que M. Brady a observées dans les sables à Panopées d'Edeghem. Ce sont : Pontocypris faba, (Rems). Cytheridea Mulleri, Bosquet. Cythere Tarenlina, Baird. Loxoconcha latissiina, nov. sp. » latimarcjinata, Speyer. » variolaia, nov. sp. » maci'opora, Bosq. » Graieloupiana, (Bosq). » Wetherellii, Jones. Cytkerura cornuta, Brady. » plicata, V. Munst. » Broeckiana, nov. sp. » Jonesi, (Baird). Cytheropteron intermedium, nov. sp. » polytrema, nov. sp. » laiissimum, (Norman). » acuticosia, Egger. Cytherella parallela, (Reuss). Cytheridea pinguis, Jones. » leioptycha, (Reuss). L'horizon d'Edeghem ne présente aucune différence sensible avec une couche, qui vient assez récemment d'être mise à découvert, par suite des travaux militaires qui s'exécutent à la caponnière du Kiel, près de la citadelle du Sud, à Anvers. Cette zone, qui n'est en réalité que la conti- nuation de celle d'Edeghem, est constituée par un sable glauconifère un peu argileux, contenant une faune riche et variée, qui rappelle entière- ment celle des sables d'Edeghem. L'espèce la plus commune et la plus caractéristique dans les deux dépôts, est la Panop(ëa Menardi Desh., et, 124 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE de même que la plupart des autres acéphales, elle s'y trouve le plus sou- vent avec les deux valves réunies et dans la position verticale. Les sables à Panopées ont été également rencontrés à Hoboken, non loin du Kiel, et on les a même signalés jusqu'à Burght, sur la rive gauche de l'Escaut, à peu près en face du Kiel. La faune des sables à Panopées du Kiel et des environs est exactement la même que celle qui s'observe à Edeghem; toutefois si, dans l'un comme dans l'autre de ces dépôts, la proportion spécifique des gastéropodes est supérieure à celle des lamellibranches, il faut tenir compte de cette circonstance, qu'au Kiel la quantité numérique des exemplaires de ces derniers paraît plus considérable qu'à Edeghem. Nous reproduisons ci-après l'énumération des fossiles les plus répandus au Kiel, d'après une liste que nous a communiquée M. G. Vincent qui, le premier, a exploré ce riche dépôt fossilifère. Murex Nysti, Bosq. Cancellaria Bellardi, Mich. Ficula condila, Brong. Fusils Rothi, Beyr. » sexcostatus, Beyr. Terebra acuminata, Bors. Cassis Saburon, Basl. Oliva flammulata, Lin. Ancillaria obsoleta, Broc. Conus Dujardini, Dcsh. Pleurotoma turbida, Brand. i » inlerrupta, Broc. Borsonia uniplicala,. Nyst. Natica brevispira, Bosq. Niso eburnea, Risso. Chenopus pcs-pdecani, L. Turritella subangulata, Broc. Scalaria amœna, Phil. M frondicula, Wood. » lamellosa. Broc. Scalaria Weyersii, i. Colbcau. Xenophora Deshaycsi, Mich. Turbo carinatus, Bors. Trochus mUlegranus, PliiL Calyptrœa Sinensis, L. Dentalimn costatum, Sow. Rincjicula buccinea. Broc. Spirialis rostralis, Eyd. et Soûl. Panopœa Menardi, Dcsh. Venus multilamella, Lm. Cyprina Islandica, L. Isocardia lunulata, Nyst. Lucina horealis, L. Arcalatesulcata, Nyst. Nucula Haescndoncki, Nyst. Avicula phalœnacca, Bast. Pecten Lamalli, Nyst. » tigrinus, Mull. M Wopdi, Nyst. Flabellum appendiculatum, Bron£ Toutes ces espèces indistinctement, ainsi du reste que la plupart de celles que l'on a recueillies au Kiel, se retrouvent dans les sables h Panopées d'Edeghem. Les indications paléontologiques qui précèdent montrent clairement les analogies ou plutôt l'identité des sables à Panopées d'Edeghem avec ceux du Kiel. 1 Voir p. 120, note 1. MÉMOIRES 125 On remarquera dans cette liste la Scalafia Weyersii, J. Colb., cliar- mante petite coquille, figurée par M. Nyst en 1871 \ d'après un seul écliantillon provenant d'Edeghem et faisant partie de la collection de M, J. Colbeau. Cette espèce paraît moins rare dans les dépôts du Kiel, car nous l'y avons recueillie à diverses reprises. Quelques ossements de cétacés ont été observés par M. G, Vincent dans les sables à Panopées du Kiel ; mais, de même qu'à Edegliem, ils parais- sent très rares et ne se rencontrent que très exceptionnellement à ce niveau. Quelques échantillons de bryozoaires auraient été recueillis dans les sables du Kiel, paraît-il; mais ils y sont en tout cas, fort rares. Voici, d'après les renseignements que nous a communiqués M. George Brady, la liste des entomostracés observés dans les sables à Panopées du Kiel : Paraajpris polita, Savs. Cijtlwe lima? (Rcvlss). Cijthere Tarentina, Baird. Cytheridea pinguis, Jones. » latimarginata, Speyer. » Miilleri, Bosquet. ■>■> wacropora, Bosq. Loxoconcha variolata, nov. sp. ■>■> Wetherellii, .lones. Cytherura Broeckiana, nov. sp'. )) Jonesi, (Baird). » latissimum (Norman). •>-> polytrema nov. sp. Cyiherideis lithodomoules, (Bosquet). » Jurinei, v. Munster. Cytherella elUptica, Brady. » Z)aw5oni, B. et C. » leioptyclia, (Renss). Huit des espèces signalées tantôt dans le dépôt d'Edeghem ne se retrouvent pas ici et cinq d'entre celles du Kiel, ici énumérées, ne se trou- vent pas dans la liste d'Edeghem; mais il y a lieu de tenir compte de ce que ces différences sont dues en partie, sinon tout à fait, à la minime quantité de matériaux actuellement étudiés. En réunissant les espèces ici énumérées, avec celles qui ont été observées dans le même dépôt à Edeghem, nous arrivons, pour les sables à Panopées, à un total de 26 espèces, dont 17 vont se retrouver dans la zone suivante (à Pectun- culus pilosus) et 17 aussi dans les dépôts d'Anvers plus récents (sables moyens et sables supérieurs d'Anvers), Certaines observations, que nous avons pu faire tout récemment au Kiel, pourront, pensons-nous, se trouver utilement mentionnées ici, bien qu'elles aient été faites depuis la présentation de ce mémoire. Nous en avons fait part à nos collègues de la Société Malacologique, dans une communication lue à la séance de novembre 1875 et dont voici un extrait : 1 Tableau synoptique et synonymique des espèces vivantes etfossiles du genre SckhkRiA., etc., par M. H. Nyst. Annales de la Société Malacologique de Belgique, t. VI, 1871, pages 77 à 147, pi. V. 126 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE « Depuis deux ans environ, les travaux militaires exécutés au Kiel, ayant mis à découvert, sur une grande étendue, la zone des sables à Panopées, dont il est ici question, permettent l'exploration de ces sables et mettent au jour une faune d'une grande richesse, dont la liste donnée tantôt ne peut donner la moindre idée, surtout au point de vue de l'abon- dance numérique de quelques unes des espèces citées. Mais on n'avait pas encore pu reconnaître sur quel terrain reposent ces sables, aucune super- position n'étant visible. a L'approfondissement récent de certaines parties du fossé principal de l'enceinte fortifiée, au Kiel, nous a permis de reconnaître que ce soubas- sement est constitué par l'argile de Boom ; c'est à dire par le même dépôt oligocène que celui qui, à Edeghem, se présente à la base des sables à Panopées. « Nous avons pu, en deux endroits, observer l'argile en question et nous en avons recueilli des échantillons bien caractérisés. De plus, nous avons constaté l'affleurement, au fond du fossé, d'une couche de ces singulières concrétions connues sous le nom de septaria. Ces roches se montraient sous la forme d'immenses nodules aplatis, de blocs concrétionnés et durcis, émergeant çà et là au fond du fossé ; elles s'observaient en deux points assez distants, mais n'étaient visibles que sur une surface relative- ment peu étendue. « Ces curieuses concrétions, très caractéristiques de l'argile de Boom, comme on sait, rappelaient en tout point celles que l'on observe à Tamise, à Boom, etc., sauf en ce que leur surface se trouvait être ici presque partout corrodée, usée et perforée par l'action combinée des eaux et des mollusques lithophages. « Des Pholades, d'une espèce particulière, assez rare dans les sables d'Anvers, occupaient certaines cavités de la pierre et s'y trouvaient parfai- tement en place avec leurs valves réunies ; des Saxicaves et d'autres mollusques lithophages les accompagnaient. « Il est à remarquer que, d'après un passage du Bulletin de juin 1861 de la Société Paléontologique de Belgique, MM. Dewalque et Nyst ont constaté, à Edeghem, où ils ont observé la même superposition, la présence de mollusques perforants, identiques à ceux du Kiel' et placés dans les mêmes conditions que ceux-ci. « Nous avons retrouvé au Kiel, avec les sejjtana, des fragments roulés et usés de ces roches, et immédiatement au dessus, à la base des sables à Panopées devenus très argileux, s'observaient de petits cailloux et une grande abondance de graviers noirs. » M. Nyst rapporte les Pholades qu'il a observées à Edeghem à la Pholadidea papyracea (Turt.). C'est probablement la même espèce qu'avec M. Cogels, nous avons observée au Kiel. MÉMOIRES 127 « D'après M. Cogels, on trouverait aussi, dans l'argile de Boom, au Kiel, des perforations, probablement dues à des annélides et se montrant remplies du sable glauconieux à Panopées. » Voici maintenant comment nous interprétions cette coupe, dans la communication dont l'extrait suivant formait la conclusion : «c II résulte de ces observations, disions-nous, qu'une lacune dans la sédimentation sépare, au Kiel, l'argile de Boom des sables pliocènes qui reposent au dessus. Cette lacune se retrouve, nettement indiquée, dans une région étendue de nos plaines belges; et les ravinements, dénudations, dépôts de galets, etc., qui l'accompagnent toujours, en séparant complè- tement de la série oligocène, les sables pliocènes qui reposent au dessus, montrent clairement que cette lacune dans la sédimentation représente en Belgique toute la durée de la période miocène proprement dite (miocène supérieur de certains auteurs). « L'usure et les érosions des septaria, la dénudation de l'argile et le mélange de cette matière avec les sables pliocènes qui se trouvent au dessus, la présence des rocbes roulées, des cailloux et des graviers, celle des mollusques perforants, Pbolades et autres, tout cela annonce clairement un retour des eaux, coïncidant avec le commencement de la période pliocène. a Cette apparente oscillation du niveau des mers est due évidemment à l'abaissement sous les eaux, du sol, alors constitué par les dépôts oligocènes et émergé depuis le commencement de la période miocène. « Cette dépression, faible d'abord, ainsi que le démontre la présence des annélides et celle des Pbolades, mollusques exclusivement littoraux, s'accentua ensuite et permit aux sables inférieurs d'Anvers de se déposer dans une profondeur que le faciès de la faune indique avoir été de 30 à 60 mètres environ. » Par l'extrait qui précède on voit que cette observation toute locale s'accorde parfaitement avec les résultats généraux exposés précédemment, et si nous nous sommes quelque peu étendu sur ce point, c'est que les coupes et superpositions étant généralement rares et difficiles à observer autour d'Anvers, il y a tout intérêt à s'assurer si celles qu'il est possible d'étudier confirment les opinions émises. Nous avons recueilli au Kiel une grande quantité de sable pour nos études sur la faune des Foraminifères. Celle-ci se montre d'une très grande ricbesse,tant au point de vue de l'étendue du catalogue faunique que de l'abondance des exemplaires. La zone à Panopœcb Menardi du Kiel et d'Edegbem, peut être signalée comme l'une des plus ricbes en Foraminifères parmi les couches du tertiaire supérieur en Belgique. 128 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Nous n'avons trié jusqu'à présent qu'une très minime quantité de sédiments appartenant à ce niveau et cependant la liste, encore incom- plète, que nous joignons à ce travail, contient l'énumération d'environ une centaine de Foraminifères bien distincts. Avant de passer à l'étude des sables à Pectunculus pilosus, nous mentionnerons un faciès très curieux, et encore non signalé jusqu'ici, sous lequel peuvent se présenter, dans certaines circonstances, les sables à Panopœa MenarcU. C'est encore la localité du Kiel qui va nous fournir les éléments de cette observation intéressante. Tandis que le fond du fossé capital s'y montre constitué par les sédi- ments si fossilifères de la zone à Panopées, les parois des talus montrent, en superposition directe sur ceux-ci, un dépôt sableux verdâtre, très glauconieux, entièrement privé de fossiles et épais d'environ deux mètres. A plusieurs reprises, l'attention de quelques uns de nos collègues a été attirée sur ce dépôt, particulièrement bien visible au Kiel, depuis près de deux ans. D'une part, l'absence de fossiles qui caractérise ce dépôt et, de l'autre, sa coloration, d'un vert jaunâtre, parfois brunâtre vers la base, le distin- guent très nettement, au premier abord, des sables à Panopées, qui s'observent en dessous. Dans l'une des coupes qui accompagnent son mémoire sur Anvers, M. le capitaine Dejardin rattaclie les sables glauconieux verdâtres du Kiel (qu'il figure du reste à tort comme recouvrant les sables noirs ou à Pétoncles, au lieu des sables à Panopées, qui seuls s'observent en ce point) à la zone qu'il appelle les sables verts et qui s'observe sur presque toute l'étendue de la coupe. Dans une note, publiée en novembre 1873 à la Société Malacologique, M. Mourlon partage également cet avis. Dans une note plus récente, publiée en février 1874, M. Mourlon rapporte les sables verts du Kiel à cette zone spéciale des sables verts qu'il désigne sous le nom de sables à Ostrea cocJilear. M. Cogels y voit, d'autre part, la base des sables noirs d'Anvers, c'est à dire des sables à Pectim- cnl%s fïlosus . Or, aucune de ces opinions ne peut être admise. Tout d'abord, il suffit d'examiner attentivement le sable glauconieux verdâtre du Kiel pour se convaincre qu'il ne présente qu'une simple analogie de coloration avec le sable vert proprement dit, lequel possède des caractères minéralogiques tout autres. De plus, il est facile d'acquérir la certitude que ce dépôt du Kiel ne représente nullement une zone ou une couche distincte, mais bien la partie supérieure, altérée, des sables à Panopées. M. G.Vincent, qui a MEMOIRES 129 souvent exploré le gîte du Kiel, est complétemeut de notre avis sur ce point. Il suffit d'observer soigneusement la coupe pour se convaincre de l'exactitude de cette appréciation, comme, d'autre part, il est facile de s'en assurer expérimentalement. Traité par les acides, le sable glauconieux verdâtre ne donne absolument aucune effervescence ; il n'existe plus un atome de calcaire dans le dépôt. Or, si l'on enlève artificiellement le calcaire qui se trouve si abondamment, sous forme de coquilles, forami- nifères, etc., dans les sables à Panopées, on obtient un dépôt uniquement composé de quartz et de glauconie, qui se montre absolument semblable au sable glauconieux verdâtre en question. Les proportions relatives du quartz et de la glauconie, la forme et les dimensions des cristaux ou des grains de ceux-ci, tous les caractères minéralogiques enfin, sont tellement identiques de part et d'autre, qu'il est complètement impossible de distinguer ces sables. Il existe cepen- dant certaines différences de coloration; mais ce sont précisément les résultats inévitables de l'altération. La glauconie des sables fossilifères, ou non altérés, présente une coloration plus foncée que celle des sables altérés; tandis que ceux-ci offrent une teinte verdâtre, pâle ou jaunâtre, signe évident de décomposition. De plus, les grains de quartz de la partie altérée sont moins brillants et plus jaunâtres à la surface, ce qui est dû à l'infiltration de l'hydrate ferrique, etc., dans la masse du dépôt. Quant aux causes de ces altérations, rien n'est plus aisé à comprendre. Ces phénomènes sont uniquement dus à l'infiltration des eaux super- ficielles dans les points où les eaux pluviales se sont accumulées et ont pu librement descendre au travers du dépôt. L'eau a dissous le calcaire des coquilles, etc., et cela d'autant plus facilement qu'elle est toujours plus ou moins chargée d'acide carbonique, et, d'autre part, l'altération de la glauconie est une conséquence naturelle de la présence de l'humidité et de l'oxjgène en dissolution dans l'eau. Nous avons signalé, il y a quelque temps \ des faits de ce genre, observés dans les couches sableuses éocènes des environs de Bruxelles, où ces phénomènes d'altération se présentent très fréquemment et d'une façon encore plus accentuée qu'à Anvers. Nous avons l'intention de reprendre plus tard en détail cette étude des altérations, fort importante par les éclaircissements qu'elle peut procurer à la géologie. Au Kiel, il existe un passage insensible entre les parties supérieures, totalement altérées, du dépôt et la partie de la base, restée intacte et fos- silifère ; mais si l'infiltration des eaux n'a pas fait disparaître tous les 1 Annales de la Société Géologique de Belgique, Tome I, 1874, Bulletins, Séance du 21 juin. 130 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE fossiles dans la zone intermédiaire, elle a toutefois donné lieu à une profonde désorganisation des éléments calcaires qui composent le test de ces coquilles. Tout le monde sait combien les fossiles du Kiel sont friables et avec quelle facilité ils tombent en quelque sorte en bouillie au moment de la récolte, surtout dans les parties les plus humides du dépôt. De ce qui précède, il est donc bien établi que les sables glauconieux verdâtres qui, au Kiel, surmontent les sables à Panopées ne représentent nullement une couche distincte ou se rapportant à un dépôt différent de ceux-ci. Il est fort important que ce point soit bien mis en lumière, à cause des arguments ou des déductions que l'on avait cru pouvoir tirer de prétendues superpositions qui, en réalité, n'existent pas. Les sables à Pectunculus pilosus. Sables glauconifères coquillers, Dumont (1839), Dewael (1853). Sables noirs du fort d'Herenthals, Nyst (1843). Crag inférieur d'Anvers ou Crag noir, Lycll (18S2), Dewael (1853). Sables noirs d'A^ivei's, d'Omalius (1852), Dcjardin (1862), Jlourlon (1873). Les sables à Panopea llenardi, dont nous venons de parler, ne s'observent, aux environs immédiats d'Anvers, qu'en une région peu étendue. Il en est tout autrement du dépôt généralement connu sous le nom de sable noir ou sable glaîiconifère d'Anvers. Il est bien développé au fort d'Herenthals, aux portes de Berchem, de Borsbeek et, en général, dans tout le sous-sol de la ville d'Anvers, Il se retrouve aussi plus au nord, ainsi que de l'autre côté de l'Escaut, où l'on a reconnu sa présence sous des dépôts plus récents. Au point de vue minéralogique, il diffère de ceux du Kiel et d'Edeghem en ce qu'il est généralement moins argileux; de plus, la glauconie, tou- jours plus abondante et en grains plus gros, lui donne une teinte noirâtre foncée, d'où est môme venu le nom de sables noirs, tandis que l'on sait que dans les localités précitées, les sédiments se présentent avec une coloration grisâtre assez constante. Les caractères paléontologiques qui différencient cette couche de celle des sables à Panopœa Menardi du Kiel et d'Edeghem, consistent en l'absence d'un certain nombre d'espèces de ce dernier horizon, tandis que d'autres coquilles, qui manquent dans les sables à Panopées, s'observent dans ces sables noirs. Il est à remarquer que ces différences fauniques ne sont pas aussi considérables qu'on pourrait le croire tout d'abord; car presque toutes les espèces exclusivement localisées dans l'un ou dans l'autre des deux hori- MÉMOIRES 131 zons que nous venons d'indiquer, sont des formes rares et par cela même peu caractéristiques, tandis que les espèces qui se trouvent à la fois dans l'un et dans l'autre, sont précisément les plus abondantes et représentent les types les mieux caractérisés. Le niveau fossilifère qui nous occupe est principalement constitué par des accumulations ou bancs de Pétoncles. L'abondance extraordinaire de ce fossile, le Pectuncuhis pilosios, donne un aspect tout particulier à cette zone. Il s'y trouve par bancs compactes, atteignant parfois 50 à 80 cen- timètres d'épaisseur ; ce qui fait que, relativement au reste de la faune, cette espèce se trouve représentée dans des proportions tout à fait excep- tionnelles. Aj^ant désigné sous le nom de sables à Panopcea Menardi l'horizon des sables du Kiel et d'Edeghem, nous proposons pour celui des sables noirs d'Anvers le nom de sables à Pectunculus pilosus. Cette désignation a du reste déjà été employée par M. Cogels, pour désigner le dépôt en question, et nous croyons que son adoption générale et définitive ne soulèvera aucune objection. Il est donc bien entendu que les sédiments que nous appellerons, dans le cours de ce travail, sables à Pechmcîdus pilosus, ne sont autre chose que les anciens saUes noirs ou sables glauconifères d'Anvers. Du reste, la présence toujours abondante du PecUmcuUis pilos^is les fait immédia- tement reconnaître, partout où ils se trouvent. On pourrait croire, d'après les indications paléontologiques exposées plus haut, que la zone des sables à Pectunculus 2)ilosus est sensiblement plus récente que celle qui se trouve représentée à Edeghem et au Kiel. Il n'en est rien cependant, ainsi qu'on le verra par les considérations qui vont suivre et par l'étude attentive des relations fauniques qui seront exposées plus loin. Ces données nous permettront d'établir, non seulement des relations intimes, mais encore un synchronisme partiel entre ces deux séries de dépôts. D'autre part, nous pouvons aisément reconnaître que la zone argileuse d'Edeghem représente le produit d'une sédimentation opérée dans des eaux d'une profondeur moyenne, tandis que la zone des sables moins fins à Pectunculus pilosus représente un dépôt moins éloigné du rivage. L'absence de superposition bien constatée ^, (l'une de ces couches 1 Un passage de la notice du D"" von Koenen sur les terrains tertiaires de la Belgique pourrait être interprété comme indiquant un cas de superposition entre \es sables, à. Pectun- culus pilosus et les sables â Panopœa ifenardi. Si l'on pouvait admettre cette manière de voir, comment expliquerait-on que les nombreuses explorations de nos collègues et de tant de géologues qui ont visité Anvers, n'aient jamais montré rien de pareil? Cela serait au moins singulier, et il faut d'ailleurs reconnaître que les indications données à ce sujet par le D^ von Koenen, sont extrêmement vagues. Dans l'article Géologie de Patria Belgica, M. Mourlon semble également indiquer une 4 132 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE paraissant toujours exclure l'autre,) l'altitude plus élevée de la seconde que de la premières l'identité du faciès général de la faune, comme la nature môme des différences qui les distinguent, la constitution minéra- logique des deux dépôts, tout enfin nous prouve que ce sont là deux dépôts différents d'une même mer. Cependant nous reconnaissons que cette contemporanéité n'est pas absolue, en ce sens qu'elle n'a pas accompagné toute la durée du dépôt des couches en question. On ne peut nier que les circonstances qui ont donné naissance à la sédi- mentation en stratification transgressive des couches pliocènes du nord- ouest de l'Europe et qui ont fait s'opérer ce mouvement de progression dans la direction sud-est vers nord-ouest, veulent nécessairement que les couches les plus anciennes soient surtout développées dans la première de ces directions et les plus récentes dans la seconde. Or, les sables àPanopées sont surtout bien développés au sud-est d'Anvers, à Edeghem, à Hoboken et au Kiel et disparaissent entièrement aux environs immédiats de la ville, ainsi qu'au nord-ouest. Les sables à Pétoncles, qui manquent au contraire au Kiel, à Edeghem et dans la région environnante, se trouvent bien représentés vers l'ouest, c'est à dire à l'enceinte et dans le sous-sol de la ville jusqu'à Austruweel et plus loin encore au nord, de même que de l'autre côté du fleuve, où on les a rencontrés sous des dépôts plus récents. Du seul fait de cette disposition, il résulte à priori que les dépôts si bien représentés à Edeghem et au Kiel, doivent avoir une origine un peu moins récente que les sables noirs d'Anvers proprement dits ou sables à Pectunculus pilosiis. D'autre part, on verra par l'ensemble des considérations qui vont suivre, que la succession des couches des sables inférieurs d'Anvers indique clairement un relèvement graduel et la formation de dépôts de plus en plus littoraux. On ne peut donc méconnaître que le dépôt plus profond des sables à Panopées a dû précéder, pendant un certain temps, le dépôt des sables à Pétoncles. Le point sur lequel nous désirons insister, c'est qu'il paraît fort probable superposition entre ces deux couches. Mais cette indication, qui n'a jamais été confirmée, nous paraît plutôt l'expression d'une opinion personnelle que le résultat d'une observation faite sur place. 1 Par suite de certains mouvements d'exhaussement, etc., dont nous parlerons plus loin, et qui se sont opérés dans la région d'Anvers, postérieurement au dépôt des sables inférieurs, les altitudes respectives de certains dépôts ont été modifiées et ne se présen- tent plus actuellement dans les mêmes conditions qu'au moment du dépôt de ces sédiments. Si en certains points donc, comme aux Bassins, etc., les sables à Pétoncles s'observent à une cote inférieure à celles des sables à Panopées, il ne faut pas perdre de vue que cette modification dans l'altitude des deux dépôts n'est que la conséquence d'oscillations du sol, postérieures au dépôt des couches. MÉMOIRES 133 que, nonobstant cette origine plus reculée du premier de ces dépôts, le mouvement graduel de relèvement, qui se produisit peu à peu, provoqua, vers la fin du dépôt des sédiments à Panopées, la formation de régions moins profondes et de plages sous-marines, où se développa la faune des sables à Pétoncles ; ce qui du reste n'empêchait nullement les der- niers sédiments à Panopées de se déposer encore dans les parties restées les plus profondes, comme au Kiel, etc. Si, à ces vues, on objectait que des dépôts de profondeurs différentes doivent être séparés par des distances plus considérables que celle qui, aux environs du Kiel, par exemple, sépare les deux faciès batby métriques des sables inférieurs, on pourrait faire remarquer tout d'abord qu'il ne faut pas s'exagérer l'importance des différences de profondeur dont il est ici question. D'autre part, nous rappellerons que l'on connaît, dans les mers actuelles, de nombreux points où la présence d'îlots, de bancs sous- marins ou d'autres conditions du même genre permettent à des faunes de faciès différents de se développer et de se trouver bien caractérisées à des distances plus minimes encore qu'au Kiel. On trouvera ci-après la liste des coquilles recueillies dans la zone des sables à Pectî(,ncul%s pilosus, c'est à dire dans le dépôt généralement connu sous le nom de « sables noirs d'Anvers » . Pour dresser cette liste, nous nous sommes principalement servi des listes et des indications fournies par M. Nyst, pour le Prodrome de M. Dewalque, renseignements qui pour cette zone encore, peuvent être considérés comme exacts. Nous en avons cependant éliminé quelques espèces douteuses. D'autre part, nous avons ajouté à la liste du Prodrome quelques espèces signalées dans les sables à Pétoncles par M. Cogels et par d'autres de nos collègues. On remarquera que cette énumération se trouve, de même que la première, donnée tantôt, divisée en deux groupes. Dans l'un d'eux, nous avons réuni les noms des espèces spéciales à la zone des sables à Pec- tuncuhis pilosiis, et dans l'autre, ceux des espèces qui se retrouvent dans la zone des sables à Panopcea Menardi. Le second groupe de cette liste n'est donc autre cbose que la répétition du second groupe de la liste pré- cédente. Toutefois, il n'y a pas double emploi, car cette disposition, tout en offrant l'avantage de représenter la faune tout entière de chaque zone, permet également de tenir compte des variations qui distinguent, de part et d'autre, le degré d'abondance ou de rareté des espèces com- munes aux deux dépôts. De même que dans la première liste, quatre colonnes suivent l'énumé- ration des espèces; elles sont respectivement consacrées à indiquer le plus ou moins d'abondance des échantillons, la présence des espèces citées dans les dépôts plus récents d'Anvers, dans les dépôts pliocènes d'Angle- terre et dans les mers actuelles. 134 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE , LISTE DES MOLLUSQUES OBSERVÉS A ANVERS DANS LES SABLES A PECTUNCULUS PILOSUS P Espèces des sables à Pectunculus pilosus, ne s' observant pas dans les sables à Panop^a Menardl ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES- I Murex v.'iginatus, Cet/. (G : Trophon.) Cancellaria minuta, Nijst Ficula cingularis, Beyr Nassa prismatica, Broc Cassidaria bicatcnata, Sow . . . Columbella scripta, L Conus Noe, Br Pleurotoma gradata, Defj' » Staringi, Bosq Nalica hemiclausa, aSoîv. (Naticavarians, Z)«jarrf.) . . . . Eulima subulata, Donovan? . . . . Cerithium trilineatum, Phil. (Cerithiopsis trilineata Phil.) . » sinislratum, Nyst. (C. granosum, Wood.) (G : Triforis) Margarita monilifera, iVî/5^ (M. maculata, Wood.) . . . . Adeorbis Hennei, Nijst » supra-nitidus, Wood Fissurella Italica, Defr Dentalium Badcnse ? Partsch Philine catena, Mo7it. (Bullœa sculpta, Wood.) » scabra ? Miill (G : Bulloea) Glycimeris angusta, Nyst et West (var. de G. siliqua, Ch.) . Nescra cuspidata, Olivi » Waeli, Ntjst Poromya granulata, A^î/5/ et W^«5/.(G: Corbula.) Lyonsia granulata, Nyst Tellina subfragilis, d'Orb Montacuta substriata, Mont. (G : Sphenalia.) Kellia ambigua, Nyst. (G : Scintilla.) » coarctata, Wood. (G : Scintilla) Lepton deltoïdeum, Wood Erycinella ovalis? Conr Astarte Alcestana, Nyst •>■> Omalii, Lajonk » triangularis, Mont » Waeli, Nyst. (A. pygmaea, v. Munst.) Cardita corbis, Pkil Arca diluvii, L » tetragona, Poli Cucullspa pectunculoïdes, Scacc. (G : Arca) Nucula luevigata, Sow rr rr r r c r r r r r r r r rr r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r r c r r r r nucleus, L | r C CR R R C CR CR CR C C CR C C CR C CR CR CR CR C CR CR C R CR MEMOIRES 135 ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES. Nucinella ovalis, Wood. (N. miliaris, Desh.) Mytilus modiolus, L. (G : Modiola.) Crenella dccussata, Mont » Pridauxana Leach. (Modiola rhombea, Berkley). Lima Sandbergcri, Nyst Pecten Brummeli, Nysl » Caillaudi, Nyst » pes-lutrœ,Z.i(P. Danicus, Chem. P. septemradiatus,ilfw//.) » maximus, L Ostrea Staringi, Nyst Aiiomia inœquilatera, Nyst » unguicula, Nyst . . . Terebratula caput-serpentis, L Mannia Nysti, Dewalque r r r r r r r r r r r r r c r r r r C C?R R CR IP Espèces des sables à Peotunculus pilosus, s" observant également dans les sables à Panop^a Menardi. Typhis fistulosus. Broc Triton Tarbellianum, Grat Cancellaria Bellardi, Midi » ampullacea, Broc » Michelini, Bell » mitrœformis, Broc » varicosa, i??'oc. (C. scalaroïdes, Wood.) . Fusus sexcostatus, Beyr Ficula condita, Brong. (Pyrula rcticulata, Lm.) Tcrebra acuminata, Sors Nassa incrassata, Mïdl » flexuosa ? Broc » semistriata, Broc. var. labiosa, Sow Columbella pulclira, Nyst Ancillaria obsoleta, Broc Pleurotoma turbida, JSmntie?' var » fiexiplicata, Nysl » intorta, Broc » semimarginata, Nyst » turrifera, Nyst Voluta Bolli, ifoc/t Cyprsea Europasa, Mont Natica brevispira, Bosq » catena, Da Costa. (N. helicina, Broc.) .... » millepunctata Lm. (var. multipunctala, Wood.) . Sigaretus Aquensis, Recl Pyramidella plicosa, Bronn. (P. l?eviuscula, Wood.). Odostomia pellucida, Adams (0. decussata, Mont.) . » conoïdea, 5roc. (0. plicata?M)ni.) .... 1 Cette assimilatioQ nouvelle se trouve indiquée ici sur l'autorité de M. r r r R r r r r C A r S c r c c S CR? A? r C r S CR A r S r s CR A r r r c c r S R A? r c s R c r r s CR A c c CR A r s CR A r r s CR A r C A r s CR A Gviryn Jeffreys. 136 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES. Niso eburnea, Risso Turritella incrassala, Sow. (T. triplicata, Broc.) . » subangulata, Broc. (T. planispira, Wood.) . Scalaria amœna, Phil » frondicula, Wood « lamellosa, Broc. (var. fimbriosa, Wood.) » pertusa, iVî/5^ (S. cancellata, ^roc). . . Xenophora Deshayesi, Mich Calyplrœa Sinensis, iy. (C. Chinensis, i^.) Dentalium costatum, Soiv. (D. dentalis, L.) . » enlalis, L . . . ' . Tornatella Lcvidcnsis, Wood. (G : Actœon.) .... » tornatilis? L. (G. Actœon.) RingicTila buccinea, Broc. (R. auriculata Mcnard.) . Scaphandcr lignarius, L. (G : BuUa.) Bulla acuminata, Brug. (G : Cylichna.) » cylindracea, Penn. (G : Cylichna.) .... » nitidula, Loven (G : Cylichna.) » utriculus, Broc Spirialis rostralis, Eyd. et Soiil. (G : Embolus.) . Solen Rollei, Homes. (Solen Ensis, L. var.). . Panopa;a Menardi, Z)é'.s7i Mactra triangula, Ren. (M. subtruncata, Mont.) . Corbula striata, T-Fa/Zc. (C. gibba. Olivi) .... Scrobicularia prismatioa, Mont. (G : Abra) (G : Ligula.) Scrobicularia alba, Wood. (G : Abra) (G : Ligula.) . Tellina Bencdeni, Nyst. var. fallax, Beyr Saxicavaarctica, Z. (var. deS. rugosa, L.) » fragilis, Nyst. (Panopsea plicala, Mont.) . Venus multilamella, Lm » Nysti, rf'O;'^ Montacuta ferruginosa, Mont Kellia pumila, Wood (G : Lasœa.) ' . . Cardium subturgidum, d'Orfr Isocardia lunulata, Nyst Lucina borealis, L Diplodonta rotundata, Mont. (D. Lupinus, Broc.) Astarte concentrica, Goldf. » radiata, Nyst et West Cardita interraedia, Broc » orbicularis, Sow Pectunculus pilosus, L Limopsis anomala, Eichw. (L. pygmsea, Phil.). . » aurita, Broc. (L. subltevigata,iV?/■> senilis, Lam Limopsis aurita, Broc. (L. sublaevigata, Nysi.) . Nucula Isevigala, Soiv. ..." Crenella sericca, Bronn. (G : Modiola) Lima subauriculata, jl/on^ Pecten dubius, Broc. (P. radians, Nyst.) .... Gerardii, Nyst lineatus, Da Costa, (var. de opercularis, L.). maximus, L. (var. grandis, Soxu.) . . pusio, L tigrinus, Mïdl Westendorpi, Nyst Oslrea cochlcar, Poli. (Ostrca navicularis, Broc.) . •>•> edulis, L Anomia ephippium, L Lingula Dumortieri, Nyst S S s s? s s s s s? R G* G* G* G* GR G * G* GR G G GR G R G * GR GR G* GR GR G A ces fossiles, il faut encore ajouter une douzaine d'espèces indéter- minées, dont la présence a été sig-nalée par M. Cogels. De plus, le Ditmpa snbulata Desh. se rencontre aussi vers le bas de la couclie, et une valve isolée de Terehmtula grandis a également été observée à ce niveau. M. Cogels signale, sans les déterminer, quelques Bnjozoaires isolés, des Foraminifères, des Balanes, des otolithes de Trigles et enfin des piquants de Cidaris. Voyons maintenant quels renseignements peuvent nous fournir les indications de la faune malacologique. Nous avons signalé, d'après M. Cogels, le peu d'importance de la ligne de démarcation qui existe entre les sables inférieurs et les sables à Isocardia cor. Les relations de ces dépôts se trouvent confirmées par les indications de la liste, qui nous apprend que 38 espèces sur 64, c'est à dire 60 p. c. des fossiles mentionnés, se retrouvent dans les sables infé- rieurs, ce qui est d'autant plus remarquable, que des différences bathy- métriques, assez considérables, existent entre ces deux dépôts, et tendent à différencier le faciès de leurs éléments fauniques. Nous voyons ensuite, que sur 64 espèces, 57 se retrouvent — et la MÉMOIRES 189 plupart abondamment — dans le Coralline Crag, et parmi les 7 seules espèces faisant exception, 2 se trouvent signalées comme dérivées dans le Red Crag. Cette proportion considérable d'espèces en commun avec le Coralline Crag- suffit à elle seule pour montrer les affinités étroites qui unissent ce dernier dépôt à nos sables à Isocardia cor. D'ailleurs, il est à remarquer que 27 seulement de nos espèces se retrouvent bien en place dans le Red Crag; et encore, plusieurs coquilles indiquées dans nos colonnes comme se trouvant dans ce cas, n'ont-elles été trouvées que dans les sables de Chillesford, et dans d'autres dépôts, distincts du véritable Red Crag. Nous avons signalé plus haut ce fait, que 38 espèces de la liste se retrouvent dans les sables inférieurs. Or, il n'y a que 38 espèces égale- ment, sur les 64 énumérées, qui se retrouvent signalées en toute certitude dans nos sables supérieurs '. On voit donc que la faune des sables moyens, presque identique à celle du Coralline Crag, diffère de celle du Red Crag et de nos sables supérieurs, et qu'enfin cet horizon constitue un terme moyen, bien distinct, entre les sables inférieurs et les sables supérieurs. Nous ajouterons encore, que les recherches de M. Jeffreys sur la faune du Coralline Crag, le conduisent à admettre que 88 p. c. des mollusques de ce dépôt se retrouvent encore vivants. Dans le sable à Isocardia côr nous en trouvons 73 p. c.^, ce qui s'accorde précisément avec la liaison que nous avons signalée entre ce dépôt et nos sables inférieurs, et ce qui confirme l'opinion, déjà exprimée par divers auteurs, que nos sables moyens seraient un peu plus anciens que le Coralline Crag. Entomostracés. — Les recherches que M. le D' G. Brady a bien voulu entreprendre à notre demande, nous permettent d'ajouter aux renseigne- 1 Les quatre espèces marquées d'un astérisque dans la troisième colonne de la liste, provenant, comme nous l'avons dit, des sables moyens altérés et jaunis de Wyneghem, ont été mentionnées à tort comme appartenant à la faune des sables supérieurs. Nous n'en tenons donc aucun compte dans les additions de la troisième colonne. 2 Quelques espèces de la liste pi'écédente, indiquées d'après l'autorité de M. G. Jeffreys, comme habitant les mers actuelles, s"y renconti'ent en réalité avec un faciès quelque peu différent et y sont connues sous un autre nom que celui qu'elles portent généralement à l'état fossile. Par suite de certaines différences de vues dans l'interprétation des cai-actères spécifiques, l'auteur du Crag Mollusca, M. Wood, n'adopte pas les identifications propo- sées par M. Jeffreys et considéra conséquemment les espèces en question comme éteintes. Nous croyons utile d'énumérer ces espèces, en y joignant l'indication des formes encore vivantes, auxquelles les identifie M. Gwyn Jeffreys. Cassidaria bicatenata, Sovx (C. tyrrhena, Chem.) ; Natica cirriformis, Sow. (N. héros, Say)\ Natica multipunctata, Wood. (N. millepunctata, Lamk) ; Glycimeris angusta, Nyst. (G. siliqua, Chem.); Astarte Basteroti, Lajonk. (A. sulcata. Ba Costa); Astarte Omalii, Lajonk. (A. undata, Gould); Astarte gracilis, v. Miinst. (A. compressa, Mont.)-., Pecten Gerardij Nyst. (P. Groenlandicus, Chem.) 190 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE ments qui précèdent, la liste des Entomostracés des sables à Isocardia cor. Ce sont : Bairdia oviformis, Speyer. Cylhere subcoronata, Speyer. Cijlliere latimarginata, Speyer. » ellipsoUea, Brady. M macropom, Bosq. „ cribrosa B. C. et R. » plicata, V. Munster. » limicola, (Norman). » Jo?2e5i, Baird. Cytheridea pmguis, iones. » polytrema, nov. sp. Loxoconcha Gralcloupiana (Bosq.) » Dawsoni, B. et C. » bUruncata, nov. sp. » cicairicosa, (Reuss). CythereLla parallela, Reuss. » plicatula, Reuss. Parmi ces 17 espèces, 6 seront signalées plus loin dans les sables à bryozoaires ; 9 se retrouvent dans les sables inférieurs et 7 dans les sables supérieurs. Quatre de ces espèces ont été mentionnées dans le Coralline Crag, et six au moins sont encore actuellement vivantes. Vertébrés. — Les restes de vertébrés sont très abondants dans les sables h Isocardia cor. D'après les observations de M. Cogels, on trouve, localisés vers la base de ce dépôt, et toujours au dessus des sables infé- rieurs, des vertèbres et des dents de Carcharodon, des dents à'OxjjrJiina et de Lamna; dans toute l'épaisseur de ces sables, on observe des débris de divers autres poissons, parmi lesquels des arêtes Aq Hamiorera aiirata. Van Ben. Dans toute la masse des sables, et surtout vers le bas, M. Cogels a trouvé en grande abondance des ossements de cétacés. Il est à remar- quer que les vertèbres se trouvaient en séries et non roulées, et s'obser- vaient souvent couvertes de Balanes. Malgré l'apparente bonne conser- vation de ces pièces, il était diflScile de les retirer en bon état du sable qui les enveloppait, par suite de leur état friable et cassant. Ces ossements n'ayant pu être transportés au Musée de Bruxelles et n'ayant jamais été étudiés, nous n'en pouvons donner la liste. Le Musée de la Société paléontologique d'Anvers, et M. Cogels, ont toutefois pu recueillir un certain nombre d'ossements, dont il serait fort désirable de connaître les déterminations. Notre collègue possède également quelques ossements d'oiseaux du même dépôt, et provenant de deux localités diffé- rentes. Nous reviendrons plus loin sur la faune des vertébrés des sables moyens et nous nous contenterons de signaler, d'après M. Cogels, que les débris de Garcharadon, à'Oxyrhina et de Lamna, localisés vers la base du sable à Isocardia cor, ne se retrouvent pas vers le haut, comme les repré- sentants des autres genres, ni répandus dans toute la masse, comme les ossements de cétacés. MEMOIRES 191 Le nom de zone à Isocardia cor a été donné, par M. Cogels, aux sables dont nous venons d'étudier la faune, moins à cause de l'abondance de ce fossile — qui se trouve cependant répandu dans toute leur niasse et sou- vent en très grande quantité — que parce qu'il est réellement caractéris- tique de ces dépôts et ne se retrouve en place dans aucun autre. Notons qu'il en est absolument de même dans le crag anglais, oii Y Isocardia cor se retrouve également dans le Coralline Crag, tandis qu'il n'a été mentionné jusqu'ici qu'une seule fois pour une localité du Red Crag, où il était évidemment remanié. Ce dernier point se trouve en eifet confirmé par la présence, assez souvent constatée dans le Red Crag, de débris remaniés, consistant en nodules ou concrétions, contenant des moules ou même des valves ^Isocardia cor. La zone des sables à Isocardia cor peut être considérée comme repré- sentant l'un des faciès en place des sables moyens, ce qu'annonce du reste, l'ensemble de la faune qu'elle contient, comme l'état de conserva- tion des coquilles et l'absence de graviers ou de cailloux. Il y a lieu de tenir compte également de cette circonstance, déjà signalée tantôt, que les ossements de cétacés rencontrés dans les sables à Isocardia cor, s'y présentent toujours parfaitement intacts, non roulés et formant des séries entières non déplacées. Les sables à Isocardia cor sont en ce moment difficiles à observer sur la rive droite, à cause de l'absence de coupes ou de tranchées convenables. Les matériaux que nous avons employés pour l'étude de la faune de ce dépôt, ont été soigneusement recueillis par nous dans une puissante masse de déblais, située à côté même du bassin de la Campine d'oii ils avaient été extraits. C'est en ce lieu, lors du creusement des bassins, que les sables à Isocardia cor ont pu être observés en place par M. Cogels. Nous devons encore à l'obligeance de notre confrère une certaine quan- tité de sable recueilli par lui à l'époque des travaux maritimes. Il serait actuellement assez difficile de délimiter exactement l'aire occupée par le dépôt des sables à Isocardia cor. Cette couche est surtout représentée dans la région du Nord d'Anvers et s'étend jusqu'à Deurne. Les sables à Isocardia cor se retrouvent encore en place, et assez bien développés, sur la rive gauche de l'Escaut, oi!i ils s'étendent jusqu'à six ou sept kilomètres dans les terres, au sud de Calloo. Il existe en plusieurs points des environs d'Anvers, de nombreux bancs fossilifères, souvent peu épais et à éléments remaniés, contenant des coquilles et des sables colorés en gris. C'est à des dépôts de ce genre, d'origines diverses, et d'âge parfois quaternaire, que se rapportent le plus souvent les indications des auteurs : « sables gris, crag gris » , et c'est par suite de leur coloration que les éléments si hétérogènes de ces 192 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE couches ont été introduits dans les listes des sables moyens d'Anvers. Il ne serait pas impossible que quelques unes de ces couches coquil- lières fussent en réalité contemporaines du dépôt des sables moyens ; ce seraient alors des bancs littoraux, composés de débris, alternativement déplacés puis reconstruits par l'action des marées et des courants, et analogues aux couches de ce genre, qui, précisément, s'observent très fréquemment en Angleterre au même niveau, c'est à dire dans le Coral- lineCrag ; mais, à Anvers, la plupart de ces couches remaniées sont incon- testablement d'une date postérieure à la sédimentation des sables moyens. Elles indiquent la dénudation qui, ici comme en Angleterre, a séparé le dépôt des sables moyens de celui des sables supérieurs, et elles contiennent alors une faune à éléments complexes, dont les matériaux n'ont aucune signification propre, ou bien encore elles indiquent des remaniements plus récents, se rapportant aux époques quaternaire et moderne. Dans tous les cas, ces couches remaniées ne peuvent offrir aucun intérêt faunique et ne servent au contraire qu'à fausser les interprétations, ainsi qu'à altérer le faciès véritable des dépôts typiques, auxquels on les a souvent rapportées. Il nous a donc paru préférable de ne pas nous en occuper, du moins pour le moment; nous en remettrons l'étude à plus tard, en suppo- sant toutefois, qu'il y ait quelque utilité à l'entreprendre, au point de vue qui nous occupe. Afin de donner une idée de l'importance des remaniements qui se sont effectués dans certains dépôts pliocènes des environs d'Anvers, nous signalerons ce fait : qu'à diverses reprises et en plusieurs endroits, nous avons observé des coquilles terrestres et fluviatiles — incontestablement quaternaires — ainsi que des ossements de mammifères, de même âge, dans des couches principalement composées de fossiles scaldisiens et de sables colorés en gris, qu'à première vue on aurait certainement pu rap- porter aux sables moyens pliocènes. Et combien d'inexactitudes intro- duites dans les listes publiées sur la faune d'Anvers sont ainsi dues à des erreurs d'interprétation de ce genre et à de fausses assimilations, basées sur la coloration des sables ! Il ne sera pas inutile de faire remarquer que ces dépôts quaternaires de sables gris, avec fossiles remaniés, peuvent le plus souvent se recon- naître, non seulement à la quantité considérable de fossiles brisés qu'ils renferment, ainsi qu'aux coquilles fluviatiles, et aux ossements qui les accompagnent, mais encore à la nature minéralogique des sédiments. Tandis que les vrais sables « gris » en place, des deux zones des sables moyens, sont généralement fins et argileux, les dépôts « gris » non in MÉMOIRES 193 situ, qui résultent de remaniements postérieurs à la période pliocène, sont composés de grains grossiers quartzeux, lavés et débarrassés d'argile et souvent accompagnés de petits graviers et de cailloux roulés. Les sables à bryozoaires. Sables gris mouvants, Nyst (1861), d'Omalius (1862), Mourlon (1873). Sables gris (partim), Dejardin (1862). Roche à bryozoaires, Gogels (1874). Les coupes du capitaine Dejardin et divers renseignements publiés de côté et d'autre, nous apprennent qu'il existe aux environs d'Anvers un dépôt spécial, particulièrement riche en bryozoaires, qui paraît s'étendre sous toute la région comprise entre les villages de Deurne, Wyneghem, Wommelghem,Borsbeek et Berchem, et même un peu plus loin au nord, comme au sud. Ce dépôt se retrouve aussi sur la rive gauche de l'Escaut, au sud de Calloo, où l'on a également recueilli une grande quantité de bryozoaires. Ces couches ont été confondues avec d'autres, par M. Dejardin, sous le nom général de « sables gris » . Nous les désignons sous la dénomination de sables à bryozoaires. C'est surtout au fort n° 2, à Wommelghem, aux environs de Wyne- ghem, etc., que ces sables paraissent le mieux développés. M. Nyst les a signalés dans une notice publiée en 1861; il y a découvert un grand nombre d'échinqdermes et de bryozoaires, des agglomérations de Terebra- tula grandis, des Lingula Dumortieri, des Ditmpa suhulata et quelques Foraminifères bien caractérisés. Ce faciès si intéressant des sables moyens n'a jamais été convenablement décrit, ce qui provient, non seulement de la localisation de ce dépôt sur une aire relativement restreinte, mais aussi de la difficulté de l'observer en place, là où il se trouve. Ces sables sont généralement assez fins ou argileux ; ils sont le plus souvent colorés en gris, mais renferment parfois vers le bas — en même temps que des grains quartzeux assez grossiers — une grande quantité de glaucome, identique à celle des sables inférieurs, sur lesquels ils reposent. Cette matière leur donne alors une coloration noirâtre, qui pourrait presque les faire confondre avec ces derniers ^. Rappelons-nous qu'il en était de même dans les sables à Isocardia cor qui, vers le bas, contenaient une forte proportion de glauconie. La faune des sables à bryozoaires est toujours bien caractérisée, non 1 En plusieurs localités, les sables à bryozoaires diffèrent parfois très peu, au point de vue minéralogique, des sables inférieurs. Pour s'en assurer, il suffît de débarrasser, soit par le lavage ou le tamisage, les sables à bryozoaires des nombreux débris organiques calcaires qu'ils renferment, débris auxquels ils doivent le plus souvent leur coloration claire ou grisâtre. Il reste, après cette opération, un dépôt glauconieux verdâtre ou foncé, tout à fait identique aux sédiments des sables inférieurs. 194 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE seulement par l'abondance remarquable des bryozoaires, qui ne se rencontrent bien en place qu'à ce seul niveau, mais aussi par la présence de divers brachiopodes, parmi lesquels on remarque surtout la Terebra- tula grandis. La Lingula Dumortieo'i j est toujours très abondante. On peut encore citer YEchinocijamus pusillus, un Cidaris et quelques autres échinodermes. Ces sables sont encore nettement caractérisés par un nom- breux groupe d'Entomostracés, qui seront énumérés plus loin, et par une remarquable série de Foraminifères, renfermant des espèces très intéres- santes. Vertébrés. — En réunissant les quelques observations publiées, aux renseignements fournis par diverses collections privées et par celle du Musée royal de Bruxelles, et surtout en tenant compte des indications qui nous ont été communiquées par les personnes qui ont assisté aux fouilles d'Anvers, nous avons pu nous assurer que, concurremment avec les sables à Isocardia cor, les sables à bryozoaires représentent l'horizon des grands cétacés Mysticètes d'Anvers. De nombreuses séries de vertèbres ont été trouvées presque intactes dans les sables à bryozoaires, ainsi que quelques squelettes presque entiers. Les débris, et particulièrement les dents de poissons, se retrouvent avec la même abondance dans ces sables, que dans la base des sables à /. cor. Les couches que nous réunissons sous le nom de sables moyens d'Anvers, constituent donc l'un des principaux gisements de cétacés. Toutefois, on ne rencontre ici que les cétacés Mysticètes ou baleines à fanons, tandis que nous avons vu que les sables inférieurs sont caractérisés par les cétacés Zyphioïdes, ou à rostre armé de dents. Les nombreux représentants de la famille des Delphinides, que nous avons signalés dans les sables inférieurs, paraissent jusqu'ici manquer dans les sables moyens, oii se trouvent localisés par contre, plusieurs types de Pinnigrades, voisins des Phoques, et qui ne s'observent pas dans les sables inférieurs. Il est important de noter que si l'on a aussi rencontré beaucoup d'osse- ments de cétacés dans les sables supérieurs, ils y étaient presque toujours roulés, brisés et à l'état remanié. On peut affirmer que presque tous les ossements recueillis dans les sables supérieurs, proviennent de remanie- ments des sables moyens, remaniements qui sont du reste manifestes sur un grand nombre de points D'autre part, il est à remarquer que c'est le plus souvent la coloration des os et celle des sédiments enveloppants qui a servi de guide dans le classement des ossements, et, l'on sait quelle valeur il faut attribuer à ces caractères ! Nous ne croyons nullement hasardé d'émettre l'opinion que les ossements non roulés et en place, qui ont été rapportés à la faune des « sables jaunes d'Anvers » , c'e^t à dire MÉMOIRES 195 des sables supérieurs, doivent être réellement attribués, ainsi que le dépôt où. ils se trouvaient, à l'horizon des sables moyens (sables gris); la coloration jaune ayant alors été produite par les phénomènes d'alté- ration et d'oxydation dont il a été question précédemment ^ Lorsque nous étudierons plus loin la faune des sables supérieurs, nous verrons que son faciès littoral très accentué, s'accordant avec d'autres caractères, indique que cet horizon tout entier était constitué par des plages marines peu profondes, par des baies très étendues, en un mot par des dépôts exclusivement littoraux ; ce qui n'est guère conciliable avec le volume d'eau nécessaire aux évolutions de ces gigantesques habitants des mers. On voit donc de toute façon, qu'il ne reste guère de probabi- lités en faveur de l'opinian qui voudrait rattacher certains cétacés Mysti- cètes, à la faune des sables supérieurs d'Anvers. En Angleterre, des ossements de cétacés ont été signalés dans la divi- sion supérieure du crag, mais, de même qu'ici, toujours roulés, brisés et souvent méconnaissables. Depuis quelques années, on en a également trouvé à la base du crag corallin, mais également en mauvais état. Sauf quelques rares exceptions, où l'on aurait rencontré des séries de vertèbres, la plupart de ces ossements paraissaient provenir d'un dépôt un peu antérieur au Coralline Crag, mais dont il ne subsiste cependant aucun vestige de l'autre côté du détroit. La présence, bien en place cette fois, de ces mêmes ossements dans les deux zones qui constituent nos sables moyens, vient confirmer ce que nous avons rappelé tantôt : que ceux-ci seraient un peu plus anciens que le Coralline Crag. On a constaté dans le crag anglais la présence d'ossements roulés, appartenant aux mêmes espèces de cétacés que celles d'Anvers, et de nom- breuses concrétions roulées, contenant le Pechcncuhcs gli/cineris, YIso- cardia cor, etc. D'après Lankester^ cela indiquerait l'existence d'un dépôt 1 On a signalé, à Wyneghem, dans un dépôt rapporté à l'horizon des sables supérieurs, un certain nombre d'ossements de cétacés, qui paraissaient être en place et non roulés. Au nombre de ces ossements se trouvent quelques vertèbres réellement gigantesques, parmi lesquelles il y en avait du Balœna primigenius et du Plesiocetus giganteus. Or, nous avons déjà fait remarquer (page 186) que, avec les coquilles recueillies à Wyneghem, dans le même dépôt, il s'en trouve un certain nombre qui appartiennent incontestable- ment à l'horizon des sables moyens. Il est bien certain qu'à "Wyneghem, où les sables supérieurs jaunes ou rougeâtres reposent directement sur un dépôt appartenant aux sables moyens (gris), des phéno- mènes d'altération et d'oxydation sont survenus. Il en est résulté que la partie altérée et rougie des sables gris ou moyens, qui contenait ces ossements et ces coquilles non roulés, a été considérée à tort, comme faisant partie du dépôt supérieur, de même colora- tion. C'est un point qu'il sera du reste facile d'élucider, dès qu'une coupe ou une tranchée favorable pourra être étudiée. 2 On the Crags of Suffolk and Antwerp, by Ray Lankester {Geological Magazine. N» X, vol. II, no 4, april, 1865, p. 149). o 196 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE identique à ceux, plus anciens, d'Anvers et formant peut-être même la continuation de ceux-ci. Le même auteur ajoute que ce dépôt, qui aurait ainsi précédé le Coralline Crag, a dû être entièrement balayé. Bien que ce soit là une simple hypothèse, il n'en est pas moins fort probable que ces débris pourraient tout au moins indiquer les limites de l'extension occidentale de notre mer des sables moyens. Du reste, les sables ferrugineux du Kent — la continuation, nous lavons vu, des sables « diestiens » de Louvain, de Diest, etc. — rendent cette supposi- tion des plus vraisemblables, en montrant que cette extension occidentale des bords du golfe d'Anvers avait déjà commencé à s'effectuer à une époque antérieure, mais en une région plus méridionale. Nous allons maintenant donner la liste des Cétacés, des Pinnigrades et des Poissons des sables moyens. Les indications que l'on possède sur le gisement de ces divers ossements, ne sont pas suffisantes pour per- mettre de rapporter ces vertébrés à la faune des sables à bryozoaires, plus spécialement qu'à celle des sables à Isocardia cor. La plupart des espèces signalées se retrouveront probablement dans les deux dépôts, qui appar- tiennent d'ailleurs au même horizon géologique. En un mot, c'est la liste des vertébrés des sables moyens, bien différente de la liste des vertébrés des sables inférieurs. On remarquera le nombre considérable des poissons qui se trouvent cités, et dont l'immense majorité est formée par les représentants de l'ordre des Sélaciens. Ces poissons cartilagineux n'ont laissé, en fait de débris, que leurs dents et des vertèbres ; mais les pre- mières se trouvent à Anvers en nombre si considérable, que M. le major le Hon, qui pendant les dernières années de sa vie s'était voué à leur étude, évaluait à 30,000 le nombre des dents soumises à son examen pour le clas- sement et la description de la série pliocène du Musée de Bruxelles ! Ce chiffre, des plus éloquents, nous dispensera d'en dire davantage sur l'abondance des vertébrés de cette classe à Anvers. Toutefois, nous rappellerons ce que dit M. Van Beneden dans Patria Belgica\ au sujet de l'abondance des dents de poissons à Anvers. Il fait remarquer que ces restes, se rapportant pour la plupart aux poissons les plus voraces de toute la classe, il devait y avoir dans la mer scaldisienne une extrême abondance de pâture, consistant en poissons osseux et qui nous sont, pour la plupart, restés inconnus. Si fort peu de ces dernières espèces se sont conservées, c'est, d'après M. Van Beneden, que le golfe dans lequel s'est déposé le « crag d'Anvers » n'était pas assez tranquille pour que ces os délicats eussent 1 Patria Belgica. Encyclopédie méthodique, etc., publiée sous la direction de E, Van Bemmel. Bruxelles, 1873-75. Paléontologie des Vertébrés, par P.-J. Van Beneden, p. 353. MEMOIRES ]97 pu s'y conserver. La présence de nombreux bryozoaires dans ces dépôts annonce en effet, des eaux agitées et renouvelées par les courants. M. le major Le Hon, que la mort a trop tôt enlevé à ses travaux et à la science, se proposait d'étudier et de décrire tous les poissons tertiaires de la Belgique. Déjà, les dents des espèces nouvelles, que ce naturaliste avait commencé à étudier, se trouvent décrites et figurées dans une notice qu'il a publiée, à Bruxelles, en 1871, sous le titre de : Préliminaires d'un onémoire siir les poissons tertiaires de Belgique. En parcourant l'énumération , ci-dessous exposée, des vertébrés des sables moyens, on sera frappé du grand nombre des baleines à fanons, ou grands cétacés, qui en font partie, et dont il n'a été signalé que trois espèces dans les sables inférieurs. Mais ce que l'on ne pourra se figurer, d'après le simple exposé de cette liste, c'est la prodigieuse quantité de ces cétacés, dont les squelettes se trouvent aujourd'hui réunis dans les sables d'Anvers. Pour donner une idée approximative de l'abondance extraordinaire de ces gigantesques habitants de la mer des sables moyens, il nous suffira de signaler le nombre des séries vertébrales qui représentent certaines de ces espèces dans la partie exposée des collections du Musée de Bruxelles. Nous entendons ici par série, une suite de vertèbres ayant appartenu à un même animal. Deux espèces encore non décrites, mais désignées par M. Van Beneden sous les noms de Plesiocetus intermedius et Plesiocetus tertius, sont chacune représentée au Musée de Bruxelles par environ quarante séries vertébrales, dont quelques unes se montrent presque complètes. Beaucoup d'autres espèces ont fourni un nombre de séries un peu moindre, mais toujours considérable. Quelques squelettes sont presque entiers, et les espèces qu'ils représentent seront décrites par M. Van Beneden, pres- que aussi complètement que s'il s'agissait, non de débris fossiles, mais d'espèces actuelles. D'énormes grillages, adossés aux murailles de certains vestibules du Musée, contiennent plus de deux cents mètres cubes d'ossements de cétacés, provenant du déchet des doubles, et qui ont été ainsi réunis afin de donner au visiteur étonné, une idée de l'incroyable quantité de baleines, qui hantaient le golfe d'Anvers, à l'époque des sables moyens. Si nous ajoutons encore, que l'on peut évaluer à 50,000 le nombre des échantillons choisis d'ossements de vertébrés qui se trouvent actuellement exposés au Musée de Bruxelles, et méthodiquement classés dans la salle dite des vertébrés d'Anvers, il ne nous restera, croyons-nous, plus rien à ajouter à ce sujet. Presque toutes les espèces signalées dans la liste ci-dessous, se trouvent représentées dans les collections du Musée de Bruxelles. L'astérisque qui 198 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE accompagne un grand nombre de ces espèces, indique : pour les cétacés, qu'ils s'y trouvent représentés par de belles séries vertébrales ou des sque- lettes plus ou moins complets; pour les poissons, qu'ils sont représentés dans ces collections par des formules dentaires complètes, reconstituées par M. le major Le Hon. Parmi les cétacés Mysticètes de la liste ci-dessous, il n'y a que les deux premiers, le sixième et le septième qui aient été décrits par M. le professeur Van Beneden. Toutes les autres espèces le seront prochaine- ment, et les noms que nous indiquons ici pour ces espèces inédites, sont ceux que le savant naturaliste leur a attribués dans les collections exposées au Musée de Bruxelles, noms qui seront vraisemblablement conservés dans le travail monographique actuellement en préparation. Toutefois, certains changements sont encore possibles dans plusieurs de ces dénominations. En indiquant celles-ci, nous n'avons du reste eu pour but que de donner une idée aussi complète que possible de la richesse et de la diversité de la faune cétologique des sables moyens d'Anvers. LISTE DES VERTÉBRÉS DES SABLES MOYENS D'ANVERS. CÉTACÉS Mysticètes. * Pl^siocetus rostratus. Van Ben. * » minor. Van Ben. Balœna primigenius, Van Ben. ^ » ffeterocetus Hnpschii, Van Ben. » Briainwntt, Van Ben. » ^, ^^^^.^. ^..^ ^^^ ^^^^ Probalœna Dubusii, Van Ben. . i. e v -a ' * » brevîfrons, Van Ben. * Balœnulabalœnopsis,\2inBen. ^ 1 h' V W * Balœnotus msignis. Van Ben. » ^, ^ ^^^ ^^^ Megapteropsis robusta, Van Ben. , ^ ^^^..^^^^^^ ^^^ ^^^ * Plesiocetus giganteus, Van Ben * » intermedius. Van Ben. Pinnigrades 2. * » ter tins. Van Ben. Trichechus rosmarus, Linné. 1 Ce sont les deux Mysticètes qui ont été signalés comme se trouvant en place, àWyne- ghem, dans un dépôt de coloration jaunâtre, rapporté à l'horizon des sables supérieurs, mais qui, nous l'avons déjà dit, n'est autre chose que la partie supérieure altérée et oxydée du dépôt des sables moyens. 2 Les ossements de phoques exposés au Musée de Bruxelles sont diversement colorés : tantôt en gris, tantôt en jaune, tantôt en noir, et paraissent ainsi au premier abord, se rapporter aux trois horizons des sables d'Anvers. Mais la coloration ne pouvant servir de guide, par suite des phénomènes d'altération, si souvent rappelés dans le cours du pré- sent travail, il sera inutile de nous appesantir sur ces caractères. Nous nous bornerons à faire remarquer que la plupart des ossements teintés en jaune ou en rouge, proviennent de Wommelghem et de Wyneghem, c'est à dire de localités où les sables moyens sont précisément bien développés, et où la partie supérieure, très altérée et oxydée, de ces MÉMOIRES 199 Thichecodon Koninckii, Van Ben. Alachthermm Cretsii, Du Bus. Mesotaria ambigua, Van Ben. Palœophoca Nystii, Van Ben. Callophoca obscur a. Van Ben. Plaiyphoca vulgaris, Van Ben. Gryphoca similis. Van Ben. Phocanella pumila, Van Ben. » minor. Van Ben. Phoca vitulinoides, Van Ben, Monatherium Delognii, Van Ben. » a/finis, Van Ben. » aberralum. Van Ben. Prophoca Rousseaui, Van Ben. » proxima, Van Ben. Oiseaux. Anser Scaldii, Van Ben. Ossements indéterminés. Poissons osseux. Sphœrodus insignis. Van Ben. Chrysophris Hennii, Van Ben. Trigtoides, sp. ^ Brachyrhynchus teretirostris. Van Ben. TeLrapterus longicaudus, Ow. » alatus, Ow. Poissons cartilagineux, Lamna cuspidata, Ag. Lamna vorax, Le Hon. » !wpw5, Le Hon, Otodus apiculatus, Ag, Oxyrhina trigonodon, Ag. » hasialis, Ag. » crassa, Ag. » Benedenii, Le Hon, » xiphodon, Ag. M Desorii, Ag. » Wilsonii, Gibbes. Carcharodon megalodon, Ag. 2 » brevis. Le Hon. » angustidens, Ag. » sutcidens, Ag. » Escheri, Ag. » leptodon, Ag. » polygyrus, Ag. » microdon, Le Hon. Scaldia biforis, Le Hon. Anotodus Agassizii, Le Hon. Notidanus primigenius , Ag. Galeocerdo acanthodon. Le Hon. » aduncus, Ag. Goniobatis Omaliusi, Le Hon. Zygobatis, sp. Palanarrhichas crassus, Ow. Squatina a7igeloides. Van Ben. Prionodon glaucina. Van Ben. Hannovera aurata. Van Ben. dépôts a été confondue avec les sables supérieurs qui les surmontent. Seul, le Phoca vituli- noides pourrait peut-être se rapporter à l'horizon des sables supérieurs. Si nous n'admet- tons aucune autre espèce de Phocidœ comme se trouvant en place à ce dernier niveau, nous ne croyons toutefois pas pouvoir affirmer qu'il en soit de même pour les dépôts plus anciens. Les Prophoca Rousseaui et proxima pourraient peut-être bien se rapporter â la faune des sables inférieurs. M. Mourlon croit que les trois Monatherium appartien- nent au niveau des sables verts graveleux. D'après nous, ces ossements, pas plus que ceux des Heterocètes , n'appartiennent à la faune de ces sables, où ils ne se trouvent qu'à l'état d'épaves littorales. En attendant des renseignements plus précis, nous croyons devoir rapporter tous les Pinnigrades indistinctement, à la faune des sables moyens. Aucun Delphinide ne se trouve cité ici dans nos listes. Nous rappellerons toutefois ce que nous disions dans la note 1 de la page 147, relativement à trois espèces : Scaldicetus Antwerpiensis , S. Caretti et Eucetus amblyodon, qui semblent pouvoir se rapporter à l'horizon des sables moyens, 1 D'après M, Cogels, ce Trigle, dont il a recueilli beaucoup d'otolithes dans les sables à I. cor, devait être plus grand que le T. Dejardinii des sables inférieurs. 2 Ce puissant Sélacien devait avoir une taille formidable, à en juger par les dimensions de ses dents. D'après la formule dentaire, rétablie par M. Le Hon, la mâchoire aurait eu quatorze pieds de circonférence ! M. Van Beneden évalue la taille de ce monstre marin à soixante-dix pieds de long. 200 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Bryozoaires. — Si, des ossements, nous passons aux autres restes organiques de la zone que nous étudions ici, nous constatons que la faune des bryozoaires de ce dépôt est fort peu connue, et n'a jamais été mise suffisamment en lumière, alors qu'elle constitue cependant l'un des traits les plus saillants, et les plus caractéristiques de ces couches. Dans la septième édition (1862) de son « Abrégé de géologie » , d'Oma- lius d'Halloy mentionne neuf espèces de bryozoaires, provenant des « sables gris des environs d'Anvers. » Ces espèces avaient déjà été signalées précédemment par M. Nyst. Dans le Prodrome d'une description géologique de la Belgique, publié en 1868 par M, le professeur Dewalque, nous trouvons, dans une liste communiquée à l'auteur par M. Nyst, trente-neuf bryozoaires, indiqués comme appartenant à la forme du « crag gris » , plus quatre autres espèces, mentionnées à d'autres niveaux des sables d'Anvers. Dans le parallélisme que l'on a signalé, à diverses reprises, entre le « crag gris » d'Anvers et le Coralline Crag, on ne s'est jamais appuyé sur les analogies de la faune bryozoïque de ces deux dépôts, pour la raison bien simple que les noms mentionnés dans la liste à laquelle nous faisons ici allusion, ne se représentent nullement dans la liste du Coralline Crag. A l'époque oii M. Nyst détermina les bryozoaires d'Anvers, il n'eut pas l'occasion de les identifier avec les espèces décrites dans la mono- graphie de M. Busk, et il les rapporta à certaines espèces, très imparfai- tement décrites et figurées par Philippi et par Roemer. Ces bryozoaires, provenant des couches tertiaires du nord de l'Alle- magne, paraissent réellement identiques à ceux d'Anvers ; mais ils se trouvent figurés d'une manière si peu distincte que la détermination reste souvent très douteuse. Les choses en étaient restées à ce point, lorsque, ayant recueilli nous-même des échantillons de la roche à bryozoaires aux environs de la porte de Borsbeek, et ayant observé un grand nombre d'exemplaires, très bien con- servés, dans les sables de Deurne, de Wommelghem, etc., que nous avons analysés pour nos études sur les Foraminifères, nous envoyâmes ces échantillons à notre collègue et ami M. A. Houzeau de Lehaie, qui s'occupe spécialement de l'étude des bryozoaires, tant vivants que fossiles. A notre entière satisfaction, les résultats de l'examen auquel se livra M. Houzeau confirmèrent eu tout point ce que les vertébrés, les brachiopodes, les mollusques, les foraminifères, ce que la faune tout entière avait annoncé : qu'il y avait là d'incontestables affinités fauniques avec le Coralline Crag et un faciès spécial, nettement caractérisé. Etonné du contraste inexplicable que présentaient ces résultats avec ceux auxquels conduisait l'examen de la liste du Prodrome, nous fîmes MÉMOIRES 201 part de notre perplexité à M. Nyst qui, avec son obligeance habituelle, voulut bien mettre à la disposition de M. Houzeau les échantillons d'après lesquels avaient ét^ établies les déterminations publiées dans le Prodrome. Toutefois, quelques espèces n'ont pu être retrouvées. Or, il ressort des recherches auxquelles s'est livré M. Houzeau, que l'auteur de la Monographie des bryozoaires du crag anglais, M. Busk, se basant sans doute sur l'insuffisance des descriptions et de l'imperfection des figures de Philippi et de Roemer, n'a pas cru devoir tenir compte des travaux de ces auteurs. Il en résulte qu'un certain nombre d'espèces se trouvent décrites, figurées et nommées à nouveau dans la Monographie de M. Busk, alors que, d'après l'application stricte des lois de la priorité, quelques unes d'entre elles, au moins, eussent pu conserver les dénominations de Philippi et de Roemer, employées par M. Nyst. Nous nous bornons à signaler cette circonstance, tout en reconnaissant que l'adoption pure et simple des noms proposés par M. Busk, noms qui sont maintenant consacrés par l'usage, nous paraît préférable à toute modi- fication nouvelle. M. Houzeau a pu, à l'aide des échantillons originaux, identifier la plupart des espèces citées dans le Prodrome, avec les descrip- tions et les figures du naturaliste anglais, ce qui nous permettra d'indi- quer, dans les colonnes qui vont suivre, à quels types se rapportent réellement les dénominations du Prodrome. Les déterminations des bryozoaires d'Anvers ont été faites par M. Hou- zeau, avec un soin minutieux et ont été confirmées ensuite par M. Busk lui-même, qui a reçu en communication toutes les espèces qui figurent dans la liste ci-contre. Deux espèces nouvelles (les n"' 23 et 30 de la liste) portent des noms manuscrits, que vient de leur attribuer M. Busk. Après examen des échantillons, le savant spécialiste a cru devoir les distinguer spécifique- ment de formes voisines, appartenant à la faune du Coralline Crag, et auxquelles M. Houzeau les avait rapportées. Les n"' 9, 19, 62, 71, 82 et 94 représentent également des formes non décrites; ce sont des noms manuscrits, imposés par MM. Nyst et Houzeau, etqui, suivant l'avis de M. Busk, pourront être maintenus, après description. Ces divers bryozoaires, ainsi que quelques autres espèces et variétés inédites des sables d'Anvers , seront prochainement décrits et figurés par M. Houzeau, dans un travail spécial. 202 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE LISTE DES BRYOZOAIRES (Zone des sables à Bryozoaires.) d'ordre. ÉNUMÉRATION DES ESPECES ET VARIÉTÉS. ^1 COLLECTION A. HENNE. CaUoo, Deurne, Wommelghem, Wyneghem, Berchem, Bassin du canal. 4 2 3 4 5 6 7 8 9 10 il 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 CYCLOSTOMATA. Crisia eburnea, Linné .... » denliculata, M. Edw. » eburneo-denliculata, Smitt. . Diastopora (Alecto) repens, S. Wood » simplex, Bush. Mcsenteripora meandrina, S. Wood. Patinella proligera, Busk. ... Idmonea delicatula, Busk ... » Réussi, Nysl » Atlantica E. Fortes . Tubulipora (Idmonea) serpens, Linné, » (Alecto) palmala, S. Wood » flabellaris, Fabr. . » penicillata, Fabr. . Hornera reteporacea, M. Edw . » infundibulata, Busk. . » canaliculala, Busk. » frondiculata, Lam. » plana, Nyst .... » rhomboidalis, Busk. . » striata, M. Edw. . » humilis, Busk. Heteropora monodon, Busk. (spec. nova^ Discoporella verrucaria, Linné. » crassiuscula, Smilt. . » hispida, Johnston. Radiopora Goldfussi, Reuss. . » (Buskia) tabulifera, Reuss. Heteroporella radiata, Busk. . » incrustans, Busk. (spec » parasitica, Busk. Pustulopora subverticillata, Busk.. « clavata, Busk. » proboscidca, E. Forbes Defrancia rugosa, Busk. Fascicularia lubipora, Busk. . CHILOSTOMATA. nova) Fluslra? dubia, ^«5/1; Salicornaria rhombifeia, v. Munster » marginata, Goldf. . •» sinuosa, Hassal . B B B W B B B W B W B AV B W W B W W B B W W B W B W B W W B W B W B W B W B W W B W W B W C Wy. G Bs. C C B Bs. CBWo. Bs. C C MEMOIRES 203 DES SABLES MOYENS D'ANVERS Dressée par M. A. HouzEii.u de I^eh^^ie:. N" d'ordre. Mers actuelles. Zones de profondeur. OBSERVATIONS. Dénominations employées en 1868 par M. Nyst dans le Prodrome de M. Dewalque. 4 2 — — 3 , , 4 — 5 — 6 — 7 8 9 — 10 11 . . li> — 13 — 14 — 15 — — 16 — 17 — 18 — 19 , . 20 — 21 — 22 — 23 24 . . 2S , . 26 — 27 , . 28 . . — 29 — 30 31 — 32 — 33 — 34 35 — 36 37 38 — — 39 — — 40 — — A N A N A A A A A A N 31 At M ? M? N M At a m 1 a m I a m a a m a a m I m 1 a m 1 m 1 a m m 1 a a m Pustulipora ramosa ? Rœmer. Tubulipora tbliacca, Reuss. » stelliformis ? Michelin. Hornera seriatopora, Rœmer. Idmonea Réussi, Nyst. Idmonea disticha ? Goldf. = Tubulipora phalangea, Busk. = Defrancia striatula, Busk. Hornera gracilis, Phil. » plana, Nyst. Tubulipora G-rignonensis, Busk. Buskia tabulifera, Reuss. Defrancia socialis, Reuss. Polylrcma spongiosa, Phill. Pustulipora sparsa, i?œme?'. » anomala, Rœmer, Vincularia rhombifera, v. Munster. » marginala, Goldf. 204 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE Sis S sS COLLECTION A. HENNE. Il N- ÉNUMÉRATION 113 ^ tD Si te g -se Calloo, Deurne, H'' "^53 'S o Wommelghem, H pj m g s 5c^ Wyneghem, H ,^ d'ordre. DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS. s o •> oblonga, Busk w — G 4S » bidens, Hagenow .... » trifoliuni, S. Wood. . . w 46 B W C 47 » Pouilletii, Audouin .... c 48 M holostoma, S. Wood. . . . c 49 » rhynchota, Busk .... .... c 50 » aperta, Busk Biflustra delicatula, Busk W 54 .... Wo. 52 53 Lepralia innominata, Couch. ..... n puncturata, ^S. Wood » punclata, ffassal B*W B — — 54 G 55 » violacca, Johnston • • • > C 56 » ansata, Johnston B W G 57 w mammillata, S. Wood B W G Wo. 58 » bicornis, Busk B W — — G 59 » ciliata, Linné . • • • G 60 » reticulala, M" Gillivray .... C 61 » Peachii, Johnston BW G Wo. 62 )) ventricosa, Hassal,\ar. tuh\x\osa,IIouz. » Bowcrbankiana, Busk » megastoma, S. Wood W 63 64 B W G 65 » trispinosa, Busk » Woodiana, Busk » papillata, Busk B W 66 67 W G 68 Lunulites Edwarsii, Nysl b' ' B D 69 » conica, Defrance .... G D 70 Cupularia denliculata, Conrad B G B D Bs. 71 » denliculata, var. Anlwerpiensis.^ffbMX. . . • • B 72 » umbellata, Defr • . • • D 73 » Canariensis, Busk • • • • GBs.Wo.Wy. 74 Anarthropora, sp. nova Escbara monilifera, M. Edw B W 75 B W ci) 76 » Segdwickii, Busk B W — — B 77 « porosa, M. Edw » pertusa, Busk » sinuosa, Busk » polyomma, Reuss B 78 B 79 80 B W B 81 82 » cervicornis, Pallas » Nystii, Houzeau Melicerites Charlesworthii, M. Edw. . . . W — 83 .... G 1 84 Cellepora coronopus, Busk B W .... G D B Wo. H 85 86 » pumicosa, Linné » ramulosa, Linné B W B W .... G 87 » compressa, Busk B .... .... C 88 » cœspitosa, Busk .... .... .... C 89 » tubigera, Busk B .... • . . • C 90 » edax, Busk .... .... C 91 » parasilica, Busk B W ) 1 MÉMOIRES 205 6 6 a o o Mers Zones OBSERVATIONS. ss a a. Dénominations employées en 1868 par M. Nyst 'ordre. < 3 H- 1 actuelles. de profondeur. dans le Prodrome de M. Dewalque. 41 M At 42 — A At a 43 — At 44 4S — Se trouve dans la craie. 46 — À a m 1 47 — M 48 — — 49 — 50 — 51 — N 52 53 — N M Escharina circumcincta, Phil. 54 ^ ^ A N m 1 55 — N M 56 — A M a 57 — Escharella celleporacea, v. Munster. ■ 58 — 59 — À M a 60 A M a 61 — A N a m 1 Cellepora tenella, Rœmer. 62 — A M a 63 — — 64 — 65 A N M a m Escharella caudata, Rœmer. 66 — At 67 A N a ' 68 , , Lunulites Edwardsii, Nyst. 69 — 70 — Àt 71 72 :: Lunulites rhomboidalis, v. Munster. 73 — — M At ; 74 Hetcropora gracilis, Phil. 75 — — — Porellina Rœmeri, iVî/,9L Escharapunctata, /'/lii. 76 — Cellepora protuberum ? Rœmer. 77 — Reteporellina plana, Rœmer. 78 — 79 — Eschara porosa, Phil. 80 , , — 81 A 82 — Eschara diplostoma, Phil. 83 84 85 — Les Cellepores étaient mêlés sous les noms : ' Cellepora globularis, Broun. A N M 86 A 1 » conglomerata, Goldf. » millepunctata ? Rœmer. 87 _ 88 — , ^ 89 — — N At 90 — ^ , 91 — • • 206 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE d'ordre. 92 93 94 95 96 97 98 99 100 ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS. Cellepora scruposa ? Bush « dentata, Bush » Broeckii, Houx-eau (sp. nov.) . Cclleporaria Hassalii, Johnston » incrassata, (/'Or/)Z(/n?/. Retepora cellulosa, Linné M Beaniana, Kimj, var. borealis, SmiU. » notopachys, Busk.vav. elongata, SmiU. » simplex, Bush © C ® ^1 COLLECTION A. HENNE Calloo, Deurne, "WoitimelKhem, Wyneghem, Berchem, Bassin du canal. .... 15 W D W — — 15 W — — 15 B W .... W C B w C D W Les matériaux employés par M. Houzeau, pour dresser la liste des bryozoaires d'Anvers, ayant diverses origines, nous croyons utile de donner quelques renseignements à ce sujet. Dans la première colonne qui suit celle des noms, se trouvent indiquées les espèces qui font partie des collections du Musée de Bruxelles et parmi lesquelles sont comprises celles qui ont été signalées en 186K par M. Nyst, dans les listes du Prodrome de M. Dewalqae. La plupart des échantillons du Musée sont étiquetés : «Wommelghem » et « Berchem, Fortin n" 3 ». Ces derniers ont été recueillis près de Berchem, en un point situé un peu à l'est de l'enceinte actuelle, non loin de la porte de Borsbeek. Les bryozoaires de Wommelghem sont ceux qui accompagnaient les Térébratules, et ils sont d'une beauté et d'une fraîcheur remarquables; les extrémités des rameaux les plus délicats sont parfaitement conservées. Dans plusieurs cas, les échantillons de Wommelghem sont mieux conser- vés que ceux du Coralline Crag, figurés dans la Monographie de M. Busk. Les échantillons de l'ancien Fortin n'* 3, à Berchem, sont loin d'avoir la même fraîcheur; la plupart des rameaux sont brisés et un peu usés. La coloration noirâtre que présentent les échantillons du Fortin n" 3, pourrait faire croire, au premier abord, qu'il s'agit d'un gîte se rapportant aux sables inférieurs à Pétoncles. Il n'en est rien cependant; cette colo- ration foncée se présente encore en d'autres localités, au sein des sables à bryozoaires, comme aux environs de Deurne, par exemple. La deuxième colonne du tableau contient l'énumération des espèces observées par M. Houzeau dans un échantillon de sable, provenant pro- bablement de Wommelghem et marqué « Crag gris, Wommelghem ? » Ce sable contenait des débris de coquilles, d'oursins et de crustacés. MEMOIRES 207 irdre. < t- Mers actuelles. Zones de profondeur, OBSERVATIONS. . Dénominations employées en 1868 par M. Nyst dans le Prodrome de M. Dewalque. 92 93 94 95 96 97 98 99 100 A N A A N M A N A m a m a m a m m Reteporella plana, Rœmer. M. Houzeau y a remarqué des fragments de Zingula Dumoriieri et de Terelratula grandis. Dans la colonne suivante, se trouvent indiquées les espèces que nous avons rencontrées dans les sables de Deurne, Wommelghem et dans les blocs calcaires du talus du fossé de l'enceinte, à la porte de Borsbeek. Enfin la quatrième colonne des localités comprend l'ensemble des espèces notées par M. Houzeau, dans une riche collection de bryozoaires recueillis par M. le colonel A. Henné, en différents points des environs d'Anvers. Diverses indications accompagnent les échantillons de la collec- tion de M. Henné, mais plusieurs d'entre elles nous semblent assez discu- tables ; et, d'autre part, nous ne pouvons attacher d'importance aux dif- férences de coloration, qui, dans ces indications, paraissent avoir servi de base de caractérisation. Toutefois, il est important de noter que beaucoup d'espèces se trouvent indiquées comme provenant du «crag gris» , àCalloo, sur la rive gauche^ et enfin, que quelques espèces marquées « crag noir » sont étiquetées Berchem. Ces dernières proviennent vraisemblablement de l'ancien Fortin n° 3, où nous avons signalé plus haut la coloration foncée des sables moyens. Une dizaine d'espèces de la collection de M. Henné sont marquées WommelgJiem, Wyneghevi et Deurne, ce qui s'accorde avec I II est probable qu'il s'agit ici d'une localité de la rive gauche, au sud de Calloo, région dans laquelle s'observent, parfaitement en place, des dépôts de l'horizon des sables moyens. II est à remarquer qu'à peu près une vingtaine d'espèces, de celles qui se trouvent indiquées comme provenant de « Calloo », paraissent spéciales à ce dépôt. Il y aurait donc lieu d'étudier avec soin, les couches à bryozoaires que l'on pourrait observer sur la rive gauche, et nous croyons utile d'attirer l'attention des géologues sur cette région, dont les dépôts pliocénes sont encore moins connus et moins explorés que ceux de la rive droite. 208 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE nos observations. Laissant de côté tout ce qui concerne la question de coloration, nous indiquerons, sous toute réserve et à l'aide des abrévia- tions suivantes, les indications de localité de la collection de M. Henné : B <= Berchem, D t==> Deurne, C = Calloo, Wo. = Wommelgbem, Wy. = Wynegbem, BS = Bassin du Canal. La colonne suivante indique les espèces qui appartiennent à la faune du Coralline Crag et qui y sont, comme on le sait, remarquablement localisées. Deux colonnes sont ensuite consacrées à l'indication des espèces qui se retrouvent dans les couches tertiaires du nord-ouest de l'Allemagne, ainsi que dans le pliocène d'Italie. Il importe de noter que ces dernières indications sont encore incomplètes. Dans la colonne intitulée : Mers actuelles, où se trouvent indiquées les espèces encore vivantes, les lettres A, N, At et M signifient respec- tivement mers Arctiques, mers dw Nord (côtes d'Angleterre, etc.), Atlantique (Angleterre au Cap) et Méditerranée. Les lettres a, m et l qui accompagnent les premières, signifient respec- tivement : habitant les profondeurs abyssales (250 mètres et plus), les régions de profondeur moyenne (50 mètres et plus) et la région littorale. Enfin, la dernière colonne du tableau renvoie aux dénominations du Prodrome de M. Dewalque, sauf en ce qui concerne quelques espèces repré- sentées en caractères gras, qui indiquent les dénominations employées dans la Monographie de M. Busk, mais qui doivent céder le pas à celles, antérieures, qui sont indiquées dans la première colonne du tableau. Avant de passer à l'examen de la liste, qu'il nous soit permis d'exprimer à notre excellent collègue et ami, M. Houzeau, notre vive gratitude pour les soins et les peines qu'il a bien voulu prendre et qui nous ont permis de mettre en lumière, d'une façon bien plus complète que nous n'osions l'espérer, cette faune bryozoïque si riche et si intéressante, dont on ne soupçonnait jusqu'ici nullement l'importance. L'examen de cette liste fait découvrir, entre le Coralline Crag et nos sables à bryozoaires, des affinités fauniques très remarquables. Le Coral- line Crag contient, d'après M. Busk, 117 espèces de bryozoaires, dont 40 sont encore vivantes et 77 éteintes. Nos sables à bryozoaires en contien- nent de 110 à 120 formes bien distinctes, comprenant diverses variétés et un certain nombre de types spécifiques nouveaux, encore indéterminés. Laissant de côté les espèces encore douteuses et quelques formes nou- velles, que M. Houzeau se propose d'étudier à loisir et, ne nous occupant que des bryozoaires énumérés dans ce tableau, nous trouvons que sur les 100 numéros qui composent celui-ci, 47 se trouvent indiqués comme vivant encore dans les mers actuelles, et 72 comme faisant partie de MEMOIRES 209 la faune du Coralline Crag*. Les genres les plus abondants et les mieux représentés dans la faune du Coralline Crag se retrouvent dans nos sables à bryozoaires. Nous citerons particulièrement les Idmonea, les Retepora, les Lepralia, ainsi que XEscliara monilifera, l'une des plus caractéristiques du Coralline Crag. Nous retrouvons à Anvers le curieux genre éteint Fascicularia, que l'on considérait comme propre au Coralline Crag. En un mot, l'analogie est complète, et paraît d'autant plus frappante qu'elle n'avait jamais été mise en lumière. Voyons maintenant si, en l'absence de renseignements stratigrapbiques suffisants sur les sables à bryozoaires, l'étude de ces éléments fauniques ne pourra rien nous apprendre. Dans le travail si remarquable de M. Prestwich sur le crag anglais, nous remarquons qu'il est rappelé, au sujet des bryozoaires du Coralline Crag, que « l'une des conditions les plus essentielles pour la croissance des bryozoaires est une profondeur considérable de l'eau, qui doit en même temps être claire et limpide et constamment agitée par les vagues et les courants du fond de la mer. » Plus de la moitié des espèces britanniques actuelles se retrouvent dans le Coralline Crag, et il est établi que le plus grand nombre de ces espèces habitent l'eau profonde. Les Idmonea et les Retepora, si communs dans le Coralline Crag, peuvent être considérés, dit M. Prestwich, comme essentiellement carac- téristiques des mers assez profondes. Les EscJiara vivent dans l'eau profonde et au milieu de forts courants. M. Prestwich ajoute enfin, que les genres et espèces de bryozoaires habitant les eaux peu profondes, font absolument défaut dans le Coralline Crag. Or, nous venons de signaler les liens étroits qui relient la faune du Coralline Crag à celle de nos sables à bryozoaires; 72 formes se retrouvent des deux côtés. Les mêmes espèces, les mêmes genres, sont les plus communs, les plus caractéristiques en Angleterre, comme à Anvers. Les formes propres aux eaux profondes signalées par M. Prestwich, telles q^wq Idmonea, ReUpora, E scliara^eXc.^ se retrouvent abondamment à Anvers. Le dernier de ces genres s'y trouve même représenté par un assez grand nombre d'espèces, bien distinctes. Cette identité d'éléments fauniques nous permet donc d'affirmer que les sables à bryozoaires représentent un dépôt formé sous une profondeur relativement considérable et d'une signification bathymétrique différente par conséquent, de celle des sables à Isocardia cor, que nous avons vu contenir une faune à faciès incontestablement moins profond. L'étude des bryozoaires d'Anvers a suggéré à M. Houzeau quelques réflexions intéressantes, qui s'accordent parfaitement avec notre manière de voir sur l'âge de certaines couches tertiaires du nord de l'Allemagne, et que nous rapporterons ici avant de passer à d'autres considérations. 210 SOCIÉTÉ MALAGOLOGIQUE DE BELGIQUE Il résulte des observations de M. Houzeau, faites sans la moindre idée préconçue, qu'un certain nombre de bryozoaires d'Anvers, tout en se rapportant incontestablement aux espèces du pliocène anglais, peuvent à peine se distinguer des nombreuses formes tertiaires du nord de l'Alle- magne, qui ont été décrites par Rœmer, Philippi et Reuss. Un grand nombre des espèces d'Anvers, et en particulier de celles qui ne sont pas encore nommées, constituent de véritables passages, des formes de transi- tion entre les espèces plus anciennes de la région de l'est, en Allemagne et celles plus récentes, de la région de l'ouest, en Angleterre. Cette observation importante, qui sera appuyée, dans la deuxième partie de ce travail, par les résultats obtenus par l'étude des Foraminifères, con- stitue une confirmation des plus intéressantes en faveur de l'extension qu'il faut, selon nous, accorder à l'aire des dépôts pliocènes dans l'Alle- magne du Nord. De plus, les conclusions de M. Houzeau s'accordent avec les nôtres pour établir qu'il y eut, pendant la sédimentation pliocène, un déplace- ment du bassin de l'est à l'ouest et, comme corollaire, une émigration correspondante dans la faune. Enfin, les modifications graduelles et successives, dûment observées dans le faciès des êtres, au fur et à mesure qu'ils s'élèvent obliquement dans la succession des coucbes de plus en plus récentes, constituent, au point de vue de la théorie de l'évolution, un fait des plus intéressants et dont l'importance n'échappera à personne. Entomostracés. — Nous avons remis à M. le D"" George Brady les Entomostracés que nous avons recueillis dans les sables à bryozoaires. Ces échantillons, assez nombreux et fort bien conservés, provenaient de sables recueillis à Deurne, à Wommelghem, etc., ainsi qu'à la porte de Borsbeek. Ils accompagnaient les bryozoaires indiqués dans la troisième colonne du tableau précédent, ainsi que les Foraminifères de cet horizon, qui seront décrits dans la seconde partie de ce travail. Cette série d'entomostracés, soigneusement étudiée par le savant spécia- liste anglais, a fourni une liste très intéressante, comprenant vingt-quatre formes bien distinctes. Il est à remarquer que neuf de ces espèces, dont pkisieurs très abondantes, nont été observées dans aîiciin autre dépôt dto bassin d'Anvers; cinq d'entre elles sont nouvelles pour la science. On voit donc, quels que soient ]es éléments fauniques que l'on a en vue dans l'étude des sables à bryozoaires, que l'on se trouve toujours en présence d'un faciès spécial et bien caractérisé. MÉMOIRES 211 Voici rénumération des espèces observées par M. G. Brady : Pontocypris faba (Reuss). » propinqua, nov. sp. Cythere ellipsoidea, nov. sp. » plicala, von Mûnst. » cicatricosa (Reuss). » œdichilus, nov. sp. » petrosa, nov. sp. » latimarginata, Speyer. » macropora, Rosq. » mucronata, Sars. » Jonesii (Baird). Cytheridea cypridioides, nov. sp. Cytheridea Mulleri, von Munst. Loxoconcha latissima, nov. sp. » variolata, nov. sp. Cesloleberis depressa, Sars. Cytherura cornuta, Rrady. Cylheropteron lalissimum, Norman. » gradatum (Bosquet). » pipislrella, nov. sp. 'Bythocythere constricla, Sars. Cytherideis lilhodomoides (Bosquet). » recta, nov. sp. Paradoxostoma ensiforme, Brady. Les entomostracés paraissent soumis à des lois toutes spéciales de distri- bution, car, lorsqu'en regard des résultats obtenus par l'étude des bryo- zoaires, nous mettons ceux que fournit la comparaison de la liste ci-dessus avec la faune du Coralline Crag, nous constatons, avec quelque étonne- ment, que sur les 18 espèces signalées dans ce dernier, 2 seulement se retrouvent dans nos sables à bryozoaires ^ Sur les 24 espèces des sables à bryozoaires, 6 ont déjà été signalées dans les sables à Isocardia cor. Il est à remarquer que 13 espèces, soit plus de la moitié de la faune, se retrouvent dans les sables inférieurs, tandis que 6 seulement ont été observées par M. Brady dans les sables supérieurs. C'est encore là un fait à noter en faveur de l'opinion, déjà exprimée, que les sables moyens à bryozoaires se rattachent fort intime- ment aux dépôts de la série inférieure. Onze espèces de la liste ci-dessus sont encore actuellement vivantes et six autres se rapprochent beaucoup de formes vivantes, décrites sous d'autres noms. Sur les 18 espèces du Coralline Crag, 3 seulement appartiennent à la faune actuelle. Il résulte de ce qui précède, que les entomostracés, très utiles pour reconnaître et caractériser des sédiments appartenant à des dépôts locaux, ne peuvent guère être consultés dans un sens plus général, c'est à dire dans les recherches de synchronisme, d'identification de dépôts paral- lèles, etc. Les connaissances acquises sur la distribution bathymétrique des espèces vivantes ne sont pas suffisamment étendues pour permettre d'examiner à ce point de vue la liste ci-dessus; toutefois, nous ferons 1 Ce sont : Cythere Jonesi, Baird. (espèce qui a été décrite par M. Bosquet sous le nom de C. ceratoptera et par le prof. Rupert Jones sous la désignation de Cythereis cornuta) et Cythere macropora. Bosquet. 9 212 SOCIÉTÉ MAEACOLOGIQUE DE BELGIQUE remarquer, d'après Sars, que le Bytliocythere constricta ue paraît jamais habiter des profondeurs inférieures à 35 ou 40 mètres. Mollusques. — Passant à la faune malacologiquede nos sables à bryo- zoaires, nous sommes forcé de constater qu'elle est encore fort peu connue. En effet, les coquilles recueillies aux environs d'Anvers, au sein des dépôts très localisés qui contiennent les bryozoaires, n'ont pas été l'objet de recherches spéciales, les couches qui les contenaient n'ayant pas été suffisamment distinguées des autres dépôts de l'horizon dessables moyens. Les listes publiées sur la faune des « sables gris d'Anvers » renferment, outre les éléments hétérogènes précédemment signalés, à la fois des coquilles des sables à Isocardia cor et d'autres des sables à bryozoaires. Nous ne pourrons donc donner, sur la faune malacologique des sables à bryozoaires, des indications aussi précises que celles que nous avons pu fournir sur les autres dépôts d'Anvers. Voici les seuls renseignements qu'il nous a été possible de recueillir : L'Abrégé de géologie de M. d'Omalius d'Halloy contient, dans la 7" édition (celle de 1862), quelques indications, communiquées à Fauteur par M, H. Nyst, sur les divisions à établir dans les sables d'Anvers. En regard de l'étage des « sables gris mouvants » , nous trouvons l'observa- tion suivante : Contenant beaucoup de bryozoaires, encore indéterminés, ainsi que quelques coquilles analogues à celles des sables noirs. Ces « sables gris mouvants » avec bryozoaires se rapportent incontestablement aux dépôts que nous étudions en ce moment et, d'après le passage ci-dessus mentionné, il paraît ressortir que la faune malacologique des sables à bryozoaires présente, comme celle des sables à Isocardia cor, beaucoup d'affinités avec la faune des sables inférieurs. C'est un renseignement de plus à mettre à l'actif du rapprochement sur lequel nous avons déjà insisté plusieurs fois. Il n'est toutefois pas douteux que la faune malacologique des sables à bryozoaires ne diffère guère, dans son ensemble, de celle des sables à Isocardia cor. C'est également ce qui résulte des matériaux que M. Cogels a pu réunir. En attendant des renseignements plus détaillés, nous reproduisons ci-après une petite liste de gastéropodes et de lamellibranches, observés par M. Cogels, en même temps que les Térébratules et les Ditnipa suhu- lata, soit dans les blocs calcaires, soit dans d'autres couches de l'horizon des sables à bryozoaires : * Ringicula buccinea, Broc. * Tiaritella incrassata, Sow. Dentalium Badcnse? Partsch. * « coslatum, Sow. * Bulla cylindracea, Penn. * Scaphander lignarius, Linné. Phoias sp. Soleil sp. MEMOIRES 213 * Scrobicularia prismatica, Mont. * Lima siibauriculata. Mont. Saxicava sp. * Pecten Gerardi, Nyst. * Isocardia cor, L. » Caillaudi, Nyst. * Lucina borealis, L. » pes-lulrœ, L. * Astarte Omalii, Lajonk. Les coquilles marquées d'un astérisque se retrouvent dans les sables à /. cor ainsi que dans le Coralline Crag, et presque toutes les espèces énumérées dans cette petite liste font également partie de la faune des sables inférieurs. Dans les échantillons de sables à bryozoaires que nous avons triés pour la recherche des Foraminifères, et qui proviennent de Wommelghera, de Deurne et de Wyneghem, nous avons observé un nombre restreint de petites coquilles, très fraîches et parfaitement conservées, se rapportant aux genres : Turbo, DiMcpa, Pecten, Lima, Saxicava, Spirialis, Tere- Iratula, Lingula et Rynclionella. Ces coquilles n'ont pas encore été déter- minées et ne sont malheureusement plus en notre possession. Dans le gîte de la porte de Borsbeek, dont il sera parlé plus loin, M. Cogels a observé en très grande abondance, — dans une grosse con- crétion, qui en était presque uniquement composée — une petite coquille fort curieuse et encore peu connue, que nous croyons pouvoir rapporter à une espèce du Crag corallin de Sutton, et qui a été récemment signalée par M. Wood, sous le nom de Homalogyra atomus, Phil. Le Spirialis rostralis Eyd. et Soûl, se montrait particulièrement abon- dant dans presque tous les échantillons de sables à bryozoaires que nous avons examinés. Nous citerons encore des débris de spongiaires, d'échinides, etc.*. Les Foraminifères, variés et abondants, représentent, comme on le verra dans la seconde partie du travail, une faune d'eaux profondes, nettement caractérisée et très variée. On sait que les brachiopodes habitent généralement à d'assez grandes profondeurs. Or, ce groupe abyssal est particulièrement bien représenté I Dans les listes dressées par M. Nyst pour le Prodrome de M. Dewalque, nous remar- quons six espèces d'échinodermes, signalées comme se trouvant dans le « Crag gris. » Ce sont : Echinus Lamarcki, Mont. ; EcMnus sphœroideus, Nyst ; Spatangus Besma- resti, Gold.; Echinocyamus [Spatangus) pusillus, MulL; Temnechimis globosus, Forbes; et Asterias propinqua, von Munst, II appert de certaines publications de M. Nyst que la phipart de ces espèces, sinon toutes, ont été recueillies en même temps que les bryozoaires ; ces échinodermes appar- tiennent donc bien à la faune des sables à bryozoaires. A diverses reprises, nous avons d'ailleurs remarqué dans les échantillons de sables à bryozoaires que nous avons triés, des débris de diverses espèces d'échinodermes. Tout en habitant de préférence les eaux généralement profondes de la zone à bryo- zoaires, diverses espèces d'échinodermes se trouvaient également dans la zone des sables à /. cor, car nous avons presque toujours constaté dans ces dépôts la présence de nombreux piquants se rapportant surtout au genre Spatangus. 214 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE dans les sables à bryozoaires par une grande et belle espèce, très abon- dante dans le Coralline Crag- : la Terehratula grandis, Blum., ainsi que par les espèces suivantes, observées par M. Nyst, et en partie par nous- môme, dans le dépôt en questioïi : Lingula Dumortieri, Nyst,; Terehratulina caput-serpentis , L.; Mannia Nysti, Dew.; Rynclionella Nysti, Davids.; et Rynchonella psiltacea L. '. On a objecté, dans une discussion relative au gisement de la Terelra- tula grandis dans les sables d'Anvers, que cette espèce n'avait pu être trouvée en place dans les sables à bryozoaires de Wommelgbem et de Deurne. On pouvait croire en effet, d'après certaines indications données autrefois par M. Nyst, que cette coquille ne s'y trouvait que brisée et à l'état remanié. C'est là une grave erreur, comme nous le montrerons plus loin, dans un chapitre spécial, consacré au gisement de cette intéressante coquille. Si l'on réunit les données qui précèdent, on s'aperçoit que toutes s'accor- dent pour confirmer ce que la liste des bryozoaires nous avait annoncé : c'est à dire, que le dépôt que nous avons désigné sous le nom de sables à bryozoaires, a dû se former sous une assez grande profondeur, et que, par conséquent, un certain abaissement du sol a dû s'opérer, au moins dans une partie de la baie d'Anvers, après le dépôt des sédiments littoraux qui terminèrent la série des sables inférieurs. Relations des sables à bryozoaires avec les sables à Isocardia cor. Si nous étudions maintenant les sables à bryozoaires au point de vue purement géologique ou stratigraphique, et si nous nous demandons quelles sont leurs relations avec les sables à Isocardia cor, nous constaterons tout d'abord qu'aucun cas de superposition n'a été observé jusqu'ici entre ces deux dépôts. Les liens minéralogiques et paléontologiques qui, aux Bassins, unissent le sable noir à Pétoncles aux sables à /. cor, la présence dans ce dernier dépôt de 60 p. c. d'espèces — toutes bien en place — qui appartiennent également à la faune des sables inférieurs, l'absence de dénudation ou de remaniement à la surface des sables à Pétoncles des Bassins; tout enfin, s'accorde pour écarter l'iiypothèse que les sables à bryozoaires, avec leur faune si spéciale, constitueraient un horizon d'âge intermédiaire, devant s'intercaler entre les deux couches représentées aux Bassins. D'autre part, on ne pourrait signaler aucune raison permettant de supposer que les sables à bryozoaires auraient été postérieurs aux sables à Isocardia cor. 1 Deux de ces espèces ont été signalées dans les sables inférieurs. Ce sont : Mannia Nysti, Dewalque et Terehratulina caput-serpentis . L. Une d'entre elles : la Lingula Dumortieri, Nyst, a été mentionnée en divers points dans les sables supérieurs. MEMOIRES 215 Cette supposition serait même peu d'accord avec le fait de la présence, dans les sables à bryozoaires, d'une proportion considérable de grains glauconieux, de très grande taille, rappelant absolument ceux des sables inférieurs. En eifet, si, par la lévigation, on enlève les débris organiques calcaires, si nombreux, qui donnent lieu à la coloration grise des sables à bryozoaires, on obtient un résidu presque identique, comme éléments glauconieux, aux sédiments des sables à Pétoncles. Cette glauconie dérive évidemment des sables noirs ou inférieurs, sur lesquels reposent direc- tement les sables à bryozoaires, et elle dénote les relations qui existent entre les deux dépôts. Dans le sable à Isocardia cor, les grains glauconieux sont également plus nombreux et plus volumineux vers la base, au dessus des sables inférieurs. Dans l'un comme dans l'autre cas, il y a d'ailleurs superposition directe sur les sables inférieurs, et liaison intime des éléments minéra- logiques et paléontologiques. D'autre part, nous avons vu que la faune malacologique des sables à Isocardia cor, comparée à celle du bassin pliocène anglais, indique de remarquables affinités avec le Coralline Crag. Or, la faune de nos sables à bryozoaires, encore peu connue au point de vue malacologique, n'en est pas moins nettement caractérisée par les bryozoaires, les Foraminifères, les Térébratules, etc., et se montre identique à celle du Coralline Crag. Comme conclusion: d'une part, l'absence actuelle, l'improbabilité même de toute superposition, et, d'autre part, les relations fauniques constatées, nous conduisent inévitablement à admettre le synchronisme des sables à Isocardia cor avec les sables à bryozoaires. Ce seraient donc deux faciès différents d'une même mer, ou appartenant tout au moins à un même horizon géologique; l'un de ces faciès, les sables à Isocardia cor, indiquerait un dépôt côtier ou de faible profon- deur, tandis que l'autre, les sables à bryozoaires, représenterait une zone plus profonde, un dépôt formé dans des dépressions plus accentuées. Tous les caractères des deux dépôts, les différences du faciès bathy- métrique de leur faune, leur orientation et leur situation relative dans le bassin d'Anvers, tout cela s'accorde parfaitement avec cette manière de voir '. 1 Dans la comparaison des zones à bryozoaires et à Isocardia cor, nous employons ici les termes de dépôts côtiers et de dépôts profonds. II importe de bien préciser la significa- tion que nous attribuons à cette dernière expression, car on pourrait croire qu'il s'agit de profondeurs considérables; d'autant plus que M. Prestwich assigne une profondeur de 200 à 300 métrés aux grandes dépressions atteintes en Angleterre lors du dépôt du Coral- line Crag, si intimement lié à nos sables à bryozoaires. Les sables à bryozoaires se sont incontestablement déposés dans les dépressions les plus accentuées de la mer des sables moyens ; mais cela ne veut nullement dire que 216 SOCIÉTÉ MALACOLOGIQUE DE BELGIQUE Certains gisements de « sables gris » signalés à Anvers paraissent pouvoir servir de passage entre ces deux zones, et il est d'ailleurs tout naturel que les diverses zones de profondeur d'une même mer soient reliées d'une façon insensible, tant au point de vue des éléments fauni- ques, qu'à celui de la nature des sédiments au sein desquels ces éléments sont distribués. Nous ne pouvons jusqu'ici fournir de preuve stratigmpMque certaine, indiscutable, du synchronisme que nous venons d'établir ; mais il est à noter, de l'aveu même de géologues qui n'adoptent pas nos vues sur ce synchronisme, qu'aucune preuve, aucune présomption sérieuse ne peut, jusqu'ici, être invoquée en faveur de l'opinion qui consisterait à consi- dérer l'une de ces couches comme ayant été déposée avant l'autre. Toutefois, comme nous désirons exposer la question aussi sincèrement que possible, nous rapporterons ici une objection qui nous a été faite, relativement au synchronisme des deux dépôts. M. Cogels nous a dit avoir observé, près de Deurne, des déblais à faune très pure, annonçant la présence des sables à Isocardia cor, et cela à quel- ques centaines de mètres d'un point où l'on constate l'existence de dépôts qui se rapportent à notre zone des sables à bryozoaires. Cette observation semble difficilement se concilier avec la distance moyenne que l'on est accoutumé à admettre entre des dépôts profond» et des dépôts côtiers, ou moins éloignés des rivages. De plus, M. Cogels, auquel nous exposions notre manière de voir, rela- tivement aux relations des dépôts de l'horizon des sables moyens, nous faisait remarquer que les sables à /. cor descendaient jusqu'à la cote — 4, aux Bassins, tandis que les sables et surtout la roche à bryozoaires n'ont été observés qu'en quelques points situés au dessus du niveau de l'Escaut, et dans des localités peu éloignées du gisement dessables à/, cor. Les couches à bryozoaires se trouvant ainsi assez rapprochées des sables ces dépressions aient été considérables et puissent être regardées comme analogues à celles que signale M. Prestwich. Non seulement la disposition générale, comme la marche graduelle vers l'ouest, des dépôts pliocénes, annonce à priori que la mer des sables moyens ne put avoir à Anvers la profondeur et le développement atteints plus tard et plus à l'ouest dans le bassin Anglais, mais il paraît même, d'après des observations l'écentes, que le maximum de dépression admis par M. Prestwich pour la mer du Coralline Crag n'atteignit probablement pas les chiffres cités plus haut. Ainsi, M. Wood estime que la profondeur moyenne des eaux du Coralline Crag, indi- quée par le faciès de la faune, ne s'élèverait pas au dessus du chiffre de 65 à 75 mètres. D'après ce paléontologue, les plus grandes profondeurs du Coralline Crag n'auraient pas dépassé une centaine de mètres. A Anvers, par conséquent, les sables à bryozoaires, tout en constituant, relativement au dépôt côtier é. Isocardia cor, un dépôt profond, doivent être considérés comme ayant été déposés sous une pi'ofondeur encore moindre que celle indiquée par M. Wood pour le Coralline Crag. MEMOIRES 217 à /. cor et à un niveau plus élevé, M. Cogels ne pouvait admettre, nous disait-il, que ce fût là un dépôt d'eaux profondes, dont le sable à Iso- cardia cor représenterait la zone littorale. L'étude des éléments fauniques des deux zones de nos sables moyens nous a fourni des renseignements fort précis, à la suite desquels l'assimi- lation de ces deux dépôts aux couches de la période du Coralline Crag n'est plus discutable. Ils appartiennent donc tous deux à une même phase de sédimentation, et s'il existe réellement une différence dans leur âge, elle serait comprise entre des limites fort étroites. M. Cogels est d'accord avec nous pour le reconnaître. Laissant de côté les arguments si favorables, fournis par l'absence de toute superposition et par les relations fauniques et minéralogiques con- statées des deux côtés avec les dépôts de la série inférieure, nous n'hésitons pas à reconnaître que la distance qui sépare les divers faciès zoologiques et bathymétriques d'une même mer, est généralement plus considérable que celle qui, aux environs d'Anvers et tout particulièrement à Deurne, sépare les sables à bryozoaires des sables à /. cor. Mais on ne doit pas perdre de vue que lorsque nous qualifions les sables à bryozoaires de dépôt profond, nous entendons appliquer à cette expression le sens restrictif qui se trouve indiqué dans la note de la page 215. D'autre part, nous n'avons pas prétendu que les sables à /. cor fussent un dépôt littoral; nous les avons considérés comme un dépôt côtier, et nous avons vu que les coquilles et les squelettes de cétacés y sont restés intacts et bien en place. Or, dans ces conditions, qui n'impliquent nullement un littoral, la dis- tance moyenne de 4 ou 5 kilomètres qui, aux environs d'Anvers, sépare généralement les sables à bryozoaires des sables à /. cor, est amplement suffisante pour justifier les différences bathymétriques et fauniques de ces deux dépôts. Reste la localité de Deurne, où les deux zones ne paraissent distantes que de quelques centaines de mètres. Mais ici, comme précédemment (page 133), il faut tenir compte de l'influence des bancs sous-marins, des inégalités du fond des mers, qui peuvent donner lieu à la réunion, sur un espace restreint, de faunes et de sédiments à faciès parfois bien différents'. Les résultats des dragages entrepris dans ces dernières années, ne doivent pas être oubliés. 1 On verra plus loin, qu'à la porte de Borsbeek, près de Berchem, s'étendait dans la direction du nord, un cordon littoral, composé d'une accumulation de débris rejetés par la mer des sables moyens. Mais ce n'était pas là une côte proprement dite, car les sédi- ments profonds à bryozoaires entourent de trois côtés, ou tout au moins de deux, le dépôt 218 SOCIÉTÉ MALACOLOGIOUB DE BELGIQUE Enfin, il ne faut pas perdre de vue que l'on connaît des pentes sous- marines d'environ 40 p. c, ce qui permet à des ensembles fauniques de valeurs bathymétriques différentes de prospérer à des distances parfois très minimes. La curieuse fosse de Cap-Breton, dans le fond du golfe de Gascogne, en est un exemple fort intéressant. C'est un chenal sous-marin, assez étroit, qui s'avance vers la côte, perpendiculairement au rivage, et qui, jusqu'à une faible distance de celui-ci, s'enfonce assez brusquement à de grandes profondeurs (près de 500 mètres). Or, dans ce chenal, prospère une faune abyssale nettement caractérisée et bien différente de celle qui habite aux environs, dans les plages sous-marines du golfe. Les cartes marines montrent qu'en un point situé à 600 mètres environ au large de l'embouchure de l'Adour, la fosse atteint encore 100 mètres de profondeur, alors qu'à un kilomètre plus au sud ou au nord, et à la même distance de la côte, il n'y a que 5 ou 6 mètres d'eau. De ce qui précède, et de beaucoup d'autres exemples qu'il serait facile de citer, il résulte que de grandes différences de profondeur et de grandes modifications fauniques peuvent s'observer dans les dépôts marins, à des distances parfois très rapprochées. La température de l'eau, les courants et d'autres causes peuvent égale- ment donner lieu à des faciès fauniques différents, sur une aire restreinte. Comme exemple pris dans nos régions, nous rappellerons que la faune du courant tempéré de la côte ouest de l'Ecosse est très différente de celle du courant froid de la côte orientale. Pour combattre la thèse du synchronisme des deux dépôts de nos sables moyens, on ne peut invoquer les conditions actuelles de leur altitude, car l'altitude actuelle n'est pas un argument suffisant. Des mouvements d'exhaussement et d'affaissement ont eu lieu dans le bassin et ont consi- dérablement modifié les altitudes respectives des dépôts. Non seulement en question. Ils s'étendent dans la région de l'est, à Woramelghem, à "Wyneghem, etc., et dans la région de l'ouest, sur la rive gauche de l'Escaut. La plage de la porte de Bors- beek était donc formée par l'émergence d'une langue de terre, sans doute assez étroite, qui s'avançait au milieu du golfe, lequel présentait ainsi, à l'est et à l'ouest, deux centres de dépression distincts et éloignés l'un de l'autre. On comprend que la région située dans le prolongement de cette crête ou saillie émergée, surtout à une faible distance de celle-ci, devait se ressentir de la diminution de profondeur et devait se trouver moins favorable que les régions de l'est et de l'ouest au développement de la faune profonde des sables à bryozoaires. Or, c'est précisément Deurne qui se trouve dans cette région, ainsi qu'il est facile de s'en assurer sur la carte. C'est donc en ce point que les sables à bryozoaires, déposés sous de faibles profondeurs, doivent se trouver le plus rapprochés des sables à /. cor. ot cette circonstance explique parfaitement le fait signalé, en 1861, par M. Nyst, que les Téréhratules de Deurne sont plus petites et moins développées que celles de Wora- melghem et des environs, où ces coquilles se trouvaient dans des conditions bien plus favorables, par suite de l'augmentation de la profondeur. MEMOIRES 219 l'inteDsité de ces phénomènes a varié en différents points du bassin, mais cette action s'est positivement exercée en sens contraires. De véri- tables oscillations ont eu lieu pendant et depuis le dépôt des sédiments pliocènes. Ainsi, tandis qu'à Anvers les sable